Pakistan. Le projet des veuves du tandur s’est bien terminé !

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Chers donatrices, chers donateurs,

Longtemps sans donner de nouvelles alors que le projet est terminé depuis plusieurs mois. Ce n’est pas que celles-ci soient mauvaises, c’est que… je n’ai pas eu (ou pris) le temps de « reporter ». Désolée, mais en voici enfin, et des bonnes… D’emblée, nous pouvons vous dire que le projet a été un succès à 80 % !

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Ce n’est qu’au mois de janvier de cette année que nous avons pu rendre visite aux veuves du projet, faute de temps avant, afin de prendre de leurs nouvelles. Il faut dire qu’elles vivent toutes dans des banlieues éloignées de la capitale Islamabad, et dans des directions opposées. Ajouter à cela le fait que dans ces banlieues, même avec une adresse – si vous avez la chance d’en avoir une -, jamais vous ne trouverez l’endroit. De plus, rares sont les veuves qui possèdent un téléphone portable, et lorsqu’elles en ont un, il est déchargé la plupart du temps. Enfin nombre d’entre elles ne savent pas honorer un rendez-vous. Bref vous l’aurez compris, « reporter » sur le projet a pris beaucoup de temps.

Voici donc comment s’est déroulé le projet :

Après des séries d’interviews conduits en notre domicile – proche du tandur) au mois de février 2014 et au tandur (pour cela nous avons loué les services de deux jeunes femmes pachtounes) en juin 2014, nous avons sélectionné 13 femmes qui nous ont semblé être parmi les plus nécessiteuses, plus une exception, le jeune Amangul, 13 ans, que sa famille envoie tous les soirs au tandur après une dure journée de labeur. Soit au total 14 bénéficiaires du projet pilote. Voir en annexe la liste finale des bénéficiaires.

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Interviews au tandur (ici Amangul est interviewé)

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Interviews au tandur

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Interviews au tandur

Puis mi-mars Shafiq et moi nous sommes absentés deux mois, ce qui a interrompu le projet. Shafiq est rentré au Pakistan tandis que je restai à Paris et le 11 juin dernier, il organisait dans une école (dont il avait réussi, non sans mal, à convaincre la directrice de prêter un local gracieusement pour le projet) un « orientation consultative meeting » d’une journée rassemblant toutes les veuves (toutes ont pu venir car l’école se trouve juste derrière le tandur).

Pour l’occasion, il avait fait réaliser la bannière suivante :

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Voici quelques photos du meeting :

L’équipe est au complet : 13 femmes et Amangul, plus les deux assistantes qui ont conduit les interviews et procèdent à la journée de consultation et orientation.

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Durant la journée de consultation et orientation

Chacune a exprimé ses souhaits. Comme nous étions à une semaine du ramadan, il a donc été prévu pour chaque famille un package de ramadan de 5000 rupees (environ 46 euros). C’est la coutume, pour fêter la fin du ramadan, tous les musulmans doivent se vêtir d’habits neufs. Ce fut donc une petite contribution pour aider ces familles à cette occasion.

La moitié des femmes (6) ont exprimé le souhait de posséder une machine à coudre, quatre autres ont souhaité vendre des tissus (achetés moins chers près de Peshawar, revendus plus chers à Islamabad), une femme a souhaité acheter du matériel pour fabriquer des calottes de prières brodées de perles, une autre femme a souhaité faire du commerce de tissus dans un premier temps afin de pouvoir acheter une chèvre, Amangul a demandé une charrette à bras pour vendre des légumes, enfin, une dernière a demandé à acheter un rickshaw (une de ses connaissances vendait un rickshaw d’occasion).

Shafiq a ensuite procédé aux achats :

– 6 machines à coudre (chacune fournie avec une chaise et une table)

– un Qinjqi (rickshaw) : petit véhicule à moteurs à trois roues qui sert de taxi

– une charrette pour Amangul qui avait émis le souhait de vendre des légumes au bazar

– du matériel pour créer des calottes de prière

– pour 5 veuves des sets de tissus qu’elles sont allées elles-mêmes choisir et acheter (avec l’argent du projet, elles sont allées à Nowshera en transports publics).

Puis Shafiq a organisé dans les locaux de SSP (Social Services Program Pakistan)un training de trois jours pour les veuves qui avaient choisi la machine à coudre pour leur apprendre à s’en servir.

Shafiq a largement reporté sur Facebook, mais comme tout le monde n’a pas Facebook, je reprends ses photos :

10442569_646187928790426_5812744922174514456_nLivraison des machines à coudre et des meubles pour le training.

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Aman Gul (Balu)’s mother along with her kids (she has 8 kids, (Afghan Citizen) visited this morning SSP office and received their cheque of Rs.25,000/-. Aman Gul already ordered a Handcart and will start small business during the holy month of Ramadan. Wishing them all the BEST.

10422094_680543022021583_1381347107041990953_nWidows of the Tandur Project beneficiaries during training.

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Le marchand de machines à coudre explique aux femmes comment s’en servir.

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The beneficiaries while choosing the tissues they want to buy.

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Still, the widows in Nowshera choosing tissue.

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The widows confectioning prayer caps.

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Shafiq handing over keys of the Rickshaw to Shaheda Bibi, a selected beneficiary of the widows of Tandur Project.

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Shafiq giving a check to one widow for buying material to fabricate prayer caps.

Bilan

Une fois les femmes et Amangul équipés, qui de machines à coudre, qui de charrette, qui de rickshaw, qui de tissus, elles ont pu immédiatement démarrer leur entreprise.

Nous leur avons laissé le temps de faire tourner leur « entreprise » et c’est autour d’un chicken biryani dans les locaux de SSP que nous les avons retrouvées, le 25 janvier 2015, pour faire le point avec elles.

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Réunion autour d’un biryani debriefing.

Toutes les veuves n’étaient pas présentes (certaines sont passées le soir ou le lendemain !) Amangul qui avait dit qu’il viendrait, ne s’est pas montré. Voici donc ce qu’il ressort de nos entretiens de ce jour-là :

Laeq Zada : « Je ne vais plus au tandur. Je suis très contente, je n’aimais pas y aller. Maintenant on achète nos rotis. »

Laeq Zada est originaire de Bannu. Elle n’est pas réellement veuve mais c’est pareil son mari est si âgé qu’il ne peut plus rien faire (nombreuses sont les femmes pachtounes qui sont mariées dès leur plus jeune âge à des vieillards). Dans la famille : 3 filles, 2 fils et un vieux mari. 9 personnes dans la famille au total.

Elle a reçu une machine à coudre (plus une chaise, une table et 5000 rupees comme package de ramadan). C’est sa fille, Sohila, 18 ans qui coud des vêtements : shalwar kamiz dupata et vêtements d’enfants. Elle les fait aussi pour sa famille, c’est cela en moins à payer. Elles les vendent. Dans son quartier les gens lui portent le tissu et elle confectionne les habits. Laeq Zada dit ne plus aller au tandur, elle continue à faire des ménages dans une maison.

Laeq Zada a un fils de 35 ans qui ne peut plus travailler depuis un accident (une partie de son os de l’avant-bras manque : elle a porté une radio). Son fils pleure lorsqu’elle part travailler car il est devenu un poids inutile. Elle-même s’est mise à pleurer en racontant cela.

Elle fait payer 250 rupees pour un costume d’adulte, et 100 pour celui d’un enfant. Avec cela nous achetons des denrées alimentaires, des chaussures, des médicaments, dit-elle.

Depuis le début, elle a confectionné 30 costumes d’adulte (7500), 20 d’enfant (2000 rupees). Gains indirects supplémentaires : les vêtements qu’elle fait pour les membres de la famille.

Le projet l’a-t-elle aidée ? C’est juste mais notre vie s’est améliorée depuis le début du projet. Le projet nous a vraiment aidés car parfois mon mari a besoin de médicaments alors je prépare un ou deux ensembles et j’obtiens 500 rupees. Ou encore pour acheter des chaussures.

Que leur faudrait-il encore en plus pour aller encore mieux ? Son fils pourrait vendre par exemple des choses légères, des chaussures en plastique, ou tenir une boutique où elles vendraient les vêtements qu’elles fabriquent. Une location de boutique peut coûter 3000 rupees (28 euros) par mois.

Je ne vais plus au tandur. Je suis très contente, je n’aimais pas y aller. Maintenant on achète nos rotis.

Gul Raj

Gul Raj est veuve. Elle est de Nowshera. A reçu une machine à coudre, une table et une chaise et 5000 rupees de package de ramadan. C’est sa fille, Shahzia Gul, 16 ans, qui coud. Nous gagnons de l’argent avec cela. Elle coud également des galons sur des tchadors et des vêtements qu’elles vendent. (Ces machines sont multi-purpose). Shahzia Gul a obtenu un diplôme de couture d’une autre ONG, Sultana Foundation (avec une note de 90/100 en dress designing). Pendant le ramadan, nous avons gagné 7000 rupees. Récemment j’ai fait 10 à 15 ensembles. Avant je faisais payer 150 rupees par ensemble, maintenant je demande 200 rupees. Elle a porté un set de 3 pièces qu’elle nous montre et qu’elle doit coudre pour le lendemain.

Ce projet nous a aidées mais nous n’avons pas tous les jours des commandes, seulement de temps en temps. Ce n’est pas régulier. Car les gens pauvres ne font pas faire des vêtements tous les jours. De quoi de plus auriez-vous besoin ? J’ai deux autres filles, si chacune pouvait avoir une machine ce serait mieux. Et une charrette pour mon fils. Et moi je fais le ménage dans une maison.

Vous allez toujours au tandur ?

Non !

Les autres rient. Elle n’y va que de temps à autre en fait. Mais elle n’aime pas.

Rokia

Rokia est née à Kunduz. Elle a 5 filles, toutes mariées. Pas de fils, pas de mari.

A quitté Kunduz il y a trente ans. Son mari moudjahidine avait été tué par les Russes pendant la guerre.

A reçu une machine à coudre (une table, une chaise). Mais ne sait pas s’en servir. Une de ses petites-filles essaye d’apprendre. Elle a toujours la machine mais personne ne s’en sert. La machine est trop compliquée. Sa fille a besoin d’un training pour apprendre à s’en servir. Elle dit avoir besoin d’une chèvre (une autre femme du projet a reçu une chèvre). Visiblement, Rokia est physique, aime être dehors. Dit aimer aller au tandur. Elle continue d’y aller. N’a rien obtenu du projet. Elle veut une chèvre (coût d’une chèvre : entre 10000 et 20000 rupees).

Shafiqa

Shafiqa est née en Afghanistan à Kaboul. Deux fils et une fille. Un mari vieux 80 ans et malade. Venue au Pakistan il y a dix ans. On a perdu un fils. Puis on est venus au Pakistan. Je n’ai pas d’autre choix que de venir au tandur.

A reçu une machine à coudre, 5000 rupees cash, une table et une chaise. C’est son fils qui va l’utiliser, pour l’instant il est en formation depuis cinq mois (six mois de formation) chez un tailleur et se sert de la machine. Pour l’instant il fait des shalwar. Mon autre fils n’a pas de NIC (carte d’identité) alors il ne peut pas travailler sinon la police l’attrapera.

De quoi aurait-elle besoin en plus ? Elle fait des ménages et gagne 3000 rupees par mois, et son loyer est de 3000 rupees. Ce projet ne nous a pas aidés encore mais nous aidera bientôt, inshallah.

Anjuman

5 enfants. Mari vieux et sourd, ne fait rien.

A reçu des tissus pour faire des vêtements achetés à Charsada plus le package de ramadan (5000 rupees). Elle les revend à Islamabad (porte à porte…). A déjà accompli 4 cycles, à raison de 4000 rupees par cycle (cela couvre son loyer 3000 rupees et l’école de son fils 1000 rupees). Il lui reste du tissu pour 5 ou 6 costumes à la maison. Heureuse du projet. Ne retourne plus que de temps à autre au tandur.

Gul Bibi

Veuve. 3 filles 2 fils. Née en Afghanistan à Djalalabad

A reçu du matériel pour confectionner des calottes de prière et le package de ramadan 000 rupees) qu’elle vend à Peshawar à un commerçant (55 rupees l’un)

Je ne vais plus au tandur qu’une fois par semaine. En plus ils donnent moins de rotis maintenant.

Mumtaz Begum (vieille femme qui pleurait)

A reçu des tissus achetés à Noshera qu’elle revend. A déjà effectué trois cycles, mais il ne lui reste plus que 9000 rupees (son stock s’amenuise) car elle a dû payer 10000 rupees à sa fille puis un petit-fils est mort, cela lui a coûté à nouveau 10000 rupees.

Amna

Née à Attock, près de Nowshera. A reçu une machine à coudre, une table, une chaise et le package de ramadan. C’est son mari tailleur qui utilise la machine à coudre dans une boutique (il ne travaillait plus faute de matériel). Il est installé avec un autre tailleur et fabrique un ou deux costumes par jour. Il gagne 7000 to 8000 rupees par mois. Il travaille tous les jours mais il reverse un peu au patron de la boutique. Maintenant la vie est beaucoup mieux dit Amna. Elle continue pourtant d’aller au tandur car trop de charges. 2 fils une fille. Et elle nettoye des vêtements elle gagne 1000 rupees (8.5 euros) par mois.

Amangül

Travaille toujours au tandur (il a appris ce métier qu’il semble bien maîtriser). Il y a maintenant été embauché (maintenant il a quinze ans). C’est son frère qui vend des légumes avec la charrette

Shaheeda Bibi

Elle a reçu un rickshaw et le package de ramadan. Nous n’avons pas réussi à la revoir mais aux dernières nouvelles son rickshaw nécessitait réparation.

Nazish est veuve. Elle est née à Malakand Agency.

A reçu le package de ramadan et 23 tissus coûteux (équivalent des 33 tissus de moins bonne qualité que ceux des autres veuves) a Nowshera. Je les ai vendus à Rawalpindi dans mon quartier. Elle a gagné environ 15 000 rupees. Il me reste 3 tissus à la maison. Avec l’argent j’ai acheté un bébé chèvre. Pour qu’elle grandisse et fasse des petits. Elle n’est pas encore adulte.

Khan Begum

Veuve. A reçu des tissus et le package de ramadan. Est passée chez nous en notre absence. Nous ne lui avons pas parlé.

Chez les veuves

En février nous sommes allés visiter la maison de certaines d’entre elles. Elles vivent dans des conditions très précaires, à plusieurs dans une seule pièce et pour des loyers exorbitants (5000 à 6000 rupees pour une pièce où s’entasse une famille entière). (Par soucis de discrétion nous ne dirons pas qui est qui.)

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Deux veuves, dans la maison – pièce unique – de l’une d’elles.

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Jeune veuve, elle a un fils et vit dans deux pièces chez son vieux père avec ses frères et belles-sœurs. Ici avec sa chèvre.

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Cette femme pose avec son mari malade qui a pu reprendre son activité de tailleur grâce au projet (il partage le loyer de cette échoppe avec un autre tailleur).

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Cette jeune fille est fille d’une veuve, c’est elle qui coud tandis que sa mère continue à faire des ménages. Elles vivent dans une pièce unique.

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Cette jeune fille également coud des vêtements à la place de sa mère veuve. Elles sont si pauvres qu’elles ont gardé la table et la chaise (en haut sur l’étagère) pour la dot de la jeune fille.

Conclusion

Nous pouvons dire que le projet a été un succès dans le sens où il a amélioré le quotidien de 80% des 14 familles. Nous aurions pu atteindre 100% si un support avait pu être fourni à certaines veuves, mais compte tenu du budget, ce n’était pas possible.

Il apparaît que toutes ces familles gagneraient à être aidées encore plus car elles restent extrêmement pauvres. Il faudrait pour cela monter un projet dans la continuité de ce projet pilote, de taille plus conséquente afin de pouvoir en aider un plus grand nombre. Pour cela nous devons trouver un financement et c’est ce que nous allons faire, chercher un organisme ou une fondation intéressée pour le financer. Si certains d’entre vous ont des suggestions, merci de nous les communiquer.

Un hommage à Shafiq !

Un hommage spécial à Shafiq qui a consacré beaucoup de son temps et d’énergie, par des chaleurs inhumaines et en sus des projets de sa propre ONG, SSP, afin de mettre en œuvre et mener à bien le projet.

Contreparties

Concernant les contreparties que nous vous avons promises, je dois encore faire le point, tout comptabiliser et les préparer. Cela aussi prend du temps. Nous pensons organiser à Paris une réunion de clôture du projet, ce qui nous donnera l’occasion et le plaisir d’échanger avec vous et de répondre à vos questions. Nous en profiterons alors pour vous remettre directement les contreparties. Et plus tard nous enverrons les leurs à celles et ceux qui ne seraient pas venus.

D’ici là, nous restons à votre dispositions pour répondre à toutes vos questions ou écouter vos suggestions et commentaires !

Un grand merci à toutes et à tous encore pour votre généreuse mobilisation, un grand bravo aussi et en particulier à Shafiq !

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La femme pachtoune : « Si tu me prends en photo mon mari me frappera ! »

Femme pachtoune préparant des chapati dans un village de montagnes, Pakistan © Sylvie Lasserre

Femme pachtoune préparant des chapati dans un village de montagne. Ici, ni eau ni électricité. Les maisons sont de boue, très bien tenues. Les femmes m’ont prévenue, montrant leurs poings et riant : « Si tu me prends en photo, mon mari me battra. » Mais les maris sont loin…

Voilà pourquoi elles se cachent toutes le visage.

C’est la coutume du Purdah. Un ami pachtoune me disait : « On ne doit même pas apercevoir un coin du voile d’une femme respectable !

En d’autres termes, elles doivent rester à l’intérieur des maisons ou dans leur cour et ne jamais se montrer à l’étranger qui n’est pas de sa famille.

Le purdah n’est pas spécifique aux Pachtounes, on rencontre cette coutume en Inde (très marquée chez les Hindous). Je l’ai remarquée également chez les Pundjabi, les Chitrali. La liste n’est certainement pas exhaustive.

Femmes pachtounes observant le purdah © Sylvie Lasserre

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Pakistan. « Les Pathans » ou Pachtounes

Le Pathan ? Plus communément appelé Pachtoune, et confondu à tort avec le « Taliban »…

En voici une description, ma foi fort juste, faite par Ghani Khan (1914 – 1996), fils du grand Bacha Khan (dirigeant politique pacifique de la NWFP), considéré comme le plus grand poète pachtoune du 20e siècle, dans son livre « The Pathans », 1947 :

« Il a les cheveux longs, soigneusement huilés et peignés, enveloppés dans un foulard de soie rouge qu’il enroule autour de sa tête comme la couronne de César. Il porte une fleur dans les cheveux et du khol sur ses yeux. Ses lèvres sont teintes de rouge avec de l’écorce de noyer. Il tient son sitar à la main et sa carabine à l’épaule. Vous penserez qu’il est très efféminé jusqu’à ce que vous ayiez regardé ses yeux. Son regard est clair, viril et audacieux. Il ne connaît pas la peur et ne vivra pas suffisamment longtemps pour connaître la mort. Il paie le prix le plus somptueux pour ces yeux faits et ces lèvres peintes. Ce fils de la tribu la plus courageuse des Pathans  ne se dérobe jamais au combat, et rit et chante lorsqu’il a peur. Il mourra bientôt au combat, cet homme brave, fort et beau qui ne sait que rire, aimer, se battre et rien d’autre. On ne lui a rien appris d’autre. Ecoutons sa chanson :

O the flowers are lined
In your hair
And your eyes, O my beloved,
Are like the flowers of Narcissus
O my priceless rare treasure,
O my life, O my soul,
O my little mountain poppy,
You are my morning star,
You the flower on the slope,
You the white snow on the peak.
Your laughter is the waterfall,
Your whispers the evening breeze
O my branch of apple-blossom,
Who spilt moonlight in your eyes?
O my little butterfly,
Come and live in my heart. « 

Je viens de découvrir un jeune poète pachtoun…

Son nom est Wafi. Il est étudiant et vit à Peshawar. Il écrit des poèmes sur… la guerre qui sévit chez les Pachtouns. Mais lisez plutôt une de ses poésies (qu’il m’a autorisée à publier ici) :

A Lonely Mother.

I am a lonely mother
Exhausted,
Despaired.
Longing for my own,
My own children
Who have forsaken me
No more proud of me
I am not old yet
But the carelessness
Of my children
Has weakened
My bones.
I am a tree
In need of care
Autumn has not come
But my leaves
Are falling
Leaving me standing stunted
In the cruel desert
Of my loneliness,
Watering my roots
With my tears.
I am a stranger
In my own home
Facing the blows
Of foreign hands.
Their black nails
Tear my skin apart,
Digging deep ditches
In my broken heart.
Will they return?
To defend me
Or will they let me die?
I don’t know
For I am a lonely mother
Wretched and blue
I am the poor Pashto*,
Ah! I am the poor Pashto.

*Pashto is my native language.Had written it and posted here on Mother’s day. It is (February 21)Mother Tongue Day today, so I am updating this poem to celebrate the day.