Irq bitig, un jeu divinatoire des anciens Türks

Mardi 17 mars 2015

Pour notre plus grand plaisir, Rémy Dor, célèbre turcologue, sort ce petit ouvrage très ludique qu’il a lui-même traduit : « Ïrq Bitig, Jeu divinatoire turk-ancien ».

Ïrq Bitig signifie littéralement « la trace des encoches du destin ».

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Le jeu est très simple : trois bâtonnets que l’on lance. Les buchettes comportent, gravés sur chacune de leur quatre faces, un, deux, trois ou quatre cercles. C’est la combinaison résultant du tirage qui rendra la divination, telle qu’écrite. Et c’est cela qui est traduit dans le livre. Par exemple :

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Au total, il y a 64 présages.

Le manuscrit, apprend-on, fut écrit par un moine au Xe siècle (en 930). C’est Aurel Stein, le célèbre explorateur anglais, qui le découvrit en 1907 dans une grotte murée du Turkestan chinois, à Dunhuang, point de rencontre des deux routes de la Soie à l’orée du désert du Taklamakan.

Intérieur de l'une des grottes de Dunhuang

Intérieur de l’une des grottes de Dunhuang

Après une introduction riche et dense qui nous plonge avec délices dans le contexte de l’époque où le jeu fut élaboré, le jeu est expliqué, chaque présage rédigé et l’on est désormais impatients d’y jouer à son tour :

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Se procurer l’ouvrage : Ïrq Bitig, jeu divinatoire türk-ancien.

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Parution de « Voyageuses, partir avec… » Sylvie Lasserre, Clara Arnaud, Anne Brunswic…

Couverture du livre Voyageuses

Pourquoi êtes-vous partie ? Comment êtes-vous partie ? Qu’est-ce que le voyage pour vous ? Voici les questions que nous a posées Lionel Bedin, éditeur de Livres du Monde, nous donnant carte blanche pour y répondre, avec ou sans illustration.

Douze auteures et voyageuses apportent leurs réponses dans ce livre collectif où chacune fait part de ses expériences, raconte sa façon de partir, de voyager, de rencontrer les paysages, les gens et leurs cultures, de revenir, et d’écrire :

Clara Arnaud, Yanna Byls, Anne Brunswic, Aude Créquy, Karen Guillorel, Evelyne Jousset, Gaële de La Brosse, Sylvie Lasserre, Alice Plane, Caroline Riegel, Aude Seigne, Ingrid Thobois.

En ce qui me concerne, je vous raconte le Kirghizistan essentiellement, le Turkménistan aussi, et le Pakistan un peu.

Pour vous donner envie de partir…

Une première rencontre / signature avec six d’entre nous, présentes à Paris ce jour-là, est organisée à la librarie Ulysse, célèbre pour ses rencontres autour des voyages en cargo, mercredi 6 juin à 18:30 : Cargoclub des voyageuses. J’espère avoir le plaisir de vous y rencontrer.

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Pakistan. « Les Pathans » ou Pachtounes

Le Pathan ? Plus communément appelé Pachtoune, et confondu à tort avec le « Taliban »…

En voici une description, ma foi fort juste, faite par Ghani Khan (1914 – 1996), fils du grand Bacha Khan (dirigeant politique pacifique de la NWFP), considéré comme le plus grand poète pachtoune du 20e siècle, dans son livre « The Pathans », 1947 :

« Il a les cheveux longs, soigneusement huilés et peignés, enveloppés dans un foulard de soie rouge qu’il enroule autour de sa tête comme la couronne de César. Il porte une fleur dans les cheveux et du khol sur ses yeux. Ses lèvres sont teintes de rouge avec de l’écorce de noyer. Il tient son sitar à la main et sa carabine à l’épaule. Vous penserez qu’il est très efféminé jusqu’à ce que vous ayiez regardé ses yeux. Son regard est clair, viril et audacieux. Il ne connaît pas la peur et ne vivra pas suffisamment longtemps pour connaître la mort. Il paie le prix le plus somptueux pour ces yeux faits et ces lèvres peintes. Ce fils de la tribu la plus courageuse des Pathans  ne se dérobe jamais au combat, et rit et chante lorsqu’il a peur. Il mourra bientôt au combat, cet homme brave, fort et beau qui ne sait que rire, aimer, se battre et rien d’autre. On ne lui a rien appris d’autre. Ecoutons sa chanson :

O the flowers are lined
In your hair
And your eyes, O my beloved,
Are like the flowers of Narcissus
O my priceless rare treasure,
O my life, O my soul,
O my little mountain poppy,
You are my morning star,
You the flower on the slope,
You the white snow on the peak.
Your laughter is the waterfall,
Your whispers the evening breeze
O my branch of apple-blossom,
Who spilt moonlight in your eyes?
O my little butterfly,
Come and live in my heart. « 

Au pays des Ouïghours sur France culture

cultures-isl.1292156935.jpgAu pays des Ouïghours invité à Cultures d’Islam d’Abdelwahab Meddeb.

Pour m’entendre cliquer ici.

Comment pénétrer dans les cœurs lorsque l’on se trouve en visite chez un peuple opprimé, contrôlé, assailli par un Etat puissant ? Comment retrouver l’expression d’une révolte entretenue à l’extérieur ? C’est à cette expérience qu’a été confrontée Sylvie Lasserre en entrant dans le Turkestan sous domination chinoise à partir du Kazakhstan, précisément du poste frontière de la ville de Korgas.

Ce voyage s’est déroulé après les émeutes et les heurts sanglants de l’été 2009 qui ont opposé la minorité ouïghoure à la majorité han à Urumqi, capitale de cette partie du Turkestan que les Chinois appellent Xinjiang. Sylvie Lasserre veut vivre de visu ce qui lui a été raconté par les Ouïghours qu’elle a rencontrés à Paris et en Europe, ceux avec qui elle a protesté en l’été 2009 au Trocadéro contre les exactions subies par leur peuple. Elle veut apporter matière vive à son amie Rebiya Kadeer, le leader qui incarne la cause ouïghoure dans ses pérégrinations de par le monde et à partir de son expatriation américaine.

D’ailleurs qui connaît la cause ouïghoure ? N’est-elle pas absente des consciences ? N’est-elle pas loin des urgences de la militance internationale ? Pourtant le problème est de même nature que celui du Tibet. Rappelons que les Ouïghours sont une population musulmane et turcophone vivant sous l’autorité de l’Etat chinois. L’accueil fait sur place à l’enquêteur est des plus circonspects. Les Ouïghours s’avèrent discrets et peu diserts. Peut-être l’expérience les a-t-elle rendus peu confiants. Personne ne parle d’oppression ni de revendication pour quelque cause nationale. Tandis que l’accès au culte semble libre à ceux qui n’appartiennent pas au parti ni ne collaborent aux structures officielles. La voyageuse décrit les cérémonies qui ont clos le mois de ramadan dans des mosquées qui débordent. Et le sort fait à la ville patrimoniale, Kashgar et ses monuments, appartient à la logique de l’Etat centralisateur qui folklorise les espaces de civilisation pour en faire des zones touristiques, dénaturant l’objet archéologique originel, l’adaptant à l’ordonnancement de l’espace selon ce qui constitue la norme dans les parcs Disney Land. Tout en cherchant à se faire oublier à eux-mêmes, les Ouïghours demeurent attachés à l’islam, à son culte. Un reste de rites soufis perdure comme le sama’, cet oratorio spirituel qui emporte les corps dans une danse procurant l’ivresse. De même, le chamanisme, quoique réprouvé, dénigré, interdit, continue d’être exercé sous l’autorité de formules islamiques. Le syncrétisme ancestral persiste. Mais la pression est forte pour banaliser l’habitus han chez les Ouïghours. La politique de peuplement et l’investissement infrastructurel destiné à agrandir les villes fera des Ouïghours une petite minorité à l’intérieur du territoire de leurs ancêtres.

Bibliographie :

Sylvie Lasserre, Voyage au pays des Ouïghours (Turkestan chinois, début du XXIe siècle), éditions Cartouche, 2010

Invité(s) :
Sylvie Lasserre , reporter et photographe

Thème(s) : Idées| Asie| Idéologie| Ouïghours

Trois voyageuses en solitaire en Chine : Elodie Bernard, Clara Arnaud, Sylvie Lasserre‏

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A l’occasion de la sortie de leur  livre :
 
– Le vol du paon mène à Lhassa, Elodie Bernard
– Sur les chemins de Chine, Clara Arnaud
– Voyage au pays des Ouïghours, Sylvie Lasserre
 
La Maison d’Asie centrale vous invite à une rencontre signature avec Clara Arnaud, Elodie Bernard et Sylvie Lasserre samedi 30 octobre de 15 à 16h00 au Zango bar, 15 rue du Cygne, Métro Etienne Marcel. Paris.

Sortie en librairie du « Voyage au pays des Ouïghours »

couvertureouighoursface.1274037471.jpgDepuis le temps que je vous parle des Ouïghours, voici enfin le livre que je leur ai consacré, paru aux Editions Cartouche…

 » Voyage au pays des Ouïghours  » sort en librairie le 21 mai 2010.

Les illustrations sont d’Alisher Alikulov, célèbre peintre d’Ouzbékistan.

A cette occasion, je vous propose quelques rencontres :

Signature du livre mardi 18 mai de 18h00 à 19h30 chez Mohanjeet, 21 rue Saint-Sulpice, Paris 6e. Métro Odéon

– Projection documentaire  » Une journaliste chez les Ouïghours du Turkestan chinois  » de l’auteur, organisée par Transboréal / ABM, en présence de l’auteur, suivie d’une signature. Jeudi 20 mai à 20h30, FIAP, 30 rue Cabanis, Paris 14e. Métro Saint-Jacques.

– Projection documentaire  » Voyage en pays ouïghour  » en présence de l’auteur, suivie d’une signature,  à la Maison d’Europe et d’Orient le 25 mai à 19h00. 3, passage Hennel, Paris 12e – Métro Gare de Lyon, Bastille, Quai de la Rapée ou Reuilly-Diderot.

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« Nous vivons dans un immense camp de concentration à ciel ouvert ! » C’est armée de cette phrase de la célèbre dissidente Rebiya Kadeer que Sylvie Lasserre gagne le Turkestan chinois, le pays des Ouïghours. En reportage avec un visa de tourisme, d’Almaty, au Kazakhstan, à Urumqi en passant par Ghulja, puis d’Urumqi à Kachgar et Turfan, elle parcourt près de 6 000 km en train, en taxi collectif, en triporteur pour se heurter à… un mur de silence.

Un constat : la colonisation han progresse à vive allure jusqu’aux confins de l’Asie centrale. Les rêves d’indépendance ne sont jamais très loin, mais partout l’on se tait. Turkestan – pire « Ouïghouristan » – est un mot qui conduit directement en prison. Pékin a instauré un régime de terreur, les espions sont partout. Une culture millénaire est menacée de disparition et ne laissera bientôt place qu’à un folklore fossilisé pour touristes.
Tout au long de son voyage, Sylvie Lasserre est frappée par l’absence de sourires, la tristesse des visages, si gais d’habitude en Asie centrale. Au Turkestan chinois, la joie s’en est allée. Beaucoup rêvent de partir à l’étranger : « Ici nous n’avons aucun avenir. » Mais les passeports des Ouïghours ont été confisqués. Autre fait marquant : l’ignorance dans laquelle Pékin maintient ce peuple, par un contrôle efficace des médias. « Tout ce que l’on sait, c’est par vous, les étrangers, qu’on l’apprend. »
Partie en quête de témoignages et de faits précis, l’auteur, qui a le plus grand mal à délier les langues, poursuit ses recherches sur les traditions et l’histoire : sur les traces du premier royaume ouïghour à Kara Balgassoun, située dans l’actuelle Mongolie, puis des momies du Taklamakan vieilles de quatre millénaires, au cirque du célèbre funambule Adil Hoshur, en passant par la maison d’un chamane qui n’a plus le droit d’exercer, sans oublier, à Kashgar, le fameux samâ – ronde des hommes au lendemain de la fin du ramadan – et le quartier transformé en « Ouïghourland », ainsi que les mausolées des saints soufis de la région… Mais partout, ce sera le silence. Le reste, elle l’approfondira en Occident à son retour.
À l’issue de ce voyage, le choix entre journalisme et militantisme s’avère difficile. À la suite des événements sanglants de l’été 2009 survenus à Urumqi, Sylvie Lasserre opte pour le militantisme, mettant en veille son activité professionnelle pour une dizaine de mois afin de mieux se consacrer à ce peuple oublié du reste du monde. Au point que Rebiya Kadeer, qu’elle rencontre à plusieurs reprises, lui propose d’occuper une fonction au sein du World Uyghur Congress.

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Photo : Sylvie Lasserre et Rebiya Kadeer, présidente du World Uyghur Congress (Genève).

L’auteur

Sylvie Lasserre est reporter, éditrice et photographe, passionnée par l’Asie centrale et les peuples turciques. Elle est l’auteur d’une soixantaine d’articles et reportages sur l’Asie centrale principalement, dont une vingtaine sur les Ouïghours, de reportages radio (Radio Suisse Romande) et de plusieurs expositions photographiques. Née à Meknès au Maroc, docteur en physique diplomée de la Faculté des sciences d’Orsay et du Politecnico de Milan, elle abandonne en 2004 la carrière d’ingénieur qu’elle mène depuis treize ans pour se consacrer au journalisme, ce qui l’amène à collaborer avec la presse française et internationale (Le Monde 2, Le Soir, Le Temps, Die Welt, La Stampa, Courrier international, Elle, Marie Claire international, L’Actualité, L’Hebdo, Cosmopolitan, La Presse, Le Monde, Libération, L’Express Mag, Internazionale, The Guardian…).

En 2008, elle devient membre de la Société asiatique et, l’année suivante, à la suite des événements survenus au Xinjiang, se détourne temporairement du journalisme pour se consacrer à la cause ouïghoure et lancer les Éditions d’Asie centrale. Elle anime le blog « Sur les routes d’Asie centrale » et dirige la Maison d’Asie centrale, une association destinée à promouvoir la culture centrasiatique en France, notamment grâce à l’organisation d’événements culturels.

Sylvie Lasserre, qui a vécu en France, Italie et en Belgique, et parle six langues, partage aujourd’hui son temps entre la France, l’Asie centrale et la Turquie.