Voyage au pays des Ouighours : Remise du prix du livre de géographie à Saint Dié des Vosges

Le prix du livre de géographie des lycéens et étudiants 2021 m’a été décerné aujourd’hui pour le Voyage au pays des Ouïghours. La cérémonie s’est déroulée lors du festival international de géographie de Saint Dié des Vosges, et je remercie Maie Gérardot, la présidente du prix, d’avoir lu mon discours à ma place, car je suis retenue à l’étranger.

Voyage au pays des Ouïghours récompensé par le prix du livre de géographie des lycéens

Je suis extrêmement reconnaissante aux lycéens, aux étudiants et à leurs professeurs d’avoir manifesté leur intérêt pour la tragédie des Ouïghours en décernant ce prix au Voyage au pays des Ouïghours. Je suis particulièrement fière de cette jeunesse qui a les yeux grands ouverts sur le monde et les droits humains, comme en témoignent leurs textes.

À l’automne dernier déjà, au salon du livre du prix Bayeux où j’étais invitée, de nombreux étudiants accompagnés de leurs professeurs de géographie s’étaient montrés particulièrement concernés par la question ouïghoure, posant mille questions, prenant quantité de notes… Il était particulièrement touchant de découvrir chez ces jeunes une telle avidité d’apprendre et de vouloir comprendre le drame des Ouïghours, que le monde découvrait à peine.

Pour en revenir au prix du livre de géographie, certains textes de lycéens ayant voté pour Voyage au pays des Ouïghours soulignent que la géographie, c’est aussi le terrain. Les étudiants disent avoir apprécié ce point dans l’ouvrage, qui a la forme d’un récit de voyage, et rappellent que les premiers géographes furent d’abord des explorateurs et des voyageurs – certains le sont encore. C’est vrai, rien ne remplace le terrain : il donne de la chair et de la profondeur à ce que l’on apprend en chiffres dans les livres, il confère une dimension affective aux contrées étudiées.

J’espère en particulier que ce prix pourra contribuer à mieux faire connaître les exactions perpétrées par le gouvernement chinois sur le peuple ouïghour. Puisse-t-il être donné à lire dans toutes les classes. Dénoncer sans relâche ce crime contre l’humanité, voire ce génocide comme accusent déjà plusieurs États, est non seulement nécessaire mais vital pour un peuple qui, jusqu’à il y a peu, n’avait pas de voix et tremblait à l’idée de parler pour dénoncer. Aujourd’hui, il tremble toujours mais il témoigne et l’on voit à quel point c’était nécessaire puisque les condamnations de la Chine commencent à pleuvoir car, enfin, le monde sait.

Si je dédie mon prix à Mihriay Erkin, cette brillante étudiante morte dans un camp chinois alors qu’elle n’avait pas trente ans, c’est dans l’espoir qu’elle puisse devenir le symbole de celles et ceux qui subissent le même sort dans l’anonymat. Son histoire est tragique et fussions-nous ouïghours, nous aurions pu connaître le même sort. Mihriay était étudiante au Nara Institute of Science and Technology près d’Osaka au Japon et allait entreprendre sa thèse de troisième cycle quand sa mère lui envoya des messages lui demandant instamment de rentrer à Kashgar au prétexte que sa santé déclinait. C’était évidemment un piège tendu par les autorités chinoises. Son oncle, exilé en Norvège, tenta de la dissuader en vain. Malgré ses craintes – espérait-elle passer entre les mailles ? –, elle décida de revenir, consciente pourtant des risques qu’elle prenait puisqu’avant d’embarquer dans l’avion qui la ramenait au Xinjiang ce 18 juin 2019, elle envoya le message suivant à une amie : « Si je meurs, si j’ai une tombe, qu’un bouquet de pivoines rouges y soit déposé. » À son arrivée en Chine, elle est arrêtée et internée. Son oncle n’apprendra sa mort, survenue le 20 décembre 2020, qu’au mois de juin, probablement des suites des nombreux interrogatoires subis. Pour falsifier les statistiques, la police ordonna à la famille de déclarer que Mihriay était morte chez elle. Comme des milliers, des dizaines, des centaines de milliers d’autres Ouïghours disparus prématurément probablement…

La Chine inspirée par les pratiques nazies pour exterminer les Ouïghours.

Selon le média en ligne The Atlantic, Xi Jinping et son gouvernement s’inspirent fortement de l’idéologie nazie : ils se sont entichés du théoricien politique et juriste, membre éminent du parti nazi, Carl Schmitt (source :The Nazi Inspiring China’s Communists), dont les principaux travaux ont été traduits en chinois par Liu Xiaofeng, un universitaire très suivi en Chine. Les travaux de Carl Schmitt arrangent bien Pékin car il donnent une justification à ses crimes : protéger la sécurité nationale (sic !).

Même s’il n’est pas comparable avec la Shoah, le génocide qu’est en train de subir le peuple ouïghour présente de nombreuses analogies. Dans les 381 camps d’internement construits récemment et disséminés au Xinjiang, les Ouïghours subissent : convoyages vers des usines, travail forcé, expériences médicales, tortures, exécutions sommaires (selon des informations obtenues par Erkin Sidiq, un Ouïghour exilé aux Etats-Unis), stérilisation forcée des femmes, traitements psychologiques inhumains au point de rendre fou, maltraitances physiques qui conduisent à la mort, etc. Un tiers à deux tiers de la population ouïghoure est en train de subir ce crime contre l’humanité. Autre analogie avec le régime nazi : la tentative de dissimulation au monde des crimes.

Dans la plupart des camps, les femmes sont rasées. Il y a quelques mois, les douanes américaines saisirent deux cargaisons de postiches faits de cheveux humains à 100 % en provenance du Xinjiang, suspectant l’utilisation du travail forcé. Aujourd’hui, un média en ligne néerlandais, Investico, dénonce le fait que les cheveux humains vendus aux Pays-Bas servant à des extensions proviennent du Xinjiang et du travail forcé (Haar van Oeigoeren mogelijk in nederlandse haarproducten).

Non seulement ce sont les cheveux des femmes ouïghoures qui sont utilisés, mais en plus les mèches sont fabriquées grâce au travail forcé des Ouïghours, tout ceci se passant dans les camps.

Cela rappelle de très sombres heures de l’histoire. Les gouvernements ne peuvent plus ignorer qu’un crime contre l’humanité, à très grande échelle, est en train de se dérouler. La population ouïghoure est aujourd’hui proche de l’éradication totale. Un jour peut-être viendra où tous les collaborateurs, chinois et du monde entier, de ce régime criminel seront jugés. Des actions dans le monde se préparent en ce sens.

Ouïghours libérés des camps

Mais que leur ont-ils fait pour qu’ils ressemblent à des morts vivants après leur libération? Combien de temps encore le monde va-t-il tolérer ces crimes sur ce peuple innocent que veut éradiquer la Chine ?

Les Ouïghours, héroïques, poursuivent leurs campagnes de dénonciation silencieuse. Que peuvent-ils faire d’autre ? Après la campagne : « Où est mon frère ? », « Où est ma soeur ? »…, voici celle de proches libérés de camps.

Elle est extrêmement choquante. Au risque de leur vie, ils postent les vidéos de leur père, mère, soeur, fils, fille… libérés de camps dans un état de santé détériorée au point qu’il faut des images pour que le monde puisse le croire.

Cette campagne doit faire réagir de façon intransigeante le reste du monde contre ces crimes perpétrés sous nos yeux et toujours impunis. Ce n’est plus tolérable. Je vous laisse juge.

Rencontre avec la journaliste Sylvie Lasserre – Asie centrale

Très heureuse que Radio Grand Ciel m’ait consacré une heure dans son émission Clefs en mains :

Rencontre avec la journaliste Sylvie Lasserre – Du Pakistan à la Turquie

Kahkakha, ancienne cité de la Route de la Soie.

Kahkakha, Tadjikistan. Novembre 2015. Copyright Sylvie Lasserre

De cette ancienne cité florissante de la Route de la Soie ne restent plus aujourd’hui que des monticules de terre parsemés et battus par les vents.

#Kahkakha #Tadjikistan #Tajikistan #Ustrushana #CentralAsia #AsieCentrale.

Of this ancient city of the Silk Road, only mounds of earth strewn and blown by the winds remain today.

Voyage au pays des Ouïghours. Revue de presse

Revue de presse :

Citations :

« Voyage au pays des Ouïghours » : les avis des lecteurs

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  • Un livre passionnant sur un peuple et un sujet tristement méconnus et au destin tragique.

Sylvie Lasserre nous mène par la main vers un peuple et sur une terre qu’elle est une des rares personnes à mettre en lumière, et de façon si brillante. Chaque mot est une boussole, dans ce texte palpitant et écrit comme un prolongement de l’action infatigable de l’auteure. Chaque chapitre nous ouvre une porte, autant vers une culture qu’on aimerait pouvoir découvrir plus, que vers le terrible et sombre destin de ce peuple Ouïghour d’Asie Centrale que le gouvernement chinois a décidé de « faire rentrer dans le rang » à tout prix. Ce livre est indispensable à lire pour ouvrir les yeux sur un monde écrasé par la pensée unique. Merci pour ce texte qui m’a touché au cœur.

  • Découvrir un peuple peu connu

Magnifique, à lire !

  • Connaître la situation des Ouïghours

J’ai enfin trouvé ce livre , tout d’abord je remercie Sylvie Lasserre et son travail réel, elle a raconté la vraie histoire des Ouïghours qui sont délaissés et oubliés…
Ils sont en train de subir un génocide par le parti chinois au 21e siècle alors qu’on parle des droits de l’homme dans le monde entier…

  • Super livre

Il y a très peu de livres qui parlent sur la situation du peuple ouïghour.

  • Quel livre merveilleux

Je viens de terminer „Voyage au pays des Ouïghours“ de Sylvie Lasserre dans le train qui me mène vers Berlin… Quel livre merveilleux dans l’horreur indicible de ce que le gouvernement Chinois inflige au peuple ouïghour. Les témoignages de ce qu’on subit les Juifs sous le 3e Reich sont éprouvants à lire, pour moi en tout cas, mais quelque part supportables parce que passés, c’est de l’histoire.

Mais « voyage au pays des Ouïghours » est insupportable, même si j’ai tout lu, chaque mots jusqu’au bout, jusqu’à la lie, parce que ça se passe encore toujours aujourd’hui… Je supporte difficilement les vidéos montrant la façon dont la police française s’occupe des gilets jaunes ou des médecins et infirmières qui descendent dans la rue juste avant la pandémie de Covid19 pour réclamer plus de moyens et qui se font matraquer, gazer, et pire encore. Mais c’est un traitement très respectueux et amical face à ce que font les policiers chinois aux Ouïghours…

Heureusement que je vais passer la nuit dans des trains, avec des correspondances qui me tiendront éveillé. Lire ce livre passe encore, mais quand j’essaye, quelques secondes durant, d’imaginer l’enfer que vivent ces gens, ça me rend malade au sens propre du terme. Il n’y a pas de mots pour qualifier ça. Merci pour ce témoignage.

  • Mon best-seller de l’été
Un livre à mettre entre toutes les mains !
L’excellent focus que nous donne Sylvie Lasserre au travers de cet ouvrage, sa sensibilité pour le peuple Ouighours et sa destinée qu’elle nous fait partager, sont autant d’arguments qui qualifie ce livre selon moi, comme le best seller de l’été.
  • Magnifique récit

Merci pour ce magnifique récit. Du fond du cœur.

  • Un livre magnifique
  • L’émotion d’un voyage, la souffrance d’un peuple
  • Ouvrage majeur
  • Un voyage témoignage

Sylvie Lasserre est spécialiste de l’Asie centrale, une région pas nécessairement connue par la majorité des Français (dont moi). Dans Voyage au pays des Ouïghours, elle raconte son séjour au Xinjiang (le nom donné par les Chinois à cette province située à l’ouest du pays) en 2007. Elle nous livre les principales étapes de son voyage, accompagnées de ses observations et de ses sentiments. Par moments, on a presque l’impression d’être dans sa tête et de ressentir ses sentiments. Il faut voir par exemple comme elle prend rapidement en grippe une traductrice : dès les premiers mots, on sent l’antipathie, qui ne va cesser de grandir au cours des pages. Elle nous transmet sa gêne ou sa crainte dans certaines situations, de façon presque naïve, mais très efficace.

Et, autour de ce voyage, elle nous parle de la situation des Ouïghours dans leur propre pays (même si ce n’en est pas un). Les évènements qu’elle narre vont de 2006 à 2020 dans cette deuxième version de l’ouvrage (une première version était parue en 2010). Selon l’autrice, les Chinois (les Han), veulent faire disparaître purement et simplement les Ouïghours en les mélangeant aux Hans, voire en les remplaçant par eux. Ces derniers représentaient une infime partie de la population du Xinjiang voilà quelques années. Aujourd’hui, ils sont près de 50 %. Et ils sont, évidemment, favorisés par le régime pour les emplois et autres contingences matérielles. De plus, ce même régime détruit les vieilles villes à la vitesse de l’éclair pour les remplacer par des infrastructures modernes, mais aseptisées, loin de tout héritage culturel ouïghour. Comme s’il voulait faire disparaître toute trace. Et, comme toujours avec la Chine, le silence le plus épais règne sur ces actes. Et, surtout, sur la répression terrible exercée sur toute forme de protestation : arrestations par dizaines, voire centaines. Et torture. Sans parler de la confiscation des passeports.

On ne sort donc pas indemne de la lecture de ce journal de voyage. Les faits exposés par l’autrice sont proprement horribles et, même si tout n’est pas vérifié, loin de là, tant le régime chinois est puissant en matière de rétention d’informations, le bilan est terrifiant.

Une vérité bien cachée

La forme de l’ouvrage est avant tout touchante : on se sent que Sylvie Lasserre se donne cœur et âme et elle ne cache pas ses sentiments. On voit combien elle est émue et ravagée par l’horreur de ce qu’elle voit. Mais aussi consciente du devoir qu’elle s’est donnée : observer, obtenir des informations et témoigner. En parler à l’extérieur du pays, faire connaître la situation désastreuse dans laquelle se trouve un peuple, pourtant riche d’une histoire ancienne (l’autrice nous brosse un rapide tableau de cette civilisation et de ses développements à travers les siècles). D’ailleurs, elle ne cache pas ses amitiés, ni son engagement. Il suffit d’aller sur son blog (https://surlesroutesdasiecentrale.wordpress.com) pour s’en apercevoir. Et elle l’annonce clairement dans le livre. On peut mettre en doute certains chiffres, mais l’autrice se montre prudente car, comme elle le dit, « comment se fier à des chiffres émis par les autorités chinoises, quand on sait de quelle façon Pékin manipule les médias et censure les canaux de communication qu’elle ne contrôle pas ? » Et ce sont les seuls chiffres que l’on peut avoir. Quelques agences des droits de l’homme tentent des approximations par des témoignages (rares, car parler est souvent synonyme de prison, de torture et de menace sur la famille entière). Donc, en tant que lecteur, difficile de se faire une véritable idée de ce qu’il en est exactement. Mais le témoignage de Sylvie Lasserre est fort. Et comme elle dit clairement dans quel sens vont ses préférences, on n’est pas pris en traître.

Lire Voyage au pays des Ouïghours est plus qu’utile : il faut prendre connaissance de ce qui se trame dans l’extrémité ouest de la Chine. Comme au Tibet, les dirigeants de ce vaste pays veulent imposer des règles parfois bien trop strictes. Et ils semblent vouloir écraser les particularités culturelles d’un peuple, impuissant car enfermé dans des frontières hermétiques et dans un silence bien trop fort. (https://www.babelio.com/auteur/Sylvie-Lasserre/530292/critiques?fbclid=IwAR0iLAPJxS59to9P67SPreq1mKKCX6WH8IOPqBaCfPGs4RPNaVDNTqXPs1g)

Ouïgours, Bibliogaphie 2020

« Je n’avais jamais pu imaginer que la situation du peuple Ouïghours se dégraderait autant en une dizaine d’années, comme en témoignent le livre et le reportage présentés ci-dessous. » http://www.gregorycassan.fr/414036366/6931397/posting/ou%C3%AFgours-bibliogaphie-2020