La potion magique des peuples türks

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Tadjikistan. Après avoir faire cuire au feu la tête et les pattes du mouton sacrifié, une jeune fille gratte les parties brûlées avant de préparer la soupe qui sera servie à l’issue du rituel chamanique. Copyright Sylvie Lasserre

La première fois que j’ai entendu parler de cette soupe, la kalla-pocha, elle était servie à la fin d’un rituel chamanique auquel j’avais assisté au Tadjikistan. Kalla : la tête, pocha : les pattes. De l’animal sacrifié rien ne se perd : la viande est cuite en ragoût, la tête, les pattes et les abats mijotent en soupe, enfin la peau est récupérée par le chamane. La kalla-pocha est bue par les participants à la fin de la cérémonie.

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Durant le rituel, la patiente remue la kalla-pocha à l’aide d’une louche. Copyright Sylvie Lasserre

La seconde fois que j’ai entendu parler de cette soupe, c’était en Turquie, sur la côte de la mer Egée. Une vieille voisine enrhumée et alitée me demanda de lui rapporter de la ville une soupe kelle paça, précisant que cela lui redonnerait des forces et l’aiderait à guérir. Et quel ne fut mon étonnement lorsque, descendue en ville, je constatai en effet que de nombreux restaurants vendaient la soupe kelle paça.

Toujours sur la côte égéenne. Récemment, attirée par l’odeur de corne brûlée qui semblait venir de derrière chez moi, je trouvais une voisine accroupie devant un feu qu’elle entretenait. Elle me dit qu’elle préparait une kelle paça. Alors qu’elle grattait les pattes carbonisées d’un mouton, je retrouvai les mêmes gestes que je vis faire par ces femmes au Tadjikistan. Intriguée, je lui demandais quelles étaient les vertus de cette soupe, et elle m’expliqua que c’était bon pour fortifier les os (elle a quatre enfants en bas âge).

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Cette soupe semble être parée de toutes les vertus. J’ignore si c’est fondé ou non mais c’est très probable car les peuples türks n’ont pas leurs pareils dans la connaissance des pouvoirs des aliments.

Renseignements pris, on la consomme aussi en Afghanistan où le kalah wa pacha est une soupe nourrissante qui se consomme généralement le matin et qui est très appréciée des travailleurs de force comme les fermiers et les soldats et même des lutteurs.

Lire aussi : How to eat kalah pacha

Quand l’Hindu Kush se réveille : plus de soixante secousses en moins de 3 mois

Lundi 18 janvier 2016

gol shafiq

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Le 26 octobre 2015, un fort séisme de magnitude 7.5 secouait l’Hindu Kush et était ressenti en Ouzbékistan, au Tadjikistan, en Afghanistan et en Inde, occasionnant près de 400 morts au Pakistan et en Afghanistan.

Depuis, selon les enregistrements de CSEM/EMSC, 58 séismes de magnitude significative, c’est-à-dire supérieure à 4, se sont succédé, affolant les habitants de Tashkent à Islamabad en passant par Dushanbe, Peshawar et Kaboul :

26/10/15 : magnitude 7.5, profondeur 207 km

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26/10/15 : magnitude 4.8, profondeur 192 km

26/10/15 : magnitude 4.0, profondeur 217 km

26/10/15 : magnitude 4.6, profondeur 192 km

26/10/15 : magnitude 4.1, profondeur 206 km

26/10/15 : magnitude 4.2, profondeur 213 km

26/10/15 : magnitude 4.5, profondeur 200 km

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27/10/15 : magnitude 4.1, profondeur 209 km

27/10/15 : magnitude 4.0, profondeur 210 km

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27/10/15 : magnitude 4.0, profondeur 192 km

27/10/15 : magnitude 4.7, profondeur 200 km

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28/10/15 : magnitude 4.5, profondeur 210 km

28/10/15 : magnitude 4.4, profondeur 196 km

28/10/15 : magnitude 4.2, profondeur 205 km

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13/01/16 : magnitude 5.7, profondeur 237 km

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14/01/16 : magnitude 4.0, profondeur 195 km

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18/01/16 : magnitude 4.9, profondeur 80 km

Pour comprendre ce qui se passe : Séisme en Afghanistan : quand le continent indien fonce vers l’Eurasie.

La question est : ces secousses qui se succèdent à un rythme soutenu augurent-elles d’un méga-séisme ?

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#Migrants. Admirable solidarité du peuple grec

Vendredi 4 septembre 2015

Depuis dix ans, les Grecs font face admirablement aux migrants. J’ai été témoin de leur dévouement sans bornes, que ce soit à Chios, Lesbos ou Athènes. Ils n’ont jamais failli, sans aides de l’Europe, juste avec des initiatives individuelles.

Athènes, 2006. Maison d'accueil pour les jeunes migrants financée par une association de quartier. Copyright Sylvie Lasserre

Athènes, 2006. Maison d’accueil pour les jeunes migrants financée par une association de quartier. Copyright Sylvie Lasserre

J’ai même vu un jeune Irakien de seize ans ayant fui Halabja, les gazages de Sadam Hussein de 1988 ayant tué toute sa famille, être adopté par une famille de l’île de Chios sur laquelle il avait échoué par hasard. J’ai aussi rencontré un jeune Ethiopien gravement blessé à la jambe par l’hélice d’un navire des garde-côtes entièrement pris en charge par un jeune professeur d’Athènes (http://sylvielasserre.blog.lemonde.fr/…/2006_06_walid_et_l…/), etc. etc. J’ai passé une soirée mémorable à Athènes, dans le parc d’une sorte d’hôtel particulier, organisée pour les migrants, afin de rendre la vie agréable à ces vies au parcours brisé. Je me rappelle ce jeune Syrien, à la face vaguement déformée (par les tortures), qui évoquait pudiquement la longue année de tortures subies dans les geôles de Bashar al-Assad. Oui, en Grèce la solidarité envers les réfugiés ne se limite pas à faire un don à une ONG – dont seule une petite partie parviendra réellement aux bénéficiaires – et à parquer les migrants dans des camps, avec un numéro. La solidarité en Grèce, elle est avant tout humaine. Et l’humanité, la fraternité, c’est ce dont ils ont le plus besoin.

Athènes, 2006. Maison d'accueil pour les jeunes migrants financée par une association de quartier. Copyright Sylvie Lasserre

Athènes, 2006. Walid dans sa chambre, maison d’accueil pour les jeunes migrants financée par une association de quartier. Copyright Sylvie Lasserre

On le voit, le problème ne date pas d’hier… Mais en effet, aujourd’hui l’afflux des migrants est beaucoup trop important pour ces îles qui ne parviennent plus à faire face. Depuis dix ans les Grecs réclament en vain le soutien de l’UE…

Alors arrêtons de parler, prenons exemple sur les Grecs et AGISSONS individuellement puisque les gouvernements européens ne le font pas. Accueillons des familles et faisons pression sur nos gouvernements pour qu’ils fassent en sorte que les réfugiés ne meurent plus noyés ou étouffés dans des camions – car autant que je sache, aucune décision n’a été prise en ce sens, malgré les réactions « émues » consécutives à la photo du jeune Aylan, mort .

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Afflux sans précédant de réfugiés vers Lesbos. Que fait l’UNHCR ?

Dimanche 9 août 2015

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Eric Kempson est un homme très très très en colère. Contre l’UNHCR. Lui et sa femme Philippa vivent au nord de Lesbos, une île grecque, avec vue sur la mer et les côtes turques qui se trouvent à quelques miles. Hier encore, il « recevait » 17 bateaux surchargés de migrants et réfugiés. Il y a quelques mois, lorsque l’hémorragie a commencé, le peintre anglais a décidé qu’il ne pouvait plus rester les bras ballants devant ces arrivages quotidiens de familles fuyant désespérément la guerre. Ils se sont organisés, sans moyens, réussissant à mobiliser des volontaires pour les assister. Aujourd’hui ils reçoivent de nombreux colis – beaucoup de vêtements d’enfants – du monde entier et accueillent des bénévoles. Peu à peu leur action se fait connaître, via les réseaux sociaux.

Chaque jour, lui et sa femme scrutent la mer, comptent les bateaux, vont à la rencontre des arrivants – ceux qui ont la chance d’arriver -, organisent l’accueil, fournissent les boissons et de quoi se sustenter. Des serviettes pour se sécher également car souvent les fuyards arrivent trempés. Des couches pour les bébés, des jouets pour les enfants, aussi… Sans oublier les conseils et les paroles de réconfort. Bref, ils font leur maximum pour rendre plus doux le terrible exode de ceux qui laissent tout derrière eux.

Puis ils organisent le transfert en voiture jusqu’aux camps, aux abord de Mytilène. Jusqu’à très récemment, ceux qui transportaient les migrants en voiture risquaient plusieurs années de prison pour trafic d’êtres humains. L’on pouvait voir des cohortes de marcheurs sur la route qui mène au nord de l’île. Trois jours de marche !!! Pas le droit de prendre le bus, pas le droit de prendre un taxi. Brûlés par le soleil, assoiffés, épuisés. Les pères portant les enfants sur les épaules. Même régime pour les femmes âgées. Cinquante kilomètres par 36 degrés à l’ombre !  Depuis peu les autorités grecques ont enfin levé l’interdiction faite aux îliens de les transporter.

Voir la vidéo d’Eric Kempson : « La marche de la mort ». Il est hors de lui : « J’en appelle au premier Ministre de Grèce ! Cette marche, c’est condamner à mort les bébés ! Vous envoyez ces gens à la mort ! Il y a trois femmes enceintes et un vieil homme malade !  » Quand cette vidéo a été tournée, il était encore interdit de transporter les réfugiés par voiture ou bus (une heure de voiture contre trois jours de marche sans eau ).

Il faut aussi louer le peuple grec pour sa solidarité (voir post : Les femmes et les enfants d’abord !) : chaque jour, sans faire de vidéos, ils prennent aussi les réfugiés dans leurs voitures pour les transporter à Mytilène. Eric Kempson salue leur courage et dit : « Cela me fait pleurer », très bouleversé par ce à quoi il assiste. Sur une vidéo, il montre les îliens attendant les réfugiés avec leurs voitures pour les transporter :

Ensuite direction les camps de Moria ou de Kara Tepe (colline noire en turc) où les migrants doivent se livrer à la police pour être enregistrés. Mais l’état des camps est… indescriptible et je vous laisse juge et témoin de la colère d’Eric Kempson :

Et la sa colère envers l’UNHCR :

Il en est venu à gérer la propreté du camp de Kara Tepe, aidé de quelques bénévoles ! Cela passe également par le nettoyage des toilettes. Et là c’est une énorme colère dont il fait part sur Youtube. Les toilettes sont dans un état indescriptible : « Que fait l’UNHCR ? » s’emporte-t-il sur la vidéo où il montre très peu les refugiés, par égard pour eux.

Copyright Philippa Kempson

Copyright Philippa Kempson

Copyright Philippa Kempson

Copyright Philippa Kempson

Chaque jour le nombre de migrants et réfugiés entre la Turquie et l’île de Lesbos ne cesse d’augmenter. Des milliers de migrants et réfugiés se ruent chaque jour vers la grande île grecque, via Assos et Ayvalik en Turquie, les deux points les plus proches des côtes de l’île.

Acheminés d’abord par la route depuis Izmir ou Istanbul par des gangs de passeurs – la « route » semble maintenant parfaitement rôdée -, les familles désespérées sont livrées de nuit à la mer, sur des canots pneumatiques, avec pour seule consignes d’aller tout droit.

A Lesbos, elles débarquent généralement sur les côtes nord de l’île, à une cinquantaine de kilomètres du port de l’île, Mytilène, qu’elles doivent rejoindre à pieds. Un passage de quelques jours, par un camp putride leur est nécessaire, le temps d’obtenir les papiers leur donnant le droit de circuler librement en Grèce durant un an, puis elles embarquent pour Athènes, où commence une nouvelle Odyssée jusqu’au nord de l’Europe qu’elles espèrent toutes atteindre un jour.

L’île de Lesbos en Grèce est devenue aujourd’hui le premier point d’entrée dans l’espace Schengen, dépassant Lampedusa. Submergée, livrée à elle-même, la population locale se débrouille avec les moyens du bord pour aider ces cohortes de familles en train de fuir les horreurs de la guerre. A présent, de plus en plus volontaires viennent du monde entier pour donner un coup de mains.

En Turquie, des centaines de candidats à l’Europe sont arrêtés chaque nuit. Mercredi, 57 afghans étaient arrêtés à Ayvalik, dont femmes et enfants. Jeudi c’étaient 128 réfugiés partis d’Assos qui étaient refoulés par les gardes-côtes turcs. Le 1er août la police turque arrêtait 349 réfugiés sur deux îles en face d’Ayvalik (des passeurs locaux se chargent de les mener sur ces îles, certains ont été arrêtés puis relâchés après quelques mois de prison). Le 25 juillet, 250 migrants étaient secourus par les garde-côtes turcs en 6 endroits différents. Et ainsi de suite. Quant à Eric Kempson, de l’autre côté de la mer, chaque jour il voit arriver entre dix et vingt canots surchargés.

Chaque jour hommes, femmes, enfants traversent la mer Egée sur des embarcations surchargées au péril de leur vie.

Ce matin encore, à Ayvalik où je me trouve, j’apprends qu’hier un minibus surchargé de familles afghanes principalement s’est renversé – on imagine ce que cela peut vouloir dire quand il s’agit de migrants, de réfugiés et de monnaie sonnante et trébuchante. Soixante personnes en route pour Assos, avant le périlleux voyage vers la Grèce à soixante sur un canot pneumatique. Neuf morts. Les blessés ont été transportés à l’hôpital d’Edremit.

Après avoir rejoint Athènes, un périlleux périples attend ces familles en route pour le nord de l’Europe, où les attendent toutes sortes de mafias, notamment en Macédoine, pour leur extirper un peu plus d’argent. Ils devront faire une partie du chemin à pieds et à vélo.

La Hongrie est en train de construire une barrière de 4 mètres de haut à sa frontière avec la Serbie et la Bulgarie a édifié une clôture de barbelés le long de sa frontière avec la Turquie pour juguler le flux des désespérés mais ceux-ci trouveront toujours le moyen de passer, ce sera plus difficile et dangereux, voilà tout.

Alors oui, que fait l’UNHCR ? Le phénomène est connu, le nombres de réfugiés l’est aussi, les causes le sont également. On sait aussi que rien ne les arrêtera. Pourquoi cet organisme, dont le rôle est de gérer et protéger les réfugiés, a-t-il choisi de laisser ces milliers d’hommes, de femmes et d’enfants affronter tous les dangers, livrés à eux-mêmes ainsi qu’aux mains des passeurs, et payer plus de dix fois le prix d’un billet d’avion ?

Ah ! Information de dernière minute. On me dit que finalement l’UNHCR et Médecins sans frontière payent quelques bus depuis la semaine dernière…

Lire aussi mon post sur ce sujet : Exode ininterrompu sur les routes de Lesbos

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Exode ininterrompu sur les routes de Lesbos en Grèce

Lundi 6 juillet 2015

Les migrants doivent marcher 50 km pour rejoindre le port de Mytilène. © Sylvie Lasserre

Les migrants doivent marcher 50 km pour rejoindre le port de Mytilène. Interdiction aux îliens de les prendre en stop ; les contrevenants risquent dix ans de prison; © Sylvie Lasserre

Bientôt dix ans que je n’étais retournée sur les traces des migrants clandestins à Lesbos ! (Je vous renvoie à mes posts d’alors, que vous trouverez dans la catégorie « migrants ») A l’époque, cette « route » migratoire commençait à s’ouvrir, l’on n’en parlait pas, au point qu’après trois semaines de reportages en Grèce, à Athènes, Chios et Lesbos, et en Turquie, j’avais vendu… trois feuillets à Libé. Pourtant, déjà, la Grèce réclamait à corps et à cris l’aide de l’Europe pour faire face au problème qu’elle pressentait grandissant, mais…

Aujourd’hui, ce sont 400 à 1000 migrants qui transitent chaque jour par la grande île, si proche des côtes turques. Sur la route qui conduit de la capitale, Mitilène, au nord de l’île où débarquent les clandestins de leurs canots en caoutchouc, c’est un flot continu de groupes marchant sous le soleil. Ils vont par groupes de cinq, dix, vingt. Tous les cinq cents mètres, un groupe. Exode impressionnant. On retrouve toujours les Hazaras, peuple opprimé, s’il en est, en Iran et en Afghanistan, des Pakistanais – beaucoup plus rares -, des Afghans d’ethnie tadjike en famille – ça c’est très nouveau – ! Grande nouveauté par rapport à 2006 : des femmes et des enfants. Et des Syriens… des Syriens… par familles entières.

Femme syrienne en transit à Lesbos. L'épuisement se lit sur tous les visages. © Sylvie Lasserre

Femme syrienne en transit à Lesbos. L’épuisement se lit sur tous les visages. © Sylvie Lasserre

On a peine à imaginer la situation sur place pour qu’une famille décide de quitter à jamais sa ville, son village, sa maison, les mains vides, et fasse prendre tant de risques à ses femmes et ses enfants : s’échapper de Syrie, traverser la Turquie, puis la mer Egée sur un canot pneumatique surchargé, seuls, sans passeurs – ceux-là les abandonnent sur les rives turques avec juste quelques consignes – puis à Mytilène, marcher cinquante kilomètres sous un soleil brûlant avant de rejoindre un camp où ils passeront deux semaines avant d’obtenir un permis temporaire de circuler. Bateau pour Athènes, train pour Thessalonique, puis rejoindre la Macédoine à vélo pour ensuite traverser tous les pays qui les conduiront, qui en Allemagne, qui en Belgique, qui en Norvège… Pour un destin non moins certain.

Zahia, son frère et ses enfants, épuisés, ayant fui Latakié en Syrie, en transit à Lesbos. © Sylvie Lasserre

Zahia, son frère et ses enfants, épuisés, ayant fui Latakié en Syrie, en transit à Lesbos. © Sylvie Lasserre

Zahia a près de vingt ans. Elle a quitté Latakia en compagnie de ses deux jeunes enfants et son frère. Son fils, environ 5 ans, a un oeil au beur noir. C’est le soleil ! me dit la mère. Tous ont la peau très blanche, elle soulève le tee-shirt de sa fille et me montre les jeunes épaules brûlés par les rayons implacables. Cela fait un mois qu’ils sont partis. Il leur reste encore tant de chemin jusqu’à l’Allemagne où ils se rendent. Ils viennent de passer deux semaines, pas au camp, mais là, sur le port, sur le terrain de la police. Depuis un mois que nous sommes partis, nous dormons par terre. Elle est épuisée. Les enfants aussi semblent très éprouvés. Vous aviez des douches sur le port ? Non ! s’exclame-t-elle. Pas même de toilettes. Cela fait quatre jours que nous ne nous sommes pas lavés. Elle me montre l’état du bas de son pantalon, qui fut noir, mais est aujourd’hui blanc de poussière.

Trois générations : Elles ont quitté l'enfer de Deir Ez Zur en Syrie. © Sylvie Lasserre

Trois générations : Elles ont quitté l’enfer de Deir Ez Zur en Syrie. © Sylvie Lasserre

Plus loin, sous le porche de l’entrée de l’embarcadère, des tentes, des hommes, des femmes, des enfants assis ou couchés à même le sol. Je m’approche d’un groupe de femmes assises sur un tapis, dont l’une d’elle tient un nourrisson dans les bras. La grand-mère, la mère et la petite-fille. Elles ont fui leur terre natale de Deir ez Zor, ravagée par la guerre et se jettent, assoiffées sur la bouteille d’eau que je leur donne. Le bébé a quatre mois. Le plus jeune migrant que j’aie vu…

A l'embarcadère de Lesbos. Les migrants attendent le bateau pour Athènes. © Sylvie Lasserre

A l’embarcadère de Lesbos. Les migrants attendent le bateau pour Athènes. © Sylvie Lasserre

Un jeune homme s’approche, me dit qu’il parle anglais et arabe. « Je suis Palestinien, de Syrie. Ma famille était en Syrie depuis soixante ans. Nous sommes d’Alep. » Il me présente sa famille, dont sa mère et poursuit : « Je suis pharmacien. Ma mère est dentiste. » Sa mère, veuve, porte un voile noir. Tandis qu’elle prend les savons que je lui donne, elle me demande si je n’ai pas de la crème pour le visage ; je regarde son visage: il est brûlé par les longues marches sous le soleil. Omer, le jeune pharmacien me montre une photo de son chien : un jeune berger allemand, grand, vif. Les soldats l’ont tué ! Et mon chat aussi. Mais pourquoi ? « Comme ça ! Ils tirent sur tout ! Même sur les arbres ! »

Le pharmacien, son frère jumeau et leur mère, dentiste. © Sylvie Lasserre

Le pharmacien, son frère jumeau et leur mère, dentiste. © Sylvie Lasserre

Chacun fait sa toilette comme il peut, quand il peut. Du linge sèche sur les plots du parking face à l’embarcadère.

Puis tandis que nous discutons, une policière attachée aux douanes leur demande de dégager les lieux et aller sous le porche, derrière le mur. Loin des regards. « Regarde comment ils nous traitent : Ils ne nous traitent pas comme des êtres humains ! »

Jeune fille syrienne, sur les routes de l'exode, en famille. © Sylvie Lasserre

Jeune fille syrienne, sur les routes de l’exode, en famille. © Sylvie Lasserre

Et comment oublier, cette jeune fille, aux allures de touriste, dont je n’ai pas réussi à retenir le prénom alors qu’elle me l’a répété trois fois ! Partie en famille, père, mère, frère. Contrairement aux autres, ils portent de relativement de gros bagages. Comment ont-ils marché les 50 kilomètres ainsi chargés, je me le demande. En regardant à nouveau les photos, je constate que le père porte une mallette en plastique. Les documents de leur vie sans doute, les papiers importants. Peut-être des photos de famille aussi. Ils sont en route pour l’Allemagne.

La route qui les attend est encore longue et semée d’embûches. Elle est toute tracée par les réseaux de passeurs et comprend donc, entre autres la traversée de la Macédoine à vélo. Je repense à Arif, le jeune Hazara d’Iran que j’avais suivi depuis sa sortie du camp de Lesbos en 2006, jusqu’à Paris. Sa route alors passait par Patras puis Calais. Après deux ans passés en Angleterre, il avait abandonné l’idée d’obtenir des papiers et repartait tenter sa chance en Norvège. Oui, la route de la migration est longue et difficile, semée d’embûches et de dangers. Par un accident de téléphone portable, j’ai perdu son contact. Sur les routes de Lesbos, ce sont des centaines, des milliers d’Arif qui passent chaque jour.

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Pakistan. Le projet des veuves du tandur s’est bien terminé !

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Chers donatrices, chers donateurs,

Longtemps sans donner de nouvelles alors que le projet est terminé depuis plusieurs mois. Ce n’est pas que celles-ci soient mauvaises, c’est que… je n’ai pas eu (ou pris) le temps de « reporter ». Désolée, mais en voici enfin, et des bonnes… D’emblée, nous pouvons vous dire que le projet a été un succès à 80 % !

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Ce n’est qu’au mois de janvier de cette année que nous avons pu rendre visite aux veuves du projet, faute de temps avant, afin de prendre de leurs nouvelles. Il faut dire qu’elles vivent toutes dans des banlieues éloignées de la capitale Islamabad, et dans des directions opposées. Ajouter à cela le fait que dans ces banlieues, même avec une adresse – si vous avez la chance d’en avoir une -, jamais vous ne trouverez l’endroit. De plus, rares sont les veuves qui possèdent un téléphone portable, et lorsqu’elles en ont un, il est déchargé la plupart du temps. Enfin nombre d’entre elles ne savent pas honorer un rendez-vous. Bref vous l’aurez compris, « reporter » sur le projet a pris beaucoup de temps.

Voici donc comment s’est déroulé le projet :

Après des séries d’interviews conduits en notre domicile – proche du tandur) au mois de février 2014 et au tandur (pour cela nous avons loué les services de deux jeunes femmes pachtounes) en juin 2014, nous avons sélectionné 13 femmes qui nous ont semblé être parmi les plus nécessiteuses, plus une exception, le jeune Amangul, 13 ans, que sa famille envoie tous les soirs au tandur après une dure journée de labeur. Soit au total 14 bénéficiaires du projet pilote. Voir en annexe la liste finale des bénéficiaires.

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Interviews au tandur (ici Amangul est interviewé)

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Interviews au tandur

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Interviews au tandur

Puis mi-mars Shafiq et moi nous sommes absentés deux mois, ce qui a interrompu le projet. Shafiq est rentré au Pakistan tandis que je restai à Paris et le 11 juin dernier, il organisait dans une école (dont il avait réussi, non sans mal, à convaincre la directrice de prêter un local gracieusement pour le projet) un « orientation consultative meeting » d’une journée rassemblant toutes les veuves (toutes ont pu venir car l’école se trouve juste derrière le tandur).

Pour l’occasion, il avait fait réaliser la bannière suivante :

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Voici quelques photos du meeting :

L’équipe est au complet : 13 femmes et Amangul, plus les deux assistantes qui ont conduit les interviews et procèdent à la journée de consultation et orientation.

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Durant la journée de consultation et orientation

Chacune a exprimé ses souhaits. Comme nous étions à une semaine du ramadan, il a donc été prévu pour chaque famille un package de ramadan de 5000 rupees (environ 46 euros). C’est la coutume, pour fêter la fin du ramadan, tous les musulmans doivent se vêtir d’habits neufs. Ce fut donc une petite contribution pour aider ces familles à cette occasion.

La moitié des femmes (6) ont exprimé le souhait de posséder une machine à coudre, quatre autres ont souhaité vendre des tissus (achetés moins chers près de Peshawar, revendus plus chers à Islamabad), une femme a souhaité acheter du matériel pour fabriquer des calottes de prières brodées de perles, une autre femme a souhaité faire du commerce de tissus dans un premier temps afin de pouvoir acheter une chèvre, Amangul a demandé une charrette à bras pour vendre des légumes, enfin, une dernière a demandé à acheter un rickshaw (une de ses connaissances vendait un rickshaw d’occasion).

Shafiq a ensuite procédé aux achats :

– 6 machines à coudre (chacune fournie avec une chaise et une table)

– un Qinjqi (rickshaw) : petit véhicule à moteurs à trois roues qui sert de taxi

– une charrette pour Amangul qui avait émis le souhait de vendre des légumes au bazar

– du matériel pour créer des calottes de prière

– pour 5 veuves des sets de tissus qu’elles sont allées elles-mêmes choisir et acheter (avec l’argent du projet, elles sont allées à Nowshera en transports publics).

Puis Shafiq a organisé dans les locaux de SSP (Social Services Program Pakistan)un training de trois jours pour les veuves qui avaient choisi la machine à coudre pour leur apprendre à s’en servir.

Shafiq a largement reporté sur Facebook, mais comme tout le monde n’a pas Facebook, je reprends ses photos :

10442569_646187928790426_5812744922174514456_nLivraison des machines à coudre et des meubles pour le training.

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Aman Gul (Balu)’s mother along with her kids (she has 8 kids, (Afghan Citizen) visited this morning SSP office and received their cheque of Rs.25,000/-. Aman Gul already ordered a Handcart and will start small business during the holy month of Ramadan. Wishing them all the BEST.

10422094_680543022021583_1381347107041990953_nWidows of the Tandur Project beneficiaries during training.

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Le marchand de machines à coudre explique aux femmes comment s’en servir.

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The beneficiaries while choosing the tissues they want to buy.

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Still, the widows in Nowshera choosing tissue.

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The widows confectioning prayer caps.

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Shafiq handing over keys of the Rickshaw to Shaheda Bibi, a selected beneficiary of the widows of Tandur Project.

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Shafiq giving a check to one widow for buying material to fabricate prayer caps.

Bilan

Une fois les femmes et Amangul équipés, qui de machines à coudre, qui de charrette, qui de rickshaw, qui de tissus, elles ont pu immédiatement démarrer leur entreprise.

Nous leur avons laissé le temps de faire tourner leur « entreprise » et c’est autour d’un chicken biryani dans les locaux de SSP que nous les avons retrouvées, le 25 janvier 2015, pour faire le point avec elles.

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Réunion autour d’un biryani debriefing.

Toutes les veuves n’étaient pas présentes (certaines sont passées le soir ou le lendemain !) Amangul qui avait dit qu’il viendrait, ne s’est pas montré. Voici donc ce qu’il ressort de nos entretiens de ce jour-là :

Laeq Zada : « Je ne vais plus au tandur. Je suis très contente, je n’aimais pas y aller. Maintenant on achète nos rotis. »

Laeq Zada est originaire de Bannu. Elle n’est pas réellement veuve mais c’est pareil son mari est si âgé qu’il ne peut plus rien faire (nombreuses sont les femmes pachtounes qui sont mariées dès leur plus jeune âge à des vieillards). Dans la famille : 3 filles, 2 fils et un vieux mari. 9 personnes dans la famille au total.

Elle a reçu une machine à coudre (plus une chaise, une table et 5000 rupees comme package de ramadan). C’est sa fille, Sohila, 18 ans qui coud des vêtements : shalwar kamiz dupata et vêtements d’enfants. Elle les fait aussi pour sa famille, c’est cela en moins à payer. Elles les vendent. Dans son quartier les gens lui portent le tissu et elle confectionne les habits. Laeq Zada dit ne plus aller au tandur, elle continue à faire des ménages dans une maison.

Laeq Zada a un fils de 35 ans qui ne peut plus travailler depuis un accident (une partie de son os de l’avant-bras manque : elle a porté une radio). Son fils pleure lorsqu’elle part travailler car il est devenu un poids inutile. Elle-même s’est mise à pleurer en racontant cela.

Elle fait payer 250 rupees pour un costume d’adulte, et 100 pour celui d’un enfant. Avec cela nous achetons des denrées alimentaires, des chaussures, des médicaments, dit-elle.

Depuis le début, elle a confectionné 30 costumes d’adulte (7500), 20 d’enfant (2000 rupees). Gains indirects supplémentaires : les vêtements qu’elle fait pour les membres de la famille.

Le projet l’a-t-elle aidée ? C’est juste mais notre vie s’est améliorée depuis le début du projet. Le projet nous a vraiment aidés car parfois mon mari a besoin de médicaments alors je prépare un ou deux ensembles et j’obtiens 500 rupees. Ou encore pour acheter des chaussures.

Que leur faudrait-il encore en plus pour aller encore mieux ? Son fils pourrait vendre par exemple des choses légères, des chaussures en plastique, ou tenir une boutique où elles vendraient les vêtements qu’elles fabriquent. Une location de boutique peut coûter 3000 rupees (28 euros) par mois.

Je ne vais plus au tandur. Je suis très contente, je n’aimais pas y aller. Maintenant on achète nos rotis.

Gul Raj

Gul Raj est veuve. Elle est de Nowshera. A reçu une machine à coudre, une table et une chaise et 5000 rupees de package de ramadan. C’est sa fille, Shahzia Gul, 16 ans, qui coud. Nous gagnons de l’argent avec cela. Elle coud également des galons sur des tchadors et des vêtements qu’elles vendent. (Ces machines sont multi-purpose). Shahzia Gul a obtenu un diplôme de couture d’une autre ONG, Sultana Foundation (avec une note de 90/100 en dress designing). Pendant le ramadan, nous avons gagné 7000 rupees. Récemment j’ai fait 10 à 15 ensembles. Avant je faisais payer 150 rupees par ensemble, maintenant je demande 200 rupees. Elle a porté un set de 3 pièces qu’elle nous montre et qu’elle doit coudre pour le lendemain.

Ce projet nous a aidées mais nous n’avons pas tous les jours des commandes, seulement de temps en temps. Ce n’est pas régulier. Car les gens pauvres ne font pas faire des vêtements tous les jours. De quoi de plus auriez-vous besoin ? J’ai deux autres filles, si chacune pouvait avoir une machine ce serait mieux. Et une charrette pour mon fils. Et moi je fais le ménage dans une maison.

Vous allez toujours au tandur ?

Non !

Les autres rient. Elle n’y va que de temps à autre en fait. Mais elle n’aime pas.

Rokia

Rokia est née à Kunduz. Elle a 5 filles, toutes mariées. Pas de fils, pas de mari.

A quitté Kunduz il y a trente ans. Son mari moudjahidine avait été tué par les Russes pendant la guerre.

A reçu une machine à coudre (une table, une chaise). Mais ne sait pas s’en servir. Une de ses petites-filles essaye d’apprendre. Elle a toujours la machine mais personne ne s’en sert. La machine est trop compliquée. Sa fille a besoin d’un training pour apprendre à s’en servir. Elle dit avoir besoin d’une chèvre (une autre femme du projet a reçu une chèvre). Visiblement, Rokia est physique, aime être dehors. Dit aimer aller au tandur. Elle continue d’y aller. N’a rien obtenu du projet. Elle veut une chèvre (coût d’une chèvre : entre 10000 et 20000 rupees).

Shafiqa

Shafiqa est née en Afghanistan à Kaboul. Deux fils et une fille. Un mari vieux 80 ans et malade. Venue au Pakistan il y a dix ans. On a perdu un fils. Puis on est venus au Pakistan. Je n’ai pas d’autre choix que de venir au tandur.

A reçu une machine à coudre, 5000 rupees cash, une table et une chaise. C’est son fils qui va l’utiliser, pour l’instant il est en formation depuis cinq mois (six mois de formation) chez un tailleur et se sert de la machine. Pour l’instant il fait des shalwar. Mon autre fils n’a pas de NIC (carte d’identité) alors il ne peut pas travailler sinon la police l’attrapera.

De quoi aurait-elle besoin en plus ? Elle fait des ménages et gagne 3000 rupees par mois, et son loyer est de 3000 rupees. Ce projet ne nous a pas aidés encore mais nous aidera bientôt, inshallah.

Anjuman

5 enfants. Mari vieux et sourd, ne fait rien.

A reçu des tissus pour faire des vêtements achetés à Charsada plus le package de ramadan (5000 rupees). Elle les revend à Islamabad (porte à porte…). A déjà accompli 4 cycles, à raison de 4000 rupees par cycle (cela couvre son loyer 3000 rupees et l’école de son fils 1000 rupees). Il lui reste du tissu pour 5 ou 6 costumes à la maison. Heureuse du projet. Ne retourne plus que de temps à autre au tandur.

Gul Bibi

Veuve. 3 filles 2 fils. Née en Afghanistan à Djalalabad

A reçu du matériel pour confectionner des calottes de prière et le package de ramadan 000 rupees) qu’elle vend à Peshawar à un commerçant (55 rupees l’un)

Je ne vais plus au tandur qu’une fois par semaine. En plus ils donnent moins de rotis maintenant.

Mumtaz Begum (vieille femme qui pleurait)

A reçu des tissus achetés à Noshera qu’elle revend. A déjà effectué trois cycles, mais il ne lui reste plus que 9000 rupees (son stock s’amenuise) car elle a dû payer 10000 rupees à sa fille puis un petit-fils est mort, cela lui a coûté à nouveau 10000 rupees.

Amna

Née à Attock, près de Nowshera. A reçu une machine à coudre, une table, une chaise et le package de ramadan. C’est son mari tailleur qui utilise la machine à coudre dans une boutique (il ne travaillait plus faute de matériel). Il est installé avec un autre tailleur et fabrique un ou deux costumes par jour. Il gagne 7000 to 8000 rupees par mois. Il travaille tous les jours mais il reverse un peu au patron de la boutique. Maintenant la vie est beaucoup mieux dit Amna. Elle continue pourtant d’aller au tandur car trop de charges. 2 fils une fille. Et elle nettoye des vêtements elle gagne 1000 rupees (8.5 euros) par mois.

Amangül

Travaille toujours au tandur (il a appris ce métier qu’il semble bien maîtriser). Il y a maintenant été embauché (maintenant il a quinze ans). C’est son frère qui vend des légumes avec la charrette

Shaheeda Bibi

Elle a reçu un rickshaw et le package de ramadan. Nous n’avons pas réussi à la revoir mais aux dernières nouvelles son rickshaw nécessitait réparation.

Nazish est veuve. Elle est née à Malakand Agency.

A reçu le package de ramadan et 23 tissus coûteux (équivalent des 33 tissus de moins bonne qualité que ceux des autres veuves) a Nowshera. Je les ai vendus à Rawalpindi dans mon quartier. Elle a gagné environ 15 000 rupees. Il me reste 3 tissus à la maison. Avec l’argent j’ai acheté un bébé chèvre. Pour qu’elle grandisse et fasse des petits. Elle n’est pas encore adulte.

Khan Begum

Veuve. A reçu des tissus et le package de ramadan. Est passée chez nous en notre absence. Nous ne lui avons pas parlé.

Chez les veuves

En février nous sommes allés visiter la maison de certaines d’entre elles. Elles vivent dans des conditions très précaires, à plusieurs dans une seule pièce et pour des loyers exorbitants (5000 à 6000 rupees pour une pièce où s’entasse une famille entière). (Par soucis de discrétion nous ne dirons pas qui est qui.)

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Deux veuves, dans la maison – pièce unique – de l’une d’elles.

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Jeune veuve, elle a un fils et vit dans deux pièces chez son vieux père avec ses frères et belles-sœurs. Ici avec sa chèvre.

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Cette femme pose avec son mari malade qui a pu reprendre son activité de tailleur grâce au projet (il partage le loyer de cette échoppe avec un autre tailleur).

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Cette jeune fille est fille d’une veuve, c’est elle qui coud tandis que sa mère continue à faire des ménages. Elles vivent dans une pièce unique.

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Cette jeune fille également coud des vêtements à la place de sa mère veuve. Elles sont si pauvres qu’elles ont gardé la table et la chaise (en haut sur l’étagère) pour la dot de la jeune fille.

Conclusion

Nous pouvons dire que le projet a été un succès dans le sens où il a amélioré le quotidien de 80% des 14 familles. Nous aurions pu atteindre 100% si un support avait pu être fourni à certaines veuves, mais compte tenu du budget, ce n’était pas possible.

Il apparaît que toutes ces familles gagneraient à être aidées encore plus car elles restent extrêmement pauvres. Il faudrait pour cela monter un projet dans la continuité de ce projet pilote, de taille plus conséquente afin de pouvoir en aider un plus grand nombre. Pour cela nous devons trouver un financement et c’est ce que nous allons faire, chercher un organisme ou une fondation intéressée pour le financer. Si certains d’entre vous ont des suggestions, merci de nous les communiquer.

Un hommage à Shafiq !

Un hommage spécial à Shafiq qui a consacré beaucoup de son temps et d’énergie, par des chaleurs inhumaines et en sus des projets de sa propre ONG, SSP, afin de mettre en œuvre et mener à bien le projet.

Contreparties

Concernant les contreparties que nous vous avons promises, je dois encore faire le point, tout comptabiliser et les préparer. Cela aussi prend du temps. Nous pensons organiser à Paris une réunion de clôture du projet, ce qui nous donnera l’occasion et le plaisir d’échanger avec vous et de répondre à vos questions. Nous en profiterons alors pour vous remettre directement les contreparties. Et plus tard nous enverrons les leurs à celles et ceux qui ne seraient pas venus.

D’ici là, nous restons à votre dispositions pour répondre à toutes vos questions ou écouter vos suggestions et commentaires !

Un grand merci à toutes et à tous encore pour votre généreuse mobilisation, un grand bravo aussi et en particulier à Shafiq !

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