Maroc. Chez les Hmadchas d’Essaouira

31 mars 2011

Cinq petits jours de vacances (sic !) au Maroc mais… impossible de me retenir de vous écrire une petite note.
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Ce qui me fascine au Maroc, ce sont ces nombreuses confréries soufies, toujours assez mystérieuses, que j’y trouve à chacun de mes voyages.

Tout récemment, j’ai découvert les Hmadchas, à Essaouira. Ils forment une confrérie très ouverte et particulièrement accueillante. 

Chaque dimanche dans leur zaouia, ils se retrouvent pour des moments de communion, en musique, évoquant la vie de leur maître, le Saint Sidi Ali Ben Hamdouche (XVIIe siècle), et celle du prophète.

Ecoutez un extrait de la séance qui dure une heure au total (dimanche 27 mars 2011) : hmadchas.1301401671.mp3

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Plongée dans la medina de Meknès

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Meknès fait parler d’elle tristement aujourd’hui. L’écroulement, pendant la prière du vendredi, du minaret de la mosquée « Bab Berdieyinne » située dans la medina a fait plus de 40 morts et près de soixante-quinze blessés.

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Une fois n’est pas coutûme, je quitte l’Asie centrale le temps d’une note. Meknès en effet est chère à mon coeur. J’y suis née, ma famille côté maternel y a longtemps vécu. Mais partie à l’âge de deux ans, je n’y étais jamais retournée jusqu’à l’été 2005.

Meknès, ville impériale, située à l’écart des routes touristiques, a conservé une authenticité incroyable.

De Meknès, dans mon enfance je n’avais entendu parler que de la ville dite « européenne », une ville moderne bâtie sur une colline jouxtant celle de la medina. Les populations européennes et marocaines ne se mélangeaient pas, ne se fréquentaient pas ou très peu. D’ailleurs, ville moderne et medina sont séparées de près d’un kilomètre par une rivière.

Bizarrement, saisissant le prétexte d’y faire un reportage en juillet 2005, c’est la medina qui m’avait attirée. J’y avais passé de longs moments. Ambiance envoûtante, notamment au contact des Aïssaouas, une confrérie soufie dont la famille « régnante » m’avait fait partager son quotidien. Baptêmes, cérémonies dans la zaouïa, rites sacrificiels…

Bizarrement, je n’ai rien écrit sur mon voyage. Il m’en reste pourtant une impression très forte, indélébile. Etrangeté, impression d’avoir été envoûtée, amitiés, inimitiés, bidonvilles, services secrets, ruelles où l’on se perd, cieux jaunes, gnawas, vents chargés de sable, chaleur brûlante au sens littéral du terme…

Lire ma note : « Plongée dans la medina de Meknès« .

Voir l’album photos

Plus d’information sur l’accident du minaret : http://info.france2.fr/monde/un-minaret-s-effondre-a-meknes-41-morts-61231484.html

Le bilan malheureusement s’alourdit d’heure en heure.

Terrorisme et Maroc

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Sujet très sensible…

Un ami m’a dit :  » A Bougraa, on mange de la viande une fois par mois. Tous les habitants de Bougraa, on peut les rendre terroristes…  » (sur le bidonville de Bougraa, voir les notes précédentes)

Aux dernières nouvelles, la plupart des habitants de Bougraa ont été relogés dans le quartier « Al Bassatine », construit à la hâte dans le cadre du programme VSB (Villes sans bidonvilles).

A Meknès, VSB doit s’achever en 2007.

De nouvelles banlieues fleurissent aux alentours des grandes villes marocaines.

dsc_0111.1176813028.jpgLe douar Aïn Chbik de Meknès (deux photos du haut) est connu pour avoir abrité des terroristes salafistes en 2004.

Les salafistes y possèdent toujours leur centre d’instruction. Il s’agit d’un lieu de rencontres et de formations, où les jeunes du quartier bénéficient gratuitement d’activités…

Sur la photo du milieu, au premier plan à gauche, on peut voir le domicile d’un chef salafiste. Suite à son arrestation – après une course poursuite dans les rues et sur les toits que personne ici n’a oubliée – la police y a retrouvé des kalachnikov et des chargeurs.

Des traces de balles perdues sont visibles ça et là dans les rues.

dsc_0030.1176816428.jpgLà encore, au bout d’une heure j’ai eu droit à une petite visite des renseignements.

Cacher absolument ce Maroc, à des années-lumière des riads de Marrakech que s’offrent les étrangers occidentaux.

Meknès, juillet 2005.

Maroc : bidonville de bougraa. Visite écourtée…

dsc_0248-bd.1173514536.jpgEn plein milieu de l’interview, quelqu’un est venu chercher Mohamed. Sans même répondre à la question que je venais de lui poser, il s’est levé et est sorti sans un mot d’explication.

J’ai attendu cinq minutes avant de sortir discrètement. Au loin, sur la piste, deux hommes avec des lunettes de soleil parlaient à Mohamed. Islamistes ? Renseignement ?

J’hésitai à rester là ou bien à tenter de m’échapper par le bidonville. Mais après ? Je n’irais pas bien loin sur cette longue piste à découvert. Ou encore, cacher mon appareil photo.

J’ai demandé à la mère :  » Chkoun ?  » (qui c’est ?).

Elle avait l’air très inquiet et m’a fait un signe comme pour dire  » je ne sais pas « .

Finalement, Mohamed est revenu au bout de vingt minutes. Sans un mot d’explication il m’a dit :  » Viens, on part !  » Nous n’avions même pas pris le thé…

Nous avons rejoint à pieds la bourgade la plus proche, à environ deux kilomètres. Mohamed m’a enfin expliqué, tout en marchant :  » Ce sont les services secrets. Ils savent tout de toi. Ils savent que tu pars demain, … Même le wali est au courant !  »

J’ai pris un taxi, puis Mohamed est reparti rassurer sa mère. Nous avons convenu d’un rendez-vous en ville à 17 heures.

Mohamed n’est jamais venu. Les hommes étaient revenus pour lui ordonner :  » Tu ne la revoies plus !  » Le soir même j’étais arrêtée dans la rue, conduite à la Sécurité nationale et interrogée pendant une heure. Tous ceux que j’avais fréquentés durant mon séjour avaient été interrogés eux aussi.

L’Etat surveille de très près ce qui se passe dans les bidonvilles et les banlieues populaires qui se développent de manière tentaculaire aux alentours de Meknès. Il paraît que de ce  » terreau  » sont issus la plupart des terroristes salafistes marocains.

Juillet 2005

Maroc : bidonville de Bougraa. Chez Mohamed

dsc_0216-bd.1173514474.jpgIl n’y a pas d’électricité à Bougraa mais presque chaque maison possède une télévision alimentée par une batterie.

On les recharge chaque semaine. Le temps de chargement est de 48 heures, cela coûte 8 dirhams, soit environ 80 centimes d’euros.

Juillet 2005