Polo au col de la Shandur

Le polo free style, c’est du sérieux, au col de la Shandur, 3800 mètres d’altitude, nord Pakistan. Presque tous les coups sont permis. Sang et sueur pour les joueurs de Chitral et de Gilgit qui s’affrontent chaque année en juillet. Le spectacle est plus dans les gradins que sur le terrain. Haute sécurité pour l’édition 2012 : presque autant de soldats que de public. Copyright Sylvie Lasserre

Le peuple Aïnou se bat pour ne pas disparaître

Établi sur l’île d’Hokkaido au Japon et sur l’île russe de Sakhaline, le peuple aïnou ne comportait plus qu’une centaine de locuteurs en 2008 (304 locuteurs en 2006). Leur nombre est difficile à évaluer car nombreux sont les Aïnous à se fondre dans la population japonaise et à taire ses origines. Les gouvernements estiment qu’ils sont entre 25 000 et 200 000 au Japon et moins d’un millier en Russie.

Je suis tombée par hasard sur cet article fort intéressant concernant le combat des Aïnous pour ne pas disparaître : Au Japon, le combat du peuple autochtone Aïnou pour ne pas disparaître.

Les peuples sibériens

Parfois on trouve des trésors sur France culture, comme cette émission de 1983 proposée par Marie-Hélène Fraïssé pour la Matinée des autres : Les peuples sibériens.

Certains des peuples de Sibérie y sont décrit par, entre autres, Roberte Hamayon, Laurence Delaby, Marie Lise Beffa.

On y retrouve, dans l’ordre, les Toungouzes, les Ghiliaks (Nivkhs), les Goldes (Nanaïs), les Koryaks, les Tchouktches, les Kereks, les Itelmènes, les Bouriates, les Touvas, les Aïnous, les Yakoutes. Un véritable enchantement. Écoutez !

Concernant les problèmes auxquels ils sont confrontés de nos jours, voir : Les peuples de Sibérie.

« Le ciel et la marmite – Avec les femmes chamanes d’Asie centrale » vient de paraître dans la collection Terre Humaine.

J’ai l’immense bonheur de vous annoncer la parution de mon dernier livre, Le ciel et la marmite – Avec les femmes chamanes d’Asie centrale, dans la collection Terre humaine (Plon).

Quatrième de couverture

Nous sommes aux confins de l’Ouzbékistan, au plus fort de l’hiver. Au loin, les sommets enneigés des monts Turkestan. Une rivière à sec, qui sert de piste. Au bord, une ferme, la dernière avant le Tadjikistan. Là vit Mayram, une chamane renommée, dont Sylvie Lasserre a partagé la vie. Quelques années plus tard, de l’autre côté de la frontière, l’auteure se lie d’amitié avec Mavlyuda, une autre chamane réputée.

Dans cette région reculée d’Asie centrale où le chamanisme est empreint d’un important substrat préislamique, Mayram et Mavlyuda guérissent les femmes lors de rituels appelés ko’ch’ au cours desquels d’étranges phénomènes se produisent.

À travers ces rituels qu’elle décrypte, l’auteure partage avec nous émotions et histoires de vie pour un voyage en profondeur dans le fascinant univers de ce rituel chamanique. Au fil des pages s’efface l’incrédulité initiale, tandis qu’une autre vision d’un monde interrogeant en creux les failles de nos sociétés modernes se révèle.

Née au Maroc, docteur en physique, Sylvie Lasserre a quitté une carrière d’ingénieure pour se lancer dans l’écriture, la photographie et le grand reportage. Elle parcourt l’Asie centrale depuis 2004. Diplômée de l’EPHE en anthropologie sociale, elle est membre de la Société asiatique.

Voyage au pays des Ouighours : Remise du prix du livre de géographie à Saint Dié des Vosges

Le prix du livre de géographie des lycéens et étudiants 2021 m’a été décerné aujourd’hui pour le Voyage au pays des Ouïghours. La cérémonie s’est déroulée lors du festival international de géographie de Saint Dié des Vosges, et je remercie Maie Gérardot, la présidente du prix, d’avoir lu mon discours à ma place, car je suis retenue à l’étranger.

Voyage au pays des Ouïghours récompensé par le prix du livre de géographie des lycéens

Je suis extrêmement reconnaissante aux lycéens, aux étudiants et à leurs professeurs d’avoir manifesté leur intérêt pour la tragédie des Ouïghours en décernant ce prix au Voyage au pays des Ouïghours. Je suis particulièrement fière de cette jeunesse qui a les yeux grands ouverts sur le monde et les droits humains, comme en témoignent leurs textes.

À l’automne dernier déjà, au salon du livre du prix Bayeux où j’étais invitée, de nombreux étudiants accompagnés de leurs professeurs de géographie s’étaient montrés particulièrement concernés par la question ouïghoure, posant mille questions, prenant quantité de notes… Il était particulièrement touchant de découvrir chez ces jeunes une telle avidité d’apprendre et de vouloir comprendre le drame des Ouïghours, que le monde découvrait à peine.

Pour en revenir au prix du livre de géographie, certains textes de lycéens ayant voté pour Voyage au pays des Ouïghours soulignent que la géographie, c’est aussi le terrain. Les étudiants disent avoir apprécié ce point dans l’ouvrage, qui a la forme d’un récit de voyage, et rappellent que les premiers géographes furent d’abord des explorateurs et des voyageurs – certains le sont encore. C’est vrai, rien ne remplace le terrain : il donne de la chair et de la profondeur à ce que l’on apprend en chiffres dans les livres, il confère une dimension affective aux contrées étudiées.

J’espère en particulier que ce prix pourra contribuer à mieux faire connaître les exactions perpétrées par le gouvernement chinois sur le peuple ouïghour. Puisse-t-il être donné à lire dans toutes les classes. Dénoncer sans relâche ce crime contre l’humanité, voire ce génocide comme accusent déjà plusieurs États, est non seulement nécessaire mais vital pour un peuple qui, jusqu’à il y a peu, n’avait pas de voix et tremblait à l’idée de parler pour dénoncer. Aujourd’hui, il tremble toujours mais il témoigne et l’on voit à quel point c’était nécessaire puisque les condamnations de la Chine commencent à pleuvoir car, enfin, le monde sait.

Si je dédie mon prix à Mihriay Erkin, cette brillante étudiante morte dans un camp chinois alors qu’elle n’avait pas trente ans, c’est dans l’espoir qu’elle puisse devenir le symbole de celles et ceux qui subissent le même sort dans l’anonymat. Son histoire est tragique et fussions-nous ouïghours, nous aurions pu connaître le même sort. Mihriay était étudiante au Nara Institute of Science and Technology près d’Osaka au Japon et allait entreprendre sa thèse de troisième cycle quand sa mère lui envoya des messages lui demandant instamment de rentrer à Kashgar au prétexte que sa santé déclinait. C’était évidemment un piège tendu par les autorités chinoises. Son oncle, exilé en Norvège, tenta de la dissuader en vain. Malgré ses craintes – espérait-elle passer entre les mailles ? –, elle décida de revenir, consciente pourtant des risques qu’elle prenait puisqu’avant d’embarquer dans l’avion qui la ramenait au Xinjiang ce 18 juin 2019, elle envoya le message suivant à une amie : « Si je meurs, si j’ai une tombe, qu’un bouquet de pivoines rouges y soit déposé. » À son arrivée en Chine, elle est arrêtée et internée. Son oncle n’apprendra sa mort, survenue le 20 décembre 2020, qu’au mois de juin, probablement des suites des nombreux interrogatoires subis. Pour falsifier les statistiques, la police ordonna à la famille de déclarer que Mihriay était morte chez elle. Comme des milliers, des dizaines, des centaines de milliers d’autres Ouïghours disparus prématurément probablement…

La Chine inspirée par les pratiques nazies pour exterminer les Ouïghours.

Selon le média en ligne The Atlantic, Xi Jinping et son gouvernement s’inspirent fortement de l’idéologie nazie : ils se sont entichés du théoricien politique et juriste, membre éminent du parti nazi, Carl Schmitt (source :The Nazi Inspiring China’s Communists), dont les principaux travaux ont été traduits en chinois par Liu Xiaofeng, un universitaire très suivi en Chine. Les travaux de Carl Schmitt arrangent bien Pékin car il donnent une justification à ses crimes : protéger la sécurité nationale (sic !).

Même s’il n’est pas comparable avec la Shoah, le génocide qu’est en train de subir le peuple ouïghour présente de nombreuses analogies. Dans les 381 camps d’internement construits récemment et disséminés au Xinjiang, les Ouïghours subissent : convoyages vers des usines, travail forcé, expériences médicales, tortures, exécutions sommaires (selon des informations obtenues par Erkin Sidiq, un Ouïghour exilé aux Etats-Unis), stérilisation forcée des femmes, traitements psychologiques inhumains au point de rendre fou, maltraitances physiques qui conduisent à la mort, etc. Un tiers à deux tiers de la population ouïghoure est en train de subir ce crime contre l’humanité. Autre analogie avec le régime nazi : la tentative de dissimulation au monde des crimes.

Dans la plupart des camps, les femmes sont rasées. Il y a quelques mois, les douanes américaines saisirent deux cargaisons de postiches faits de cheveux humains à 100 % en provenance du Xinjiang, suspectant l’utilisation du travail forcé. Aujourd’hui, un média en ligne néerlandais, Investico, dénonce le fait que les cheveux humains vendus aux Pays-Bas servant à des extensions proviennent du Xinjiang et du travail forcé (Haar van Oeigoeren mogelijk in nederlandse haarproducten).

Non seulement ce sont les cheveux des femmes ouïghoures qui sont utilisés, mais en plus les mèches sont fabriquées grâce au travail forcé des Ouïghours, tout ceci se passant dans les camps.

Cela rappelle de très sombres heures de l’histoire. Les gouvernements ne peuvent plus ignorer qu’un crime contre l’humanité, à très grande échelle, est en train de se dérouler. La population ouïghoure est aujourd’hui proche de l’éradication totale. Un jour peut-être viendra où tous les collaborateurs, chinois et du monde entier, de ce régime criminel seront jugés. Des actions dans le monde se préparent en ce sens.

Ouïghours libérés des camps

Mais que leur ont-ils fait pour qu’ils ressemblent à des morts vivants après leur libération? Combien de temps encore le monde va-t-il tolérer ces crimes sur ce peuple innocent que veut éradiquer la Chine ?

Les Ouïghours, héroïques, poursuivent leurs campagnes de dénonciation silencieuse. Que peuvent-ils faire d’autre ? Après la campagne : « Où est mon frère ? », « Où est ma soeur ? »…, voici celle de proches libérés de camps.

Elle est extrêmement choquante. Au risque de leur vie, ils postent les vidéos de leur père, mère, soeur, fils, fille… libérés de camps dans un état de santé détériorée au point qu’il faut des images pour que le monde puisse le croire.

Cette campagne doit faire réagir de façon intransigeante le reste du monde contre ces crimes perpétrés sous nos yeux et toujours impunis. Ce n’est plus tolérable. Je vous laisse juge.

Rencontre avec la journaliste Sylvie Lasserre – Asie centrale

Très heureuse que Radio Grand Ciel m’ait consacré une heure dans son émission Clefs en mains :

Rencontre avec la journaliste Sylvie Lasserre – Du Pakistan à la Turquie