Kohistan. Les 5 femmes égorgées pour avoir dansé sont-elles toujours en vie ?

Lundi 7 janvier 2013

Les femmes de la vidéo prisonnières en attendant leur condamnation.

A première vue, l’histoire est très compliquée. D’abord, il y a les victimes, cinq femmes, présumées égorgées au mois de mai.

Il y a ensuite l’assassinat de trois frères, le 1er janvier.

Tout commence au mois de mars 2012, lors d’un mariage dans un village du Kohistan, au nord du Pakistan. Des femmes dansent avec des hommes qui ne sont pas de leur famille pendant la noce. Scandale. Déshonneur. C’est ainsi chez les Pachtounes et les Kohistani.

Mais le scandale éclate deux mois plus tard, en mai, quand deux frères, Bin Yasir (20 ans) et Gul Nazar (21 ans), ayant dansé et filmé la scène, rendent la vidéo publique. Déshonneur sur la famille des femmes, qui demande réparation. Une jirga locale condamne à mort les cinq femmes et les deux hommes ayant dansé ensemble. Alors que ces derniers réussissent à s’enfuir, les femmes sont séquestrées en attendant l’exécution de la sentence.

Voir aussi la note « Condamnés à mort pour avoir dansé » de ce blog.

Quelque temps après, l’affaire surgit à grand bruit dans les médias. Suite à cela, les hommes de la jirga à l’origine du verdict sont arrêtés et les femmes mises en lieu sûr. Mais… impossible de savoir ce qu’il est advenu d’elles. D’ailleurs, sont-elles toujours vivantes ? Les bruits courent, contradictoires. Certains affirment que les cinq femmes ont été égorgées.  Le Ministre de l’information de KhyberPakhtunkwa, Mian Iftikhar Hussein, se rend sur place afin de tirer les choses au clair. Après enquête, il annonce que les femmes sont bien vivantes et en lieu sûr. Mais…  cela ne convainc pas tout le monde. Le frère de deux des « victimes » confirme qu’elles sont vivantes mais refuse de les présenter aux enquêteurs sous prétexte de purdah (selon la tradition tribale, les femmes ne doivent pas se montrer aux hommes ne faisant pas partie de leur famille proche).

Il s’agirait d’une lutte entre deux tribus : les Azad Kehl, la tribu des femmes, et les Saleh Khel, celle des hommes ayant dansé et à l’origine de la vidéo et de sa diffusion. Noter que la jirga est présidée par Maulvi  Javed, un ancien de la tribu des Azad Kehl, celle des femmes.

Quant à Mohamad Afzal, le frère aîné de Bin Yasir et Gul Nazar, il ne cesse de clamer que les femmes ont été assassinées le 31 mai et que sa famille est en danger.

I swear to God the women have been killed and my innocent brothers fell prey to the tribal culture,” says Afzal. PHOTO: FILE

Rebondissement : le 1er janvier 2013, soit sept mois après le début de l’affaire, trois des frères de ce même Mohamad Afzal sont effectivement assassinés : Shah Faisal (37 ans), Rafiuddin (32 ans) et Sher Wali (35 ans), alors que douze jours plus tôt, le 18 décembre, les deux plus jeunes, Bin Yasir et Gul Nazar (à l’origine de la vidéo), ont été libérés de prison. Selon Afzal, une douzaine d’hommes armés de la tribu Azad Kehl (celle des femmes) sont venus les attaquer. Trois femmes et un vieil homme ont également été blessés durant l’attaque. Selon le vieil homme, l’oncle d’Afzal, ce sont une centaine d’hommes qui auraiententouré la maison et fait irruption avant de tirer.

Pourtant, Mian Iftikhar Hussein assure à nouveau que les femmes sont bien vivantes : « Tout le village a pu en témoigner. »

Mais Afzal clame que personne ne l’écoute car il est pauvre et que, depuis le scandale de la vidéo, huit personnes ont été déjà tuées. Ses trois frères assassinés laissent douze orphelins, tandis que ses deux jeunes frères se cachent quelque part depuis leur libération. Des six frères, Afzal reste seul pour supporter la famille. Aucune mesure n’a été prise pour protéger les siens.

Quant aux cinq femmes, impossible de savoir si oui ou non elles sont vivantes.

Dernière mise à jour : 4 principaux suspects ont été arrêtés : Maulvi Javed (à la tête de la jirga qui a prononcé le verdict), Maulvi Noorul Haq, Mausam Khan et Baseer.

12 janvier 2013 : les derniers suspects viennent d’être arrêtés. A présent, douze personnes sont sous les verrous pour le triple meurtre des frères. Quid des 5 femmes ? Aucune information à leur sujet, ce qui augure du pire.

En savoir plus :

Kohistan dancing girls video scandal

Kohistan video scandal: Man says his three brothers were killed on jirga order

Police arrest four masterminds of Kohistan video scandal

Pak ‘jirga’ sentences 6 to death for attending mixed gathering

Wedding video enigma: Months on, Kohistan tribesmen settle scores

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