Faire venir la pluie, par les prières aussi

Samedi 30 mars 2019

Faire venir la pluie n’appartient pas qu’aux peuples premiers. Ainsi nous avons vu que faire venir la pluie avec des pierres à pluie est propre au peuple turc (voir post précédent : Pierres à pluie de Yarkand) ; en Australie, les aborigènes appellent cet élément naturel au moyen de prières et de dessins imprimés sur le sable (on peut voir une telle scène dans le documentaire « Le jour où l’homme blanc est venu »). Ailleurs, les chrétiens la convoquent à l’aide de prières, comme par exemple aux Philippines en mars 2019, lorsque l’archevêque de Manille appela les fidèles à prier alors que Manille et ses environs sont privés d’eau lors d’une sécheresse inédite :

Ou encore en France dans les Hautes-Alpes : en décembre 2017, alors qu’il n’avait pas plu depuis six mois, l’évêque de Gap et d’Embrun décida de réagir et d’inviter les chrétiens de son département à trois jours de prières :

Lire aussi : Une prière pour la pluie pour conjurer la sécheresse

 

Gavriil Ksenofontov, un ethnologue yakoute oublié

Samedi 16 février 2019

Ксенофонтов_Гавриил_Васильевич

Ksenofontov, avocat et ethnologue yakoute, a laissé peu de traces de son passage sur terre entre 1888 et 1938, à part son ouvrage sur le chamanisme de Sibérie : « Les chamanes de Sibérie et leur tradition orale » dans lequel il rapporte de précieux témoignages.

Victime des purges staliniennes, il sera fusillé en 1938.

Ouzbékistan – Rots et bâillements chamaniques

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Une particularité que je ne m’explique pas : les chamanes d’Asie centrale (bakshis) bâillent et rotent. Beaucoup. Bruyamment. Cela commence avant même le début des séances.

Pas seulement les chamanes d’ailleurs. Les participants, s’ils sont un peu sensibles, peuvent aussi se mettre à bâiller lors d’une séance de guérison.

Rendez-vous compte par vous mêmes, écoutez :

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Sur cet enregistrement, il s’agit de la première « khalqa » (phase, séance) d’un « koch koch » (prononcer koutch koutch), le rituel chamanique le plus « difficile » à conduire en Asie centrale.

Un koch koch dure environ deux heures (hors préparatifs) et comporte plusieurs khalqas. Celui-ci en comporte cinq.

Seul un (ou une) bakshi, muni(e) de sa doira (tambourin) peut mener un koch koch.

Renseignements pris : rots et bâillements seraient universels chez les chamanes, guérisseurs et autres « sorciers ». On m’a parlé de bâillement en Italie du Sud par exemple.

Koch koch enregistré en décembre 2008.

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Au pays des Ouïghours sur France culture

cultures-isl.1292156935.jpgAu pays des Ouïghours invité à Cultures d’Islam d’Abdelwahab Meddeb.

Pour m’entendre cliquer ici.

Comment pénétrer dans les cœurs lorsque l’on se trouve en visite chez un peuple opprimé, contrôlé, assailli par un Etat puissant ? Comment retrouver l’expression d’une révolte entretenue à l’extérieur ? C’est à cette expérience qu’a été confrontée Sylvie Lasserre en entrant dans le Turkestan sous domination chinoise à partir du Kazakhstan, précisément du poste frontière de la ville de Korgas.

Ce voyage s’est déroulé après les émeutes et les heurts sanglants de l’été 2009 qui ont opposé la minorité ouïghoure à la majorité han à Urumqi, capitale de cette partie du Turkestan que les Chinois appellent Xinjiang. Sylvie Lasserre veut vivre de visu ce qui lui a été raconté par les Ouïghours qu’elle a rencontrés à Paris et en Europe, ceux avec qui elle a protesté en l’été 2009 au Trocadéro contre les exactions subies par leur peuple. Elle veut apporter matière vive à son amie Rebiya Kadeer, le leader qui incarne la cause ouïghoure dans ses pérégrinations de par le monde et à partir de son expatriation américaine.

D’ailleurs qui connaît la cause ouïghoure ? N’est-elle pas absente des consciences ? N’est-elle pas loin des urgences de la militance internationale ? Pourtant le problème est de même nature que celui du Tibet. Rappelons que les Ouïghours sont une population musulmane et turcophone vivant sous l’autorité de l’Etat chinois. L’accueil fait sur place à l’enquêteur est des plus circonspects. Les Ouïghours s’avèrent discrets et peu diserts. Peut-être l’expérience les a-t-elle rendus peu confiants. Personne ne parle d’oppression ni de revendication pour quelque cause nationale. Tandis que l’accès au culte semble libre à ceux qui n’appartiennent pas au parti ni ne collaborent aux structures officielles. La voyageuse décrit les cérémonies qui ont clos le mois de ramadan dans des mosquées qui débordent. Et le sort fait à la ville patrimoniale, Kashgar et ses monuments, appartient à la logique de l’Etat centralisateur qui folklorise les espaces de civilisation pour en faire des zones touristiques, dénaturant l’objet archéologique originel, l’adaptant à l’ordonnancement de l’espace selon ce qui constitue la norme dans les parcs Disney Land. Tout en cherchant à se faire oublier à eux-mêmes, les Ouïghours demeurent attachés à l’islam, à son culte. Un reste de rites soufis perdure comme le sama’, cet oratorio spirituel qui emporte les corps dans une danse procurant l’ivresse. De même, le chamanisme, quoique réprouvé, dénigré, interdit, continue d’être exercé sous l’autorité de formules islamiques. Le syncrétisme ancestral persiste. Mais la pression est forte pour banaliser l’habitus han chez les Ouïghours. La politique de peuplement et l’investissement infrastructurel destiné à agrandir les villes fera des Ouïghours une petite minorité à l’intérieur du territoire de leurs ancêtres.

Bibliographie :

Sylvie Lasserre, Voyage au pays des Ouïghours (Turkestan chinois, début du XXIe siècle), éditions Cartouche, 2010

Invité(s) :
Sylvie Lasserre , reporter et photographe

Thème(s) : Idées| Asie| Idéologie| Ouïghours