Le destin tragique d’Adolphe von Schlagintweit

Aviez-vous entendu parler des frères Schlagintweit ? Ils sont cinq, nés en Bavière, dont trois explorateurs en Haute-Asie : Hermann, Adolphe et Robert, nés au début du XIXe siècle. Les trois frères, qui avaient plus d’une corde à leur arc (aquarellistes, botanistes, glaciologues, etc.), se distinguèrent par leurs explorations du Tibet et du Turkestan oriental, au point de recevoir en 1859 le grand prix de la Société de Géographie de Paris.

Hermann (1826 – 1882), notamment, est reconnu pour la qualité de ses aquarelles :

Notez que c’est à titre posthume qu’Adolphe (1829 – 1857) reçut son prix. En effet, celui-ci disparut en 1857. De source quasi certaine, il fut décapité par Wali Khan, l’émir de Kashgar, son crâne couronnant une pyramide d’autres crânes à l’entrée de la ville. Quant aux circonstances exactes de sa mort, ses frères enquêtèrent longtemps.

A la fin de l’année 1856, les trois frères, qui se trouvaient au Punjab, se séparèrent. Robert et Hermann rentrèrent en Europe, tandis qu’Adolphe souhaitait séjourner une année de plus dans la région afin, notamment, d’explorer plusieurs parties inconnues du Tibet et du Turkestan.

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Adolphe von Schlagintweit.

Déguisé en marchand indien, il était accompagné d’une impressionnante caravane lorsqu’il quitta Rawalpindi le 13 décembre 1856 : « plusieurs guides, de nombreux domestiques, quelques-uns armés, et, outre les chevaux, des yaks chargés des provisions, des tentes et des marchandises, soieries, tapis, vêtements, destinés à servir aux échanges ou à être donnés en présents ; enfin, un troupeau de bétail, moutons, chèvres, etc. ». Autant de précautions nécessaires pour passer l’Himalaya par des chemins inconnus.

Début août 1857, la caravane se trouve à cinq jours de Yarkand, au Turkestan. Mais Schlagintweit apprend que des combats ont lieu du côté de Yarkand et Kashgar, entre les émirs turks et les Chinois qui n’ont de cesse d’occuper ces bastions du Turkestan. Kashgar était alors au pouvoir de Wali Khan, un émir cruel. Néanmoins, Shlagintweit décida de poursuivre sa route vers la cité, renvoyant tout de même à Lahore par précaution ses manuscrits, dessins et collections. Ayant demandé une audience à Wali Khan, « Celui-ci, pour toute réponse, l’aurait fait arrêter et conduire en sa présence avec son escorte. Puis, sans vouloir entendre aucune explication, sur-le-champ il lui aurait fait trancher la tête hors de la ville ».

Lire l’article de la revue Le Tour du Monde (1860)  : « Mort du voyageur Adolphe Schlagintweit dans le Turkestan »

Voir aussi : « On the death of M. Adolphe Schlagintweit« .

Sa tombe se trouve à Münich car, quelques années plus tard, un anthropologue kazakh, se rendit à Kashgar, retrouva et rapporta ses restes en Russie. Mais ceci fera l’objet d’un autre post.

« The Edge of the bazaar » : somptueux documentaire ouïghour

Lundi 2 mars 2015

Surtout ne manquez pas de le visionner ! C’est d’une poésie folle, sans paroles mais tout est dit. Un documentaire sur la vie rurale des Ouïghours, tourné dans la région de Kashgar, fait par des étudiants Ouïghours.

Il est en accès libre sur Youtube et dure 30 minutes :  The edge of the bazaar

Alors ?

C’est cette culture qui aura bientôt disparu, écrasée par le rouleau compresseur chinois.

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Portfolio : Les belles de Kashgar

 

Kashgar © Sylvie Lasserre

Kashgar © Sylvie Lasserre

PORTFOLIO : Les belles de Kashgar

Samedi 13 décembre 2014

Cela menaçait depuis longtemps. Des affiches indiquant le type de voile à porter, celui à ne pas porter, la barbe à porter avaient fleuri dans les rues du Turkestan chinois (Xinjiang en Mandarin) :

10525896_700825856631522_914800288049308641_nUne campagne de délation pour signaler ceux qui tenteraient de se laisser pousser la barbe avait cours également, la récompense allant de 5.50 à 5 500 euros à l’appui pour toute information concernant des « activités religieuses illégales ».

Désormais, une loi interdisant le voile islamique dans les lieux publics d’Urumqi a été votée le 10 décembre 2014 : « Le comité permanent du conseil municipal d’Urumqi a voté l’interdiction du port du foulard islamique dans les lieux publics de la capitale de la province chinoise du Xinjiang, a annoncé jeudi le gouvernement régional. »

Portfolio : Les belles de Kashgar

Régulièrement des accidents surviennent lors de raids dans les maisons pour permettre à la police de vérifier si les femmes sont voilées.

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Les actes désespérés des Ouïghours. Tiananmen #Chine

Lundi matin, place Tiananmen, à Pékin. © Capture YouTube

Jeudi 7 novembre 2007

Chers amis lecteurs,

Rapidement parce que j’ai peu de temps, j’aimerais tout de même m’exprimer au sujet de l’accident de Tiananmen que les Chinois tentent de faire passer pour un attentat suicide. Je n’entrerai pas dans les détails de ces « mini-attaques » d’Ouïghours contre des postes de police qui ont lieu de temps à autre, avec des couteaux pour toute arme, ni de ces pseudo détournements d’avion, toujours au couteau, dont seraient coupables des Ouïghours, et que les médias étatiques tentent de monter en épingle sans succès.

Alors, que penser de cette attaque à Tiananmen ? Un attentat-suicide perpétré par des terroristes comme le qualifie Pékin, qui n’a de cesse de faire passer les Ouïghours pour des terroristes, ceci afin de mieux les opprimer ? La réalité : un homme accompagné de sa mère (70 ans) et de sa femme qui ont foncé à bord de leur véhicule dans la foule sur la place Tiananmen, tuant 2 personnes et en blessant une quarantaine d’autres, avant de s’immoler et de trouver la mort.

Tenter de faire passer les Ouïghours pour des terroristes n’est pas une stratégie nouvelle pour Pékin. Je vous renvoie à l’un de mes articles qui date déjà de 2008 à ce sujet : Les Ouïgours, ethnie présumée terroriste.

Franchement, comment un géant comme la Chine, avec son armée d’au moins 2 millions d’hommes – sans compter les Bingtuan – peut elle faire croire au monde qu’elle craint une poignée d’hommes armés de simples couteaux ? Le simple fait que ces quelques attaques n’utilisent d’autres armes que des couteaux est criant : l’oppression de Pékin contre les Ouïghours et la surveillance dont ils font l’objet est telle qu’il leur est bien évidemment impossible de se procurer des armes.

Comme me le disait très justement un ami ouïghour, il s’agit d’actes de désespoir, un peu comme les immolations des Tibétains. Il estévident qu’en perpétrant ce type d’attaques, ces hommes se savent condamnés d’avance – la plupart du temps à mort puisque c’est la sanction.

Pour plus de détails sur ces « attaques terroristes » ouïghoures, je vous renvoie à l’excellent blog de Stéphane Lagarde, Encres de Chine : 8 questions autour du « 11 septembre » chinois.

Et bien-sûr je vous recommande la lecture de mon livre « Voyage au pays des Ouïghours« .

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Chine. Amis Ouïghours, tenez-vous coi !

Mardi 5 novembre 2013

Sympa, la dernière campagne touristique pour le Turkestan oriental (pays des Ouïghours) qui circule dans le métro à Pékin ! Jugez-vous même :

« Let’s visit Xinjiang ». Source @steve0george

Un jeune militaire han, dynamique, invite à visiter le Xinjiang, la Région autonome ouïghoure où sont de plus en plus colonisés et opprimés les Ouïghours.

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Chine. La minorité ouïghoure de plus en plus opprimée et désespérée

Dimanche 30 juin 2013

Les troupes militaires Han envahissent la capitale Urumqi. La population ouïghoure est terrorisée.

A l’approche de l’anniversaire des événements d’Urumqi de juillet 2009 (5 juillet), la situation au Turkestan oriental (Xinjiang en chinois) est de plus en plus tendue pour les Ouïghours (peuple musulman et turcophone, plus grande minorité de Chine). Voir note de ce blog : Graves émeutes à Urumqi. Des milliers d’Ouïgours manifestent leur colère.

Le 26 juin, graves troubles à Lukqun (près de Turpan) : des Ouïghours armés de couteaux attaquent un commissariat de police. La police tire sur la foule. Bilan 35 morts. Selon le World Uyghur Congress (WUC), 67 Ouïghours auraient été arrêtés, le plus jeune âgé de 13 ans. Les incidents auraient éclaté suite au meurtre en avril d’un garçonnet ouïghour de sept ans, battu à mort par un adulte han, crime resté impuni : Uyghur Boy Hacked to Death in Xinjiang.

Le 29 juin, des violences éclatent à Hotan au sud du Turkestan oriental: Suite à un raid de la police autour d’une mosquée pendant la prière – car l’imam aurait dévié son prêche du discours politiquement autorisé -, une centaine d’Ouïghours se seraient attaqués à un poste de police, toujours armés de couteaux. La police aurait tué deux personnes.

Toujours le 29 juin, les médias rapportent un déploiement militaire impressionnant à Urumqi, la capitale du Turkestan oriental. En prévision du triste anniversaire ?

Selon des témoins, la situation, déjà très tendue pour les Ouïghours dont la culture disparaît à vue d’oeil, a empiré depuis les événements de juillet 2009. Les mesures de rétortion sont de plus en plus nombreuses : descentes de police régulières dans les maisons pour « vérifications ». Les femmes qui portent le voile traditionnel sont de plus en plus harcelées, ainsi que les hommes qui portent la barbe. Les mosquées sont surveillées. Obligation d’y mettre le drapeaux chinois. Démolitions forcées, dont celle de la ville de Kashgar, perle de la route de la Soie à jamais disparue et transformée en une ville moderne chinoise standardisée.

Urumqi le 1er juillet.

C’est ce climat de terreur qui conduirait des Ouïghours désespérés à s’attaquer à des commissariats munis de simples couteaux pour en découdre avec le colon han :  » C’est par désespoir et colère qu’ils commettent ces actes suicidaires, » commente un Ouïghour.

Rien à voir avec le terrorisme, pourtant c’est au nom du terrorisme, brandi comme un étendard, que Pékin écrase le peuple autochtone et sa culture.

Selon le porte-parole du WUC, « Ces attaques à l’arme blanche sont des actes de survie ».

Impossible de vérifier le nombre exact de morts et d’arrestations, la presse étant totalement muselée.

Last but not least : la presse officielle chinoise rapporte que les violences ne sont pas dues à un « conflit ethnique » mais au « terrorisme » (sic !).

PORTRAIT. Rebiya Kadeer, dissidente ouïghoure nominée pour le prix Nobel de la Paix 2008

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Rebiya Kadeer, Munich Juillet 2007 © Sylvie Lasserre

Rebiya Kadeer, dissidente ouïghoure nominée pour le prix Nobel de la Paix

Genève, Palais des Nations Unies, mars 2007. Première rencontre. Elle regarde droit devant elle. Pas un cil ne bouge. Impressionnante. A sa droite, son interprète lit en anglais le discours qu’elle a écrit. Puis elle remercie : « Rahmat ! » – merci en ouïgour – et s’excuse de ne pas encore bien parler anglais. Elle promet : « Bientôt ». Elle apprend. Deux ans seulement qu’elle est sortie de prison. Elle est là pour représenter son peuple, les Ouïgours, qu’elle veut libérer des persécutions et du joug chinois. Rebiya Kadeer a déjà payé très cher son combat.

 

Sept ans dans les geôles d’Urumqi, la capitale du Xinjiang. A l’isolement. Les deux premières années, une cellule de deux mètres sur deux, sans fenêtre, avec pour tout matelas le sol dur de sa prison. Ensuite, cinq minutes d’air frais dans la cour tous les quarante cinq jours. « Je m’étais juré de me consacrer à la cause des Ouïgours si jamais je sortais vivante de prison. C’est ça qui m’a donné la force de tenir ! C’est la seule chose ! Sinon… autant mourir… » En effet, comment a-t-elle pu supporter l’enfermement, elle qui est née dans les montagnes reculées de l’Altaï, le berceau des peuples türks – Kirghizes, Ouzbeks, Turkmènes, Kazakhs, Turcs, Azéris, Ouïgours… -, là où « c’est très vert, il y a plein d’animaux sauvages et d’oiseaux » ?

Sa vie avait pourtant pris des allures de « success story » de roman. La petite fille pauvre de l’Altaï qui prend sa revanche et bâtit une fortune colossale… « Je me suis mariée très jeune. Mon premier époux gagnait 75 yuans – environ sept euros – par mois. Cela ne suffisait pas pour nourrir notre famille alors j’ai commencé à faire un peu de commerce. Je fabriquais des chaussures, des robes… Puis je les vendais. »

Près de trente ans plus tard, à l’époque de son arrestation en 1999, Rebiya Kadeer est à la tête d’un véritable empire commercial. Femme d’affaire, milliardaire, membre du parlement chinois… Aujourd’hui, il ne lui reste plus que quelques photos pour témoigner des années fastes. Sur celle-ci on la voit en compagnie de Bill Gates, sur celle-là avec Li Peng, l’ex-premier ministre chinois, sur cette autre avec une star de cinéma. Elle rit. Elle est drôle. Loin de s’appesantir sur son sort, elle plaisante en tournant les pages de son album.

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Rebiya Kadeer, Munich Juillet 2007 © Sylvie Lasserre

Après sa libération en mars 2005, Rebiya Kadeer ne reverra jamais son pays. « Les autorités chinoises m’ont mise directement dans un avion. Ils craignaient que je continue à faire de la propagande. » Destination Washington. C’est là qu’elle vit depuis, en exil forcé, avec son second époux, Sidik Rouzi, qui l’y avait précédée. Lui aussi a fui le régime de Pékin : « Mon mari a été incarcéré de 1968 à 1977 pour avoir conduit une manifestation à Urumqi. Il réclamait l’indépendance et la liberté pour les Ouïgours. Quelques années après sa libération, il risquait un second emprisonnement, cette fois pour ses écrits, alors il a décidé de s’enfuir. » Comment l’a-t-elle connu ? « J’avais entendu parler de lui et de son activité. Je voulais le rencontrer. Un jour, je suis allée lui rendre visite en prison. Et voilà… » Elle rit. Ils auront six enfants. Elle en a déjà cinq de son premier mariage.

Quelques mois après sa sortie de prison, en novembre 2006, Rebiya Kadeer est élue présidente du World Uyghur Congress (WUC), l’organisme qui chapeaute les 49 organisations militant pour les droits des Ouïgours. Prix Rafto 2004 – ce prix récompense une personnalité ayant agi pour les droits de l’homme –, nominée pour le prix Nobel de la Paix en 2005, 2006, 2007 et 2008, elle espère beaucoup de cette distinction : « Si je reçois le prix Nobel, le monde entier sera au courant de la cause ouïgour. Comme pour le Tibet. Nous pourrons enfin obtenir le support de la communauté internationale. » Elle a besoin des médias. De la pression internationale. Besoin que l’on sache.

En effet… Qui a entendu parler des Ouïgours, ce peuple turcophone et musulman qui vit aux confins de la Chine, sur ce vaste territoire qui s’étend depuis le Kazakhstan jusqu’au Pakistan ? Ils sont pourtant neuf millions, vivant dans la Région autonome ouïgoure du Xinjiang (RAOX). Quand ils évoquent leur pays, les Ouïgours ne disent jamais Xinjiang – nouveaux territoires en chinois – mais Turkestan oriental.

Là-bas, la moindre velléité de séparatisme peut être punie de mort. Il faut dire que le sous-sol du Xinjiang regorge de pétrole et de gaz… Comme les Tibétains, les Ouïgours connaissent l’oppression han. Contrairement à eux, ils ne bénéficient pas de l’appui des médias. Il leur manquait une figure emblématique, à l’image de celle du Dalaï Lama. Lacune que se dépêche aujourd’hui de réparer Rebiya Kadeer. D’autant plus que la situation devient urgente. Depuis quelques années, la colonisation han s’intensifie. La culture des Ouïgours est en train de disparaître dans l’indifférence générale. Eux avec, par assimilation forcée. On leur interdit de pratiquer la plupart de leurs traditions. Les Chinois han représentent aujourd’hui plus de la moitié de la population du Xinjiang. Ils n’étaient que 300 000, soient 4 %, en 1949.

 

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Rebiya Kadeer, Munich Juillet 2007 © Sylvie Lasserre

Munich, juillet 2007. Siège du WUC. Je retrouve Rebiya Kadeer, venue participer à une réunion du Comité exécutif du World Uyghur Congress. « Depuis septembre 2001, la répression s’est amplifiée. Le gouvernement chinois utilise de nouvelles formes de persécutions. Des millions de colons chinois s’installent chez nous. Ils font ce qu’ils veulent, ils ont du travail et de belles maisons alors que nos jeunes ne trouvent pas d’emplois et que la plupart des Ouïgours vivent dans la pauvreté. Les hommes sont arrêtés au moindre prétexte, faussement accusés de terrorisme. Les jeunes filles célibataires sont incitées à partir travailler comme main d’œuvre bon marché à l’est du pays. La pratique de la plupart de nos traditions est interdite. L’enseignement, autrefois en ouïgour, se fait désormais en chinois. » Elle parle de plus en plus vite, scande son discours avec les mains. Ses mots claquent, sa voix est sûre.

Après son arrestation pour avoir dénoncé au Parlement la tuerie de Guldja, Rebiya Kadeer sera arrêtée en août 1999.« J’avais rendez-vous avec une délégation américaine venue enquêter sur la situation des droits de l’homme au Xinjiang. Alors que j’approchais de leur hôtel, une centaine de policiers a encerclé le quartier. Il y avait aussi les services secrets, venus pour m’arrêter. J’ai réussi à les repousser, à m’échapper et à grimper sur le toit d’une voiture. Je hurlais : ‘Au secours ! Au secours !’ Mais ils ont fini par m’attraper. Ils m’ont mis quelque chose sur la bouche et m’ont emmenée. Des gens dans la rue m’ont reconnue et ont pu prévenir mes enfants. » S’ensuit une condamnation à huit ans de prison. Motif : « divulgation de secrets d’Etat ». On lui reproche d’avoir envoyé des coupures de presse à son mari, réfugié politique aux Etats-Unis… Elle sera libérée sept ans plus tard, pour raison de santé, grâce à la pression internationale et en particulier à l’intervention de Condoleezza Rice et d’Amnesty International.

Cinq de ses enfants sont restés en Chine. Trois de ses fils ont été arrêtés fin 2006, les deux autres sont sous étroite surveillance. « Ablikim vient d’être condamné à neuf ans de prison, ils l’ont torturé, il va très mal. Je suis inquiète. Alim a été condamné à sept ans. » Officiellement, pour évasion fiscale. En réalité, à cause du combat qu’elle mène.

Ton pays te manque ? « Bien-sûr… Je leur ai demandé de pouvoir y retourner au moins une fois encore… » Tu as demandé… au gouvernement chinois ? Elle fait oui de la tête. Tu penses qu’ils vont… Elle fait non. Silence. Elle pleure.

Copyright Sylvie Lasserre. Article paru dans Le Monde 2, La Stampa, Elle Belgique, Le Temps.

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