La potion magique des peuples türks

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Tadjikistan. Après avoir faire cuire au feu la tête et les pattes du mouton sacrifié, une jeune fille gratte les parties brûlées avant de préparer la soupe qui sera servie à l’issue du rituel chamanique. Copyright Sylvie Lasserre

La première fois que j’ai entendu parler de cette soupe, la kalla-pocha, elle était servie à la fin d’un rituel chamanique auquel j’avais assisté au Tadjikistan. Kalla : la tête, pocha : les pattes. De l’animal sacrifié rien ne se perd : la viande est cuite en ragoût, la tête, les pattes et les abats mijotent en soupe, enfin la peau est récupérée par le chamane. La kalla-pocha est bue par les participants à la fin de la cérémonie.

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Durant le rituel, la patiente remue la kalla-pocha à l’aide d’une louche. Copyright Sylvie Lasserre

La seconde fois que j’ai entendu parler de cette soupe, c’était en Turquie, sur la côte de la mer Egée. Une vieille voisine enrhumée et alitée me demanda de lui rapporter de la ville une soupe kelle paça, précisant que cela lui redonnerait des forces et l’aiderait à guérir. Et quel ne fut mon étonnement lorsque, descendue en ville, je constatai en effet que de nombreux restaurants vendaient la soupe kelle paça.

Toujours sur la côte égéenne. Récemment, attirée par l’odeur de corne brûlée qui semblait venir de derrière chez moi, je trouvais une voisine accroupie devant un feu qu’elle entretenait. Elle me dit qu’elle préparait une kelle paça. Alors qu’elle grattait les pattes carbonisées d’un mouton, je retrouvai les mêmes gestes que je vis faire par ces femmes au Tadjikistan. Intriguée, je lui demandais quelles étaient les vertus de cette soupe, et elle m’expliqua que c’était bon pour fortifier les os (elle a quatre enfants en bas âge).

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Cette soupe semble être parée de toutes les vertus. J’ignore si c’est fondé ou non mais c’est très probable car les peuples türks n’ont pas leurs pareils dans la connaissance des pouvoirs des aliments.

Renseignements pris, on la consomme aussi en Afghanistan où le kalah wa pacha est une soupe nourrissante qui se consomme généralement le matin et qui est très appréciée des travailleurs de force comme les fermiers et les soldats et même des lutteurs.

Lire aussi : How to eat kalah pacha

Un temple inattendu dédié à Sin, le dieu mésopotamien de la lune.

Soğmatar ! En route vers Istanbul depuis Islamabad, je fis une escale d’une semaine à Urfa, l’ancienne Edesse, ville ô combien riche du point de vue de l’histoire des religions, ainsi que ses environs. Après avoir visité Harran, la ville biblique où naquit Abraham – j’y reviendrai dans un autre poste – on me conseilla de me rendre à Soğmatar où je trouverais des temples dédiés aux dieux mésopotamiens.

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Soğmatar, copyright Sylvie Lasserre

Soğmatar se trouve à une soixantaine de kilomètres de Harran. Après avoir sauté dans un taxi, le seul moyen de s’y rendre, j’arrivai dans un lieu quasi-désertique et battu par les vents. Seules quelques fermettes reposaient là. Je m’approchai de deux bergères occupées à nourrir leurs moutons tout en me demandant ce que pouvaient bien faire là des temples païens dont rien d’ailleurs n’indiquait la présence.

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Soğmatar, copyright Sylvie Lasserre

Finalement, trois gamins accoururent vers moi en me faisant signe de les suivre. Nous pénétrâmes dans une grotte transformée en temple, aux parois couvertes de suie. Là, les gamins visiblement habitués à voir des touristes débarquer de temps à autre, m’indiquèrent du doigt chaque figurine gravée en bas-relief sur les parois.

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Temple dedicated to the moon, Sin, in Soğmatar, copyright Sylvie Lasserre

Je l’ignorais alors mais cette grotte ornée porte le nom de grotte de Pognon, du nom du diplomate et archéologue français Henri Pognon (1853-1921), qui en fit la découverte.

Soğmatar (ou Sumatar) était un centre de culte pour les habitants de Harran qui vénéraient les dieux de la lune et des planètes durant le règne du roi Abgar.

Selon la légende, c’est également à Soğmatar que se trouverait le puits de Moïse. C’est aussi là que Moïse, fuyant l’Egypte, aurait rencontré Séphora, la fille de Jethro, qui devint son épouse, et que son beau-père lui offrit le fameux bâton qu’il transformera plus tard en serpent devant le Pharaon.

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Au sommet de la colline où se trouve la grotte de Pognon, des ruines constituées d’énormes blocs de pierres. Copyright Sylvie Lasserre.

Göbekli Tepe, the world’s most ancient worship place

During my roadtrip from Islamabad to Istanbul in 2014, I had the opportunity to visit the archeological site of Göbekli Tepe, located a dozen kilometers away from Urfa in Turkey. It was a long time dream. That was even one of the main reasons for this long trip – along with the visit of other neotlithic archeological sites.

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Approaching Göbekli Tepe. Copyright  2014 Sylvie Lasserre

Göbekli Tepe, « the mount with a belly » in Turkish, was discovered in the 60’s by some archeologists guided by the shepperds, owners of the land. But those had no idea of the importance of the site. They thought they had found some Middle Age graveyards. It was Klaus Schmidt, a German archeologist, who understood the importance of such a place and he began excavations in 1994. Unfortunately Schmidt died of a heart attack in 2014.

It was found out that Göbekli Tepe was probably a temple 12000 years old. This shook up all preconceived ideas about neolithic societies. Indeed : still nomadics, the hunters and gatherers living in the region of Göbekli Tepe were gathering at this worship place (no evidence of settlements were found in the surroundings). This is the most amazing fact of this discovery.

IMG_6164Mahmut Yildiz, the shepperd owner of the land where lays Göbekli Tepe. Copyright 2014 Sylvie Lasserre

Still most of the mound has to be excavated. I was told by the locals that the vast plain down the tepe « hill » was the place of the Paradise. Indeed, this region is known for being the cradle of agriculture (upper Mesopotamia), which appeared some 10000 years ago, after the construction of Göbekli Tepe.

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A fertile plain lays at the feet of Göbekli Tepe. Copyright 2014 Sylvie Lasserre

Today, Göbekli Tepe has dressed new clothes. Paths have been created for guiding the visitors, brand new roof is protecting the site. There are opening and closing times and soon it will be possible to fly over the site with hot air balloons… Moreover, some guided tours are full and can’t accept more tourists, due to the success of this modernisation.

Göbekli Tepe has been officially inaugurated on March 2019. And selfishly I wonder if I still will be able to dream there.

Les herbes, une valeur sûre des peuples turcs

Mercredi 6 mars 2019

Quand le printemps s’annonce, partout sur le bord des routes en Asie centrale vous verrez des paysans vendre toutes sortes d’herbes vertes. Vous savez, celles que l’on taxe de mauvaises herbes chez nous et que l’on arrache aveuglément ou à coups de pesticides. Les Turks, eux, connaissent bien les vertus de ces herbes sauvages dont ils se régalent après l’hiver.

En Turquie, les étals d’herbes (ot) dans les marchés regorgent de ces plantes qu’ailleurs l’on ne regarderait même pas. Quant à ma voisine, elle n’a pas son pareil pour reconnaître une herbe et m’en donner le nom sans hésiter ainsi que la façon de la cuisiner. Dès que j’ai un doute, je la consulte.

Mais saviez-vous que parmi les différents noms turco-mongols du remède, l’un d’eux, le plus employé, est précisément « ot » ? D’après Jean-Paul Roux, éminent turcologue français, « ce mot […] signifie d’abord une herbe, puis une herbe et l’herbe médicinale, enfin d’une part herbe, d’autre part remède » (Jean-Paul Roux, Faune et flore sacrés dans les sociétés altaïques, p. 165).

Ainsi s’explique la ruée printanière sur les herbes des peuples turcs.

Lesbos – Ayvalik : le grand échange de populations

This video is a rare document about the population exchange that happened at the fall of the Ottoman Empire. Between 1922 and 1923, 500 000 Turkish people from Greece were forced to leave to Turkey while 1 500 000 Greek people from Asia Minor had to leave to Greece. Still after a few generations, people are so moved about this human tragedy.

Ayvalik, in Turkey, is one of the cities affected. The exchange happened with Lesbos. Cunda, the adjacent island close to Ayvalik, welcomed Turks from Crete and in some places on Cunda or Ayvalik, one can still hear old people speaking in Greek.

Ayvalik was a prosperous Greek city, living mostly on the olive industry and hosting twelve churches. Sometimes nowadays one can see a group of Greek people visiting the town, on the track of the houses of their ancestors. If you talk to people here about the tragedy you will witness soon them crying, almost 95 years later. They still give each other nicknames which are… the name of the village in Lesbos they come from, although most of them never went there. Turks have been authorized to visit their ancestors villages in Lesbos only a few years ago.

Samedi 3 mars 2018

La Semah, danse rituelle des Bektachi en Turquie

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Voici un magnifique documentaire en quatre parties dédié à la Semah, cette danse religieuse que l’on doit à Hadji Bektach, fondateur de l’ordre soufi des Bektachi, venu d’Asie centrale en Anatolie au XIIIe siècle. Avec en prime, dans la première partie, un passage par Kashgar le jour de la fameuse sama dansée par les Ouïghours devant Id Qah.

Hajji Bektach est né dans l’actuel Iran à Nishapur en 1209 et est mort en 1271 en Anatolie.

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A Sogmatar, des temples dédiés à Sîn, le dieu de la Lune. Turquie

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A une cinquantaine de kilomètres au nord est de Harran, près de la localité de Yagmurlu Koÿ, se trouve Sogmatar (ou Sumatar Harabesi, Sumatar), un ancien lieu de culte dédié à Marilaha, le dieu suprême, dieu de la Lune, qui correspond au dieu mésopotamien Sîn, le dieu combattu par Abraham (voir le post  » Sur les pas d’Abraham à Harran « ).

Ruines de Sogmatar. Copyright Sylvie Lasserre

Ruines de Sogmatar.  © Sylvie Lasserre

Le lieu consiste en sept caves en forme de grottes creusées au sommet de sept collines, une pour chaque planète. Des cultes qui y furent rendus, il ne reste rien. Aujourd’hui, Sogmatar est un lieu désert, loin de tout, où l’on ne voit que des collines pierreuses battues par les vents. Au pied des collines, deux ou trois habitations de bergers, qui ont utilisé les pierres des temples pour bâtir leur murs :

Murs bâtis avec des pierres des temples, Sogmatar. Copyright Sylvie Lasserre

Murs bâtis avec des pierres des temples, Sogmatar. © Sylvie Lasserre

 

Murs faits de pierres taillées arrachées aux temples, Sogmatar. Copyright Sylvie Lasserre

Murs faits de pierres taillées arrachées aux temples, Sogmatar. © Sylvie Lasserre

Point de bureau de renseignement, point de guide, juste un panneau sur lequel on peut lire que Sogmatar était un centre de culte pour les habitants de Harran qui vénéraient les dieux de la lune et des planètes durant le règne du roi Abgar et que, selon la légende, s’y trouvait aussi le puits de Moïse.

Nous sommes loin de tout, avec une vague impression de bout du monde.

Sogmatar. Copyright Sylvie Lasserre

Sogmatar. © Sylvie Lasserre

Sogmatar. Copyright Sylvie Lasserre

Sogmatar. © Sylvie Lasserre

Ce sont les enfants des bergers qui nous ont servi de guide. Habitués à voir des étrangers venir voir ces grottes, ils ont immédiatement compris pourquoi nous étions là, et, sans hésiter, nous ont montré ce qu’il y avait à voir.

A Sogmatar les enfants du cru s'improvisent guides. Copyright Sylvie Lasserre

A Sogmatar les enfants du cru s’improvisent guides. © Sylvie Lasserre

A Sogmatar, les enfants des bergers s'improvisent en guides. Copyright Sylvie Lasserre

A Sogmatar, les enfants des bergers s’improvisent guides. © Sylvie Lasserre

Ils nous mènent d’emblée à la grotte dite Pognon, du nom de l’Assyriologue français Henri Pognon qui l’a découverte.

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A l’intérieur de la grotte Pognon. © Sylvie Lasserre

 

Les dieux vénérés dans ces grottes creusées par l'homme à Sogmatar. Copyright Sylvie Lasserre

Les dieux vénérés dans ces grottes creusées par l’homme à Sogmatar. © Sylvie Lasserre

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Divinités à l’intérieur de la grotte Pognon, Sogmatar. © Sylvie Lasserre

Pour en savoir plus : The legacy of Mesopotamia, édité par Stephanie Dalley, Oxford University Press, 1998.

Et pour ceux qui lisent l’allemand : Sumatar

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