Voyage au pays des Ouïghours récompensé par le prix du livre de géographie des lycéens

Je suis extrêmement reconnaissante aux lycéens, aux étudiants et à leurs professeurs d’avoir manifesté leur intérêt pour la tragédie des Ouïghours en décernant ce prix au Voyage au pays des Ouïghours. Je suis particulièrement fière de cette jeunesse qui a les yeux grands ouverts sur le monde et les droits humains, comme en témoignent leurs textes.

À l’automne dernier déjà, au salon du livre du prix Bayeux où j’étais invitée, de nombreux étudiants accompagnés de leurs professeurs de géographie s’étaient montrés particulièrement concernés par la question ouïghoure, posant mille questions, prenant quantité de notes… Il était particulièrement touchant de découvrir chez ces jeunes une telle avidité d’apprendre et de vouloir comprendre le drame des Ouïghours, que le monde découvrait à peine.

Pour en revenir au prix du livre de géographie, certains textes de lycéens ayant voté pour Voyage au pays des Ouïghours soulignent que la géographie, c’est aussi le terrain. Les étudiants disent avoir apprécié ce point dans l’ouvrage, qui a la forme d’un récit de voyage, et rappellent que les premiers géographes furent d’abord des explorateurs et des voyageurs – certains le sont encore. C’est vrai, rien ne remplace le terrain : il donne de la chair et de la profondeur à ce que l’on apprend en chiffres dans les livres, il confère une dimension affective aux contrées étudiées.

J’espère en particulier que ce prix pourra contribuer à mieux faire connaître les exactions perpétrées par le gouvernement chinois sur le peuple ouïghour. Puisse-t-il être donné à lire dans toutes les classes. Dénoncer sans relâche ce crime contre l’humanité, voire ce génocide comme accusent déjà plusieurs États, est non seulement nécessaire mais vital pour un peuple qui, jusqu’à il y a peu, n’avait pas de voix et tremblait à l’idée de parler pour dénoncer. Aujourd’hui, il tremble toujours mais il témoigne et l’on voit à quel point c’était nécessaire puisque les condamnations de la Chine commencent à pleuvoir car, enfin, le monde sait.

Si je dédie mon prix à Mihriay Erkin, cette brillante étudiante morte dans un camp chinois alors qu’elle n’avait pas trente ans, c’est dans l’espoir qu’elle puisse devenir le symbole de celles et ceux qui subissent le même sort dans l’anonymat. Son histoire est tragique et fussions-nous ouïghours, nous aurions pu connaître le même sort. Mihriay était étudiante au Nara Institute of Science and Technology près d’Osaka au Japon et allait entreprendre sa thèse de troisième cycle quand sa mère lui envoya des messages lui demandant instamment de rentrer à Kashgar au prétexte que sa santé déclinait. C’était évidemment un piège tendu par les autorités chinoises. Son oncle, exilé en Norvège, tenta de la dissuader en vain. Malgré ses craintes – espérait-elle passer entre les mailles ? –, elle décida de revenir, consciente pourtant des risques qu’elle prenait puisqu’avant d’embarquer dans l’avion qui la ramenait au Xinjiang ce 18 juin 2019, elle envoya le message suivant à une amie : « Si je meurs, si j’ai une tombe, qu’un bouquet de pivoines rouges y soit déposé. » À son arrivée en Chine, elle est arrêtée et internée. Son oncle n’apprendra sa mort, survenue le 20 décembre 2020, qu’au mois de juin, probablement des suites des nombreux interrogatoires subis. Pour falsifier les statistiques, la police ordonna à la famille de déclarer que Mihriay était morte chez elle. Comme des milliers, des dizaines, des centaines de milliers d’autres Ouïghours disparus prématurément probablement…

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