Les herbes, une valeur sûre des peuples turcs

Mercredi 6 mars 2019

Quand le printemps s’annonce, partout sur le bord des routes en Asie centrale vous verrez des paysans vendre toutes sortes d’herbes vertes. Vous savez, celles que l’on taxe de mauvaises herbes chez nous et que l’on arrache aveuglément ou à coups de pesticides. Les Turks, eux, connaissent bien les vertus de ces herbes sauvages dont ils se régalent après l’hiver.

En Turquie, les étals d’herbes (ot) dans les marchés regorgent de ces plantes qu’ailleurs l’on ne regarderait même pas. Quant à ma voisine, elle n’a pas son pareil pour reconnaître une herbe et m’en donner le nom sans hésiter ainsi que la façon de la cuisiner. Dès que j’ai un doute, je la consulte.

Mais saviez-vous que parmi les différents noms turco-mongols du remède, l’un d’eux, le plus employé, est précisément « ot » ? D’après Jean-Paul Roux, éminent turcologue français, « ce mot […] signifie d’abord une herbe, puis une herbe et l’herbe médicinale, enfin d’une part herbe, d’autre part remède » (Jean-Paul Roux, Faune et flore sacrés dans les sociétés altaïques, p. 165).

Ainsi s’explique la ruée printanière sur les herbes des peuples turcs.

Lesbos – Ayvalik : le grand échange de populations

This video is a rare document about the population exchange that happened at the fall of the Ottoman Empire. Between 1922 and 1923, 500 000 Turkish people from Greece were forced to leave to Turkey while 1 500 000 Greek people from Asia Minor had to leave to Greece. Still after a few generations, people are so moved about this human tragedy.

Ayvalik, in Turkey, is one of the cities affected. The exchange happened with Lesbos. Cunda, the adjacent island close to Ayvalik, welcomed Turks from Crete and in some places on Cunda or Ayvalik, one can still hear old people speaking in Greek.

Ayvalik was a prosperous Greek city, living mostly on the olive industry and hosting twelve churches. Sometimes nowadays one can see a group of Greek people visiting the town, on the track of the houses of their ancestors. If you talk to people here about the tragedy you will witness soon them crying, almost 95 years later. They still give each other nicknames which are… the name of the village in Lesbos they come from, although most of them never went there. Turks have been authorized to visit their ancestors villages in Lesbos only a few years ago.

Samedi 3 mars 2018

La Semah, danse rituelle des Bektachi en Turquie

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Voici un magnifique documentaire en quatre parties dédié à la Semah, cette danse religieuse que l’on doit à Hadji Bektach, fondateur de l’ordre soufi des Bektachi, venu d’Asie centrale en Anatolie au XIIIe siècle. Avec en prime, dans la première partie, un passage par Kashgar le jour de la fameuse sama dansée par les Ouïghours devant Id Qah.

Hajji Bektach est né dans l’actuel Iran à Nishapur en 1209 et est mort en 1271 en Anatolie.

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A Sogmatar, des temples dédiés à Sîn, le dieu de la Lune. Turquie

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A une cinquantaine de kilomètres au nord est de Harran, près de la localité de Yagmurlu Koÿ, se trouve Sogmatar (ou Sumatar Harabesi, Sumatar), un ancien lieu de culte dédié à Marilaha, le dieu suprême, dieu de la Lune, qui correspond au dieu mésopotamien Sîn, le dieu combattu par Abraham (voir le post  » Sur les pas d’Abraham à Harran « ).

Ruines de Sogmatar. Copyright Sylvie Lasserre

Ruines de Sogmatar.  © Sylvie Lasserre

Le lieu consiste en sept caves en forme de grottes creusées au sommet de sept collines, une pour chaque planète. Des cultes qui y furent rendus, il ne reste rien. Aujourd’hui, Sogmatar est un lieu désert, loin de tout, où l’on ne voit que des collines pierreuses battues par les vents. Au pied des collines, deux ou trois habitations de bergers, qui ont utilisé les pierres des temples pour bâtir leur murs :

Murs bâtis avec des pierres des temples, Sogmatar. Copyright Sylvie Lasserre

Murs bâtis avec des pierres des temples, Sogmatar. © Sylvie Lasserre

 

Murs faits de pierres taillées arrachées aux temples, Sogmatar. Copyright Sylvie Lasserre

Murs faits de pierres taillées arrachées aux temples, Sogmatar. © Sylvie Lasserre

Point de bureau de renseignement, point de guide, juste un panneau sur lequel on peut lire que Sogmatar était un centre de culte pour les habitants de Harran qui vénéraient les dieux de la lune et des planètes durant le règne du roi Abgar et que, selon la légende, s’y trouvait aussi le puits de Moïse.

Nous sommes loin de tout, avec une vague impression de bout du monde.

Sogmatar. Copyright Sylvie Lasserre

Sogmatar. © Sylvie Lasserre

Sogmatar. Copyright Sylvie Lasserre

Sogmatar. © Sylvie Lasserre

Ce sont les enfants des bergers qui nous ont servi de guide. Habitués à voir des étrangers venir voir ces grottes, ils ont immédiatement compris pourquoi nous étions là, et, sans hésiter, nous ont montré ce qu’il y avait à voir.

A Sogmatar les enfants du cru s'improvisent guides. Copyright Sylvie Lasserre

A Sogmatar les enfants du cru s’improvisent guides. © Sylvie Lasserre

A Sogmatar, les enfants des bergers s'improvisent en guides. Copyright Sylvie Lasserre

A Sogmatar, les enfants des bergers s’improvisent guides. © Sylvie Lasserre

Ils nous mènent d’emblée à la grotte dite Pognon, du nom de l’Assyriologue français Henri Pognon qui l’a découverte.

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A l’intérieur de la grotte Pognon. © Sylvie Lasserre

 

Les dieux vénérés dans ces grottes creusées par l'homme à Sogmatar. Copyright Sylvie Lasserre

Les dieux vénérés dans ces grottes creusées par l’homme à Sogmatar. © Sylvie Lasserre

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Divinités à l’intérieur de la grotte Pognon, Sogmatar. © Sylvie Lasserre

Pour en savoir plus : The legacy of Mesopotamia, édité par Stephanie Dalley, Oxford University Press, 1998.

Et pour ceux qui lisent l’allemand : Sumatar

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Sur les pas d’Abraham à Harran. Turquie

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Vue sur la ville d'Urfa depuis la citadelle. © Sylvie Lasserre

Vue sur la ville d’Urfa depuis la citadelle. © Sylvie Lasserre

« Terah prit son fils Abram, son petit-fils lot, fils de Harân, et sa bru Saraï, femme d’Abram. Il les fit sortir d’Ur des Chaldéens pour aller au pays de Canaan, mais, arrivés à Harân, ils s’y établirent. […]

Abram avait soixante-quinze ans lorsqu’il quitta Harân. Abram prit sa femme Saraï, son neveu Lot, tout l’avoir qu’ils avaient amassé et le personnel qu’ils avaient acquis à Harân. Ils se mirent en route pour le pays de Canaan et ils y arrivèrent. » La Genèse.

Lors d’un « road trip » d’Islamabad à Istanbul, j’ai souhaité faire une halte à Harran, le Harân de la Bible, un lieu qui se situe à une trentaine de kilomètres au sud d’Urfa, aujourd’hui nommée Şanlıurfa, Urfa la Glorieuse, l’ancienne Edesse. Par la même occasion, j’allais découvrir que la ville d’Urfa où je séjournai était aussi très liée à Abraham, puisqu’il y serait né et y aurait grandi.

Selon la tradition islamique, Urfa serait aussi l’Ur des Chaldéens (Ur Kasdim) de la Bible, le lieu de la naissance d’Abraham, que de nombreux chercheurs situent plutôt dans l’Iraq actuel, la fameuse Ur de Mésopotamie. Mais rien ne permet d’avoir la certitude de l’emplacement réel d’Ur des Chaldéens. Cependant, à Urfa, point de chrétiens tandis que les pèlerins musulmans affluent en permanence vers la grotte où serait né Abraham. Les femmes, en particulier, viennent accompagnées de leurs jeunes enfants, boire et leur faire boire l’eau supposée les guérir.

La grotte où serait né Abraham, Urfa. © Sylvie Lasserre

Dans la grotte où serait né Abraham, Urfa. © Sylvie Lasserre

Pour les musulmans, pas de doute, le lieu de naissance d’Abraham est bien là. Et voici ce que l’on peut lire à l’entrée de la grotte nommée Mevlid-i Halil Cave (mevlid signifie « sainte nativité ») :  » Selon la croyance, Abraham est né dans cette grotte. D’après la légende, lorsque les oracles du roi Nimrod lui apprirent qu’un fils allait naître, qui mettrait fin à sa dynastie et à sa religion, Nimrod ordonna que l’on tue tous les garçons nés cette année. Cette année-là, Nuna, la mère d’Abraham, découvrit qu’elle était enceinte. Lorsque la délivrance arriva, elle se cacha dans cette grotte où nacquit Abraham. Terah remit à Nimrod le nouveau-né d’une de ses esclaves en le faisant passer pour son propre fils. Après la naissance, la mère d’Abraham se rendait chaque jour en secret dans la grotte pour nourrir son fils. »

Dans la grotte où serait né Abraham, Urfa. © Sylvie Lasserre

Dans la grotte où serait né Abraham, Urfa. © Sylvie Lasserre

L’ancienne citadelle surplombe la grotte et la ville nouvelle d’Urfa. A l’intérieur de la citadelle se trouvait le palais du roi Nimrod, dont Terah, le père d’Abraham, était le premier ministre. A l’époque, les Mésopotamiens vénéraient le dieu de la Lune, Sîn, le roi des dieux. Ainsi en était-il de Terah et Nimrod.

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Le « trône de Nimrod », au bord de la citadelle. C’est d’ici, selon la légende, que Nimrod fit jeter Abraham dans les flammes. Urfa. © Sylvie Lasserre

L’on raconte qu’Abraham un jour brisa les statues des dieux et que suite à cela, Nimrod le fit immoler par le feu. Selon la légende, le Dieu d’Abraham apaisa la chaleur des flammes et Abraham fut sauvé. Aujourd’hui, à l’emplacement du bûcher se trouve Balikli Göl, un long bassin empli de poissons qui sont, dit-on ici, chacun une braise éteinte du feu dans lequel Abraham fut plongé.

Balikli Göl, le bassin aux poissons, Urfa. © Sylvie Lasserre

Balikli Göl, le bassin aux poissons, Urfa. © Sylvie Lasserre

Il existe de nombreuses versions concernant la jeunesse d’Abraham, la plupart s’étant transmises de bouche à oreille, et les habitants d’Urfa ont tous leur histoire à raconter. La tradition juive quant à elle, donne des informations intéressantes, et je vous propose de lire ceci :

Abraham’s early life

Nimrod and Abraham

L’histoire ne dit pas pourquoi par la suite Thera et sa famille s’établirent à Harân. Probablement parce qu’elle était une des cités majeures de Haute Mésopotamie. Ce qui est certain, c’est qu’ils y vécurent longtemps puisque Terah y mourut à un âge avancé (deux cent cinq ans) et qu’ « Abram avait soixante-quinze ans lorsqu’il quitta Harân ».

Aujourd’hui, Harran (orthographe actuelle), consiste en une série de monticules arides parsemés de pierres, ruines d’où n’émergent plus qu’une des portes d’entrée de l’ancienne citadelle, le minaret de la plus ancienne mosquée d’Anatolie (postérieure à Abraham évidemment) et les ruines de la plus ancienne université au monde.

La citadelle d’Harran aurait été bâtie à l’emplacement d’un ancien temple dédié à Sîn, le dieu de la Lune, roi des dieux vénérés par les Mésopotamiens.

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Une des portes d’accès à l’ancienne citadelle d’Harran. © Sylvie Lasserre

 

Ruines de Harran avec en arrière plan ce qu’il reste de ce qui fut la plus grande mosquée d’Anatolie. © Sylvie Lasserre

A Harran se trouvait la première université au monde et l’on raconte ici qu’Abraham y avait étudié, en particulier l’astronomie.

Ruines de l'université où aurait étudié Abraham. © Sylvie Lasserre

Ruines de l’université où aurait étudié Abraham. © Sylvie Lasserre

Alors que j’avais toujours imaginé Abraham comme un berger marchant sur les chemins de Mésopotamie, je quittai Urfa avec l’idée d’un Abraham fils de très bonne famille, citadin et érudit.

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Exode ininterrompu sur les routes de Lesbos en Grèce

Lundi 6 juillet 2015

Les migrants doivent marcher 50 km pour rejoindre le port de Mytilène. © Sylvie Lasserre

Les migrants doivent marcher 50 km pour rejoindre le port de Mytilène. Interdiction aux îliens de les prendre en stop ; les contrevenants risquent dix ans de prison; © Sylvie Lasserre

Bientôt dix ans que je n’étais retournée sur les traces des migrants clandestins à Lesbos ! (Je vous renvoie à mes posts d’alors, que vous trouverez dans la catégorie « migrants ») A l’époque, cette « route » migratoire commençait à s’ouvrir, l’on n’en parlait pas, au point qu’après trois semaines de reportages en Grèce, à Athènes, Chios et Lesbos, et en Turquie, j’avais vendu… trois feuillets à Libé. Pourtant, déjà, la Grèce réclamait à corps et à cris l’aide de l’Europe pour faire face au problème qu’elle pressentait grandissant, mais…

Aujourd’hui, ce sont 400 à 1000 migrants qui transitent chaque jour par la grande île, si proche des côtes turques. Sur la route qui conduit de la capitale, Mitilène, au nord de l’île où débarquent les clandestins de leurs canots en caoutchouc, c’est un flot continu de groupes marchant sous le soleil. Ils vont par groupes de cinq, dix, vingt. Tous les cinq cents mètres, un groupe. Exode impressionnant. On retrouve toujours les Hazaras, peuple opprimé, s’il en est, en Iran et en Afghanistan, des Pakistanais – beaucoup plus rares -, des Afghans d’ethnie tadjike en famille – ça c’est très nouveau – ! Grande nouveauté par rapport à 2006 : des femmes et des enfants. Et des Syriens… des Syriens… par familles entières.

Femme syrienne en transit à Lesbos. L'épuisement se lit sur tous les visages. © Sylvie Lasserre

Femme syrienne en transit à Lesbos. L’épuisement se lit sur tous les visages. © Sylvie Lasserre

On a peine à imaginer la situation sur place pour qu’une famille décide de quitter à jamais sa ville, son village, sa maison, les mains vides, et fasse prendre tant de risques à ses femmes et ses enfants : s’échapper de Syrie, traverser la Turquie, puis la mer Egée sur un canot pneumatique surchargé, seuls, sans passeurs – ceux-là les abandonnent sur les rives turques avec juste quelques consignes – puis à Mytilène, marcher cinquante kilomètres sous un soleil brûlant avant de rejoindre un camp où ils passeront deux semaines avant d’obtenir un permis temporaire de circuler. Bateau pour Athènes, train pour Thessalonique, puis rejoindre la Macédoine à vélo pour ensuite traverser tous les pays qui les conduiront, qui en Allemagne, qui en Belgique, qui en Norvège… Pour un destin non moins certain.

Zahia, son frère et ses enfants, épuisés, ayant fui Latakié en Syrie, en transit à Lesbos. © Sylvie Lasserre

Zahia, son frère et ses enfants, épuisés, ayant fui Latakié en Syrie, en transit à Lesbos. © Sylvie Lasserre

Zahia a près de vingt ans. Elle a quitté Latakia en compagnie de ses deux jeunes enfants et son frère. Son fils, environ 5 ans, a un oeil au beur noir. C’est le soleil ! me dit la mère. Tous ont la peau très blanche, elle soulève le tee-shirt de sa fille et me montre les jeunes épaules brûlés par les rayons implacables. Cela fait un mois qu’ils sont partis. Il leur reste encore tant de chemin jusqu’à l’Allemagne où ils se rendent. Ils viennent de passer deux semaines, pas au camp, mais là, sur le port, sur le terrain de la police. Depuis un mois que nous sommes partis, nous dormons par terre. Elle est épuisée. Les enfants aussi semblent très éprouvés. Vous aviez des douches sur le port ? Non ! s’exclame-t-elle. Pas même de toilettes. Cela fait quatre jours que nous ne nous sommes pas lavés. Elle me montre l’état du bas de son pantalon, qui fut noir, mais est aujourd’hui blanc de poussière.

Trois générations : Elles ont quitté l'enfer de Deir Ez Zur en Syrie. © Sylvie Lasserre

Trois générations : Elles ont quitté l’enfer de Deir Ez Zur en Syrie. © Sylvie Lasserre

Plus loin, sous le porche de l’entrée de l’embarcadère, des tentes, des hommes, des femmes, des enfants assis ou couchés à même le sol. Je m’approche d’un groupe de femmes assises sur un tapis, dont l’une d’elle tient un nourrisson dans les bras. La grand-mère, la mère et la petite-fille. Elles ont fui leur terre natale de Deir ez Zor, ravagée par la guerre et se jettent, assoiffées sur la bouteille d’eau que je leur donne. Le bébé a quatre mois. Le plus jeune migrant que j’aie vu…

A l'embarcadère de Lesbos. Les migrants attendent le bateau pour Athènes. © Sylvie Lasserre

A l’embarcadère de Lesbos. Les migrants attendent le bateau pour Athènes. © Sylvie Lasserre

Un jeune homme s’approche, me dit qu’il parle anglais et arabe. « Je suis Palestinien, de Syrie. Ma famille était en Syrie depuis soixante ans. Nous sommes d’Alep. » Il me présente sa famille, dont sa mère et poursuit : « Je suis pharmacien. Ma mère est dentiste. » Sa mère, veuve, porte un voile noir. Tandis qu’elle prend les savons que je lui donne, elle me demande si je n’ai pas de la crème pour le visage ; je regarde son visage: il est brûlé par les longues marches sous le soleil. Omer, le jeune pharmacien me montre une photo de son chien : un jeune berger allemand, grand, vif. Les soldats l’ont tué ! Et mon chat aussi. Mais pourquoi ? « Comme ça ! Ils tirent sur tout ! Même sur les arbres ! »

Le pharmacien, son frère jumeau et leur mère, dentiste. © Sylvie Lasserre

Le pharmacien, son frère jumeau et leur mère, dentiste. © Sylvie Lasserre

Chacun fait sa toilette comme il peut, quand il peut. Du linge sèche sur les plots du parking face à l’embarcadère.

Puis tandis que nous discutons, une policière attachée aux douanes leur demande de dégager les lieux et aller sous le porche, derrière le mur. Loin des regards. « Regarde comment ils nous traitent : Ils ne nous traitent pas comme des êtres humains ! »

Jeune fille syrienne, sur les routes de l'exode, en famille. © Sylvie Lasserre

Jeune fille syrienne, sur les routes de l’exode, en famille. © Sylvie Lasserre

Et comment oublier, cette jeune fille, aux allures de touriste, dont je n’ai pas réussi à retenir le prénom alors qu’elle me l’a répété trois fois ! Partie en famille, père, mère, frère. Contrairement aux autres, ils portent de relativement de gros bagages. Comment ont-ils marché les 50 kilomètres ainsi chargés, je me le demande. En regardant à nouveau les photos, je constate que le père porte une mallette en plastique. Les documents de leur vie sans doute, les papiers importants. Peut-être des photos de famille aussi. Ils sont en route pour l’Allemagne.

La route qui les attend est encore longue et semée d’embûches. Elle est toute tracée par les réseaux de passeurs et comprend donc, entre autres la traversée de la Macédoine à vélo. Je repense à Arif, le jeune Hazara d’Iran que j’avais suivi depuis sa sortie du camp de Lesbos en 2006, jusqu’à Paris. Sa route alors passait par Patras puis Calais. Après deux ans passés en Angleterre, il avait abandonné l’idée d’obtenir des papiers et repartait tenter sa chance en Norvège. Oui, la route de la migration est longue et difficile, semée d’embûches et de dangers. Par un accident de téléphone portable, j’ai perdu son contact. Sur les routes de Lesbos, ce sont des centaines, des milliers d’Arif qui passent chaque jour.

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Une nouvelle galerie pour mes photos d’Asie centrale et du Pakistan

Je teste une nouvelle galerie pour accueillir mes photos :

Galleries | Sylvie Lasserre

Il me reste encore de nombreux reportages à ajouter. Mais déjà… qu’en pensez-vous ?

Merci pour vos commentaires !

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