Un hiver en Ouzbékistan

DSC_0254

DSC_0250Copyright Sylvie Lasserre

Le cheval comme conducteur des âmes des morts

DSC_0066 (3)

Musée de Peshawar. Copyright 2010 Sylvie Lasserre

La Lettre du Toit du Monde publiait en juin 2019 un article très complet sur le cheval psychopompe, signé François Pannier, le directeur de l’Association pour le Rayonnement des Cultures Himalayennes (ARCH). En voici un extrait :

« Nous trouvons en effet, à la limite de l’Afghanistan et du Pakistan avec la passe de Khyber, lieu de passage d’importantes invasions, un arc d’ouest en est, avec des traditions extrêmement originales.

Les Kafirs et les Kalash tout d’abord, un peu plus au nord, le site funéraire de Pir Panjal avec ses centaines de cavaliers de pierre, les Dardes du Ladakh aux traditions très proches des Kafirs et des Kalash, leurs origines aryennes semblant communes, l’alignement mégalithique de Do Ring, les bois sculptés de Byash, à l’extrême nord-ouest du Népal, sont autant d’éléments qui nous font penser qu’ils ont grandement influencé ce type de phurbu psychopompe et qu’il faudrait y situer la source de l’utilisation de cet objet. »

Voici le numéro 27 de la lettre du Toit du Monde où figure cet article : Cheval psychopompe et phurbu.

Bonne lecture.

Fêtes himalayennes, les derniers Kalash

HinduKush

Hindou Kouch. Copyright 2012 Sylvie Lasserre

Une somptueuse exposition, « Fêtes himalayennes, les derniers Kalash« , organisée par les ethnologues spécialistes des Kalash, Jean-Yves et Viviane Lièvre, et par le photographe Hervé Nègre, est à voir à Lyon, au Musée des Confluences. Surtout ne la manquez pas si vous avez l’occasion de passer à Lyon. Elle se termine le 1er décembre 2019.

A écouter : Au fil des saisons kalash

Dossier de presse : dp_kalash

Les Kalash, dernier peuple païen, sont établis dans la région de Chitral au Nord du Pakistan. Ils vivent au rythme des saisons qu’ils fêtent lors de cérémonies spectaculaires, dans trois vallées situées à la frontière avec l’Afghanistan. Le tourisme qui les envahit désormais, ainsi que les conversions à l’islam qui progressent dans leur communauté, menacent leur culture de disparition.

Les Kalash commencent d’ailleurs à se rebiffer contre certains touristes qui se rendent dans les vallées reculées pensant y trouver alcool et femmes faciles : « One video viewed 1.3 million times on YouTube, proclaims the Kalash « openly have sex » with partners of their choosing « in the presence of their husbands ».« 

Göbekli Tepe, the world’s most ancient worship place

During my roadtrip from Islamabad to Istanbul in 2014, I had the opportunity to visit the archeological site of Göbekli Tepe, located a dozen kilometers away from Urfa in Turkey. It was a long time dream. That was even one of the main reasons for this long trip – along with the visit of other neotlithic archeological sites.

IMG_6165

Approaching Göbekli Tepe. Copyright  2014 Sylvie Lasserre

Göbekli Tepe, « the mount with a belly » in Turkish, was discovered in the 60’s by some archeologists guided by the shepperds, owners of the land. But those had no idea of the importance of the site. They thought they had found some Middle Age graveyards. It was Klaus Schmidt, a German archeologist, who understood the importance of such a place and he began excavations in 1994. Unfortunately Schmidt died of a heart attack in 2014.

It was found out that Göbekli Tepe was probably a temple 12000 years old. This shook up all preconceived ideas about neolithic societies. Indeed : still nomadics, the hunters and gatherers living in the region of Göbekli Tepe were gathering at this worship place (no evidence of settlements were found in the surroundings). This is the most amazing fact of this discovery.

IMG_6164Mahmut Yildiz, the shepperd owner of the land where lays Göbekli Tepe. Copyright 2014 Sylvie Lasserre

Still most of the mound has to be excavated. I was told by the locals that the vast plain down the tepe « hill » was the place of the Paradise. Indeed, this region is known for being the cradle of agriculture (upper Mesopotamia), which appeared some 10000 years ago, after the construction of Göbekli Tepe.

IMG_6079

A fertile plain lays at the feet of Göbekli Tepe. Copyright 2014 Sylvie Lasserre

Today, Göbekli Tepe has dressed new clothes. Paths have been created for guiding the visitors, brand new roof is protecting the site. There are opening and closing times and soon it will be possible to fly over the site with hot air balloons… Moreover, some guided tours are full and can’t accept more tourists, due to the success of this modernisation.

Göbekli Tepe has been officially inaugurated on March 2019. And selfishly I wonder if I still will be able to dream there.

Reparution du Voyage au pays des Ouïghours

Mardi 2 juillet 2019

65477450_2394177167482957_1197390350449115136_n (2).jpg

Alors que mon ouvrage Voyage au pays des Ouïghours était épuisé depuis longtemps et que l’éditeur n’existe plus, je suis heureuse de vous annoncer qu’il reparaît chez Bookelis chez qui vous pourrez désormais vous le procurer si vous ne l’avez pas déjà lu : Voyage au pays des Ouïghours

Lire un extrait :

« Quand la sunay [1] entonne sa gaie mélopée et le naghra [2] se met à vibrer, une clameur s’élève dans la foule amassée devant la mosquée jaune. Regroupés au bas des marches, une cinquantaine de gamins lèvent la tête et crient joyeusement vers les trois musiciens juchés sur le bord du toit de la mosquée : « Samâ ! Samâ ! » Sifflets et joyeuses interjections ravissent l’atmosphère. Mais ce n’est pas encore le samâ, c’est une autre mélodie. Alors les gamins hurlent de plus belle : « Samâ ! Samâ ! Samâ ! » Les musiciens se font attendre, chauffent l’ambiance. Alors, en chœur, les garçonnets scandent : « Un ! Deux ! Trois ! Samâ ! » Les musiciens ne se décident toujours pas.Samâaaaaa !!!!! Autour d’eux, le parvis est noir de monde. Chacun attend fiévreusement le samâ. Les musiciens poursuivent leur mélopée monotone, la foule se fait de plus en plus impatiente. Des curieux s’adressent à Dilraba : Qui suis-je, que fais-je… Les traîtres espions sont partout, souvent sous des dehors très anodins. Il faut même se méfier des clochards paraît-il. Soudain le rythme change, c’est la mélodie du samâ. On nous fait signe de faire de la place et c’est parti ! Un enfant lance les bras en l’air et entame la danse. Ses camarades le suivent. Ils sont cinq ou six à peine. Un petit cercle s’ébauche. Les jeunes danseurs frappent des mains et poussent des « Han ! » « Houey ! » pour se donner de l’entrain. Peu à peu le cercle grandit. Un à un les danseurs entrent dans la ronde qui s’élargit toujours plus. Le soleil darde ses rayons, les abeilles collantes de septembre sont de la partie. Un touriste chinois, de Pékin sans doute, se joint à la danse et tente d’apprendre. Un vieil Ouïghour s’approche et lui montre.Sans doute abusé par le châle fleuri que je porte, un homme me demande si je viens d’Ouzbékistan. Je lui dis que non, de France et il s’éloigne, satisfait. Les Ouïghours, comme souvent les habitants d’Asie centrale, sont très curieux. Au Turkestan, on n’hésite pas à aborder l’étranger pour le questionner, sans arrière-pensée, juste pour le plaisir.Par moments le samâ est ponctué de grands « Han ! » scandés par les danseurs. Tentatives pour parvenir à l’extase ? Mais la transe ne sera pas au rendez-vous.Aucune femme dans la ronde. Les hommes dansent, les femmes regardent. Un jeune Chinois à l’allure très citadine se risque à son tour et entre dans le cercle. Il tente d’apprendre. Pataud au début, il capte enfin la bonne gestuelle. Assez grand, plutôt beau, il a de l’allure avec son béret, ses savates locales, son ample pardessus beige et sa besace jetée sur l’épaule. Tout le monde le regarde. Amusement général. Dilraba et moi en profitons pour échanger nos commentaires sur les danseurs.Une femme vient d’entrer dans la danse. Elle paraît folle. Une mendiante ? Afin d’élargir le cercle, les danseurs repoussent de leurs bras, qu’ils jettent d’un côté puis de l’autre tout en dansant, les spectateurs agglutinés trop près. Tandis qu’ils dégagent ainsi de la place, je ressens chez certains des plus jeunes, aux mouvements de leurs bras, à la fierté impassible qu’affiche leur visage, à la façon aussi dont ils écartent les badauds, une agressivité contenue. Certainement une manière de revendiquer leur culture, mine de rien, ce qu’ils n’ont jamais l’occasion de faire autrement. »

[1] Instrument à vent en bois.

[2] Instrument à percussion métallique.

The dark face of India

Tuesday, June 25th 2019

Tabrez Ansari was not expecting to die so early, in his early twenties. He was killed in his own country, in the state of Jharkhand, just because he was a Muslim. Killed… lynched should I say. His ordeal lasted for hours, on June 18th. First beaten by an enraged man encouraged by a surrounding happy mob of hindu Indians, then tied to an electric pole and forced to perform hindu chants.

tabrez-ansari-750x369

Tabrez Ansari tied to an electric pole while being beaten and forced to chant hindu hymns. DR.

His cries and supplications were of no use. Tied, he was beaten for twelve hours and his ordeal stopped when he was finally delivered to the police – he was accused of having attempted to steal a motorcycle. There, in the custody of the police, he said he was not feeling well. Transported to the hospital, he died. He was twenty-four years old. He married one month and a half ago.

Tabrez Ansari is not the first Muslim that has been lynched by a mob in India, just because of his religion. The nationalist Hindus of Modi’s party BJP are unfortunately well known for their violence against Muslims. In Modi’s India, almost one Muslim is lynched everyday in India.

Lire aussi : Lynching of Tabrez Ansari in BJP-ruled Jharkhand says a lot about Muslim’s future under Narendra Modi 2.0.