Pakistan. Le projet des veuves du tandur s’est bien terminé !

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Chers donatrices, chers donateurs,

Longtemps sans donner de nouvelles alors que le projet est terminé depuis plusieurs mois. Ce n’est pas que celles-ci soient mauvaises, c’est que… je n’ai pas eu (ou pris) le temps de « reporter ». Désolée, mais en voici enfin, et des bonnes… D’emblée, nous pouvons vous dire que le projet a été un succès à 80 % !

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Ce n’est qu’au mois de janvier de cette année que nous avons pu rendre visite aux veuves du projet, faute de temps avant, afin de prendre de leurs nouvelles. Il faut dire qu’elles vivent toutes dans des banlieues éloignées de la capitale Islamabad, et dans des directions opposées. Ajouter à cela le fait que dans ces banlieues, même avec une adresse – si vous avez la chance d’en avoir une -, jamais vous ne trouverez l’endroit. De plus, rares sont les veuves qui possèdent un téléphone portable, et lorsqu’elles en ont un, il est déchargé la plupart du temps. Enfin nombre d’entre elles ne savent pas honorer un rendez-vous. Bref vous l’aurez compris, « reporter » sur le projet a pris beaucoup de temps.

Voici donc comment s’est déroulé le projet :

Après des séries d’interviews conduits en notre domicile – proche du tandur) au mois de février 2014 et au tandur (pour cela nous avons loué les services de deux jeunes femmes pachtounes) en juin 2014, nous avons sélectionné 13 femmes qui nous ont semblé être parmi les plus nécessiteuses, plus une exception, le jeune Amangul, 13 ans, que sa famille envoie tous les soirs au tandur après une dure journée de labeur. Soit au total 14 bénéficiaires du projet pilote. Voir en annexe la liste finale des bénéficiaires.

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Interviews au tandur (ici Amangul est interviewé)

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Interviews au tandur

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Interviews au tandur

Puis mi-mars Shafiq et moi nous sommes absentés deux mois, ce qui a interrompu le projet. Shafiq est rentré au Pakistan tandis que je restai à Paris et le 11 juin dernier, il organisait dans une école (dont il avait réussi, non sans mal, à convaincre la directrice de prêter un local gracieusement pour le projet) un « orientation consultative meeting » d’une journée rassemblant toutes les veuves (toutes ont pu venir car l’école se trouve juste derrière le tandur).

Pour l’occasion, il avait fait réaliser la bannière suivante :

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Voici quelques photos du meeting :

L’équipe est au complet : 13 femmes et Amangul, plus les deux assistantes qui ont conduit les interviews et procèdent à la journée de consultation et orientation.

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Durant la journée de consultation et orientation

Chacune a exprimé ses souhaits. Comme nous étions à une semaine du ramadan, il a donc été prévu pour chaque famille un package de ramadan de 5000 rupees (environ 46 euros). C’est la coutume, pour fêter la fin du ramadan, tous les musulmans doivent se vêtir d’habits neufs. Ce fut donc une petite contribution pour aider ces familles à cette occasion.

La moitié des femmes (6) ont exprimé le souhait de posséder une machine à coudre, quatre autres ont souhaité vendre des tissus (achetés moins chers près de Peshawar, revendus plus chers à Islamabad), une femme a souhaité acheter du matériel pour fabriquer des calottes de prières brodées de perles, une autre femme a souhaité faire du commerce de tissus dans un premier temps afin de pouvoir acheter une chèvre, Amangul a demandé une charrette à bras pour vendre des légumes, enfin, une dernière a demandé à acheter un rickshaw (une de ses connaissances vendait un rickshaw d’occasion).

Shafiq a ensuite procédé aux achats :

– 6 machines à coudre (chacune fournie avec une chaise et une table)

– un Qinjqi (rickshaw) : petit véhicule à moteurs à trois roues qui sert de taxi

– une charrette pour Amangul qui avait émis le souhait de vendre des légumes au bazar

– du matériel pour créer des calottes de prière

– pour 5 veuves des sets de tissus qu’elles sont allées elles-mêmes choisir et acheter (avec l’argent du projet, elles sont allées à Nowshera en transports publics).

Puis Shafiq a organisé dans les locaux de SSP (Social Services Program Pakistan)un training de trois jours pour les veuves qui avaient choisi la machine à coudre pour leur apprendre à s’en servir.

Shafiq a largement reporté sur Facebook, mais comme tout le monde n’a pas Facebook, je reprends ses photos :

10442569_646187928790426_5812744922174514456_nLivraison des machines à coudre et des meubles pour le training.

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Aman Gul (Balu)’s mother along with her kids (she has 8 kids, (Afghan Citizen) visited this morning SSP office and received their cheque of Rs.25,000/-. Aman Gul already ordered a Handcart and will start small business during the holy month of Ramadan. Wishing them all the BEST.

10422094_680543022021583_1381347107041990953_nWidows of the Tandur Project beneficiaries during training.

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Le marchand de machines à coudre explique aux femmes comment s’en servir.

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The beneficiaries while choosing the tissues they want to buy.

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Still, the widows in Nowshera choosing tissue.

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The widows confectioning prayer caps.

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Shafiq handing over keys of the Rickshaw to Shaheda Bibi, a selected beneficiary of the widows of Tandur Project.

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Shafiq giving a check to one widow for buying material to fabricate prayer caps.

Bilan

Une fois les femmes et Amangul équipés, qui de machines à coudre, qui de charrette, qui de rickshaw, qui de tissus, elles ont pu immédiatement démarrer leur entreprise.

Nous leur avons laissé le temps de faire tourner leur « entreprise » et c’est autour d’un chicken biryani dans les locaux de SSP que nous les avons retrouvées, le 25 janvier 2015, pour faire le point avec elles.

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Réunion autour d’un biryani debriefing.

Toutes les veuves n’étaient pas présentes (certaines sont passées le soir ou le lendemain !) Amangul qui avait dit qu’il viendrait, ne s’est pas montré. Voici donc ce qu’il ressort de nos entretiens de ce jour-là :

Laeq Zada : « Je ne vais plus au tandur. Je suis très contente, je n’aimais pas y aller. Maintenant on achète nos rotis. »

Laeq Zada est originaire de Bannu. Elle n’est pas réellement veuve mais c’est pareil son mari est si âgé qu’il ne peut plus rien faire (nombreuses sont les femmes pachtounes qui sont mariées dès leur plus jeune âge à des vieillards). Dans la famille : 3 filles, 2 fils et un vieux mari. 9 personnes dans la famille au total.

Elle a reçu une machine à coudre (plus une chaise, une table et 5000 rupees comme package de ramadan). C’est sa fille, Sohila, 18 ans qui coud des vêtements : shalwar kamiz dupata et vêtements d’enfants. Elle les fait aussi pour sa famille, c’est cela en moins à payer. Elles les vendent. Dans son quartier les gens lui portent le tissu et elle confectionne les habits. Laeq Zada dit ne plus aller au tandur, elle continue à faire des ménages dans une maison.

Laeq Zada a un fils de 35 ans qui ne peut plus travailler depuis un accident (une partie de son os de l’avant-bras manque : elle a porté une radio). Son fils pleure lorsqu’elle part travailler car il est devenu un poids inutile. Elle-même s’est mise à pleurer en racontant cela.

Elle fait payer 250 rupees pour un costume d’adulte, et 100 pour celui d’un enfant. Avec cela nous achetons des denrées alimentaires, des chaussures, des médicaments, dit-elle.

Depuis le début, elle a confectionné 30 costumes d’adulte (7500), 20 d’enfant (2000 rupees). Gains indirects supplémentaires : les vêtements qu’elle fait pour les membres de la famille.

Le projet l’a-t-elle aidée ? C’est juste mais notre vie s’est améliorée depuis le début du projet. Le projet nous a vraiment aidés car parfois mon mari a besoin de médicaments alors je prépare un ou deux ensembles et j’obtiens 500 rupees. Ou encore pour acheter des chaussures.

Que leur faudrait-il encore en plus pour aller encore mieux ? Son fils pourrait vendre par exemple des choses légères, des chaussures en plastique, ou tenir une boutique où elles vendraient les vêtements qu’elles fabriquent. Une location de boutique peut coûter 3000 rupees (28 euros) par mois.

Je ne vais plus au tandur. Je suis très contente, je n’aimais pas y aller. Maintenant on achète nos rotis.

Gul Raj

Gul Raj est veuve. Elle est de Nowshera. A reçu une machine à coudre, une table et une chaise et 5000 rupees de package de ramadan. C’est sa fille, Shahzia Gul, 16 ans, qui coud. Nous gagnons de l’argent avec cela. Elle coud également des galons sur des tchadors et des vêtements qu’elles vendent. (Ces machines sont multi-purpose). Shahzia Gul a obtenu un diplôme de couture d’une autre ONG, Sultana Foundation (avec une note de 90/100 en dress designing). Pendant le ramadan, nous avons gagné 7000 rupees. Récemment j’ai fait 10 à 15 ensembles. Avant je faisais payer 150 rupees par ensemble, maintenant je demande 200 rupees. Elle a porté un set de 3 pièces qu’elle nous montre et qu’elle doit coudre pour le lendemain.

Ce projet nous a aidées mais nous n’avons pas tous les jours des commandes, seulement de temps en temps. Ce n’est pas régulier. Car les gens pauvres ne font pas faire des vêtements tous les jours. De quoi de plus auriez-vous besoin ? J’ai deux autres filles, si chacune pouvait avoir une machine ce serait mieux. Et une charrette pour mon fils. Et moi je fais le ménage dans une maison.

Vous allez toujours au tandur ?

Non !

Les autres rient. Elle n’y va que de temps à autre en fait. Mais elle n’aime pas.

Rokia

Rokia est née à Kunduz. Elle a 5 filles, toutes mariées. Pas de fils, pas de mari.

A quitté Kunduz il y a trente ans. Son mari moudjahidine avait été tué par les Russes pendant la guerre.

A reçu une machine à coudre (une table, une chaise). Mais ne sait pas s’en servir. Une de ses petites-filles essaye d’apprendre. Elle a toujours la machine mais personne ne s’en sert. La machine est trop compliquée. Sa fille a besoin d’un training pour apprendre à s’en servir. Elle dit avoir besoin d’une chèvre (une autre femme du projet a reçu une chèvre). Visiblement, Rokia est physique, aime être dehors. Dit aimer aller au tandur. Elle continue d’y aller. N’a rien obtenu du projet. Elle veut une chèvre (coût d’une chèvre : entre 10000 et 20000 rupees).

Shafiqa

Shafiqa est née en Afghanistan à Kaboul. Deux fils et une fille. Un mari vieux 80 ans et malade. Venue au Pakistan il y a dix ans. On a perdu un fils. Puis on est venus au Pakistan. Je n’ai pas d’autre choix que de venir au tandur.

A reçu une machine à coudre, 5000 rupees cash, une table et une chaise. C’est son fils qui va l’utiliser, pour l’instant il est en formation depuis cinq mois (six mois de formation) chez un tailleur et se sert de la machine. Pour l’instant il fait des shalwar. Mon autre fils n’a pas de NIC (carte d’identité) alors il ne peut pas travailler sinon la police l’attrapera.

De quoi aurait-elle besoin en plus ? Elle fait des ménages et gagne 3000 rupees par mois, et son loyer est de 3000 rupees. Ce projet ne nous a pas aidés encore mais nous aidera bientôt, inshallah.

Anjuman

5 enfants. Mari vieux et sourd, ne fait rien.

A reçu des tissus pour faire des vêtements achetés à Charsada plus le package de ramadan (5000 rupees). Elle les revend à Islamabad (porte à porte…). A déjà accompli 4 cycles, à raison de 4000 rupees par cycle (cela couvre son loyer 3000 rupees et l’école de son fils 1000 rupees). Il lui reste du tissu pour 5 ou 6 costumes à la maison. Heureuse du projet. Ne retourne plus que de temps à autre au tandur.

Gul Bibi

Veuve. 3 filles 2 fils. Née en Afghanistan à Djalalabad

A reçu du matériel pour confectionner des calottes de prière et le package de ramadan 000 rupees) qu’elle vend à Peshawar à un commerçant (55 rupees l’un)

Je ne vais plus au tandur qu’une fois par semaine. En plus ils donnent moins de rotis maintenant.

Mumtaz Begum (vieille femme qui pleurait)

A reçu des tissus achetés à Noshera qu’elle revend. A déjà effectué trois cycles, mais il ne lui reste plus que 9000 rupees (son stock s’amenuise) car elle a dû payer 10000 rupees à sa fille puis un petit-fils est mort, cela lui a coûté à nouveau 10000 rupees.

Amna

Née à Attock, près de Nowshera. A reçu une machine à coudre, une table, une chaise et le package de ramadan. C’est son mari tailleur qui utilise la machine à coudre dans une boutique (il ne travaillait plus faute de matériel). Il est installé avec un autre tailleur et fabrique un ou deux costumes par jour. Il gagne 7000 to 8000 rupees par mois. Il travaille tous les jours mais il reverse un peu au patron de la boutique. Maintenant la vie est beaucoup mieux dit Amna. Elle continue pourtant d’aller au tandur car trop de charges. 2 fils une fille. Et elle nettoye des vêtements elle gagne 1000 rupees (8.5 euros) par mois.

Amangül

Travaille toujours au tandur (il a appris ce métier qu’il semble bien maîtriser). Il y a maintenant été embauché (maintenant il a quinze ans). C’est son frère qui vend des légumes avec la charrette

Shaheeda Bibi

Elle a reçu un rickshaw et le package de ramadan. Nous n’avons pas réussi à la revoir mais aux dernières nouvelles son rickshaw nécessitait réparation.

Nazish est veuve. Elle est née à Malakand Agency.

A reçu le package de ramadan et 23 tissus coûteux (équivalent des 33 tissus de moins bonne qualité que ceux des autres veuves) a Nowshera. Je les ai vendus à Rawalpindi dans mon quartier. Elle a gagné environ 15 000 rupees. Il me reste 3 tissus à la maison. Avec l’argent j’ai acheté un bébé chèvre. Pour qu’elle grandisse et fasse des petits. Elle n’est pas encore adulte.

Khan Begum

Veuve. A reçu des tissus et le package de ramadan. Est passée chez nous en notre absence. Nous ne lui avons pas parlé.

Chez les veuves

En février nous sommes allés visiter la maison de certaines d’entre elles. Elles vivent dans des conditions très précaires, à plusieurs dans une seule pièce et pour des loyers exorbitants (5000 à 6000 rupees pour une pièce où s’entasse une famille entière). (Par soucis de discrétion nous ne dirons pas qui est qui.)

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Deux veuves, dans la maison – pièce unique – de l’une d’elles.

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Jeune veuve, elle a un fils et vit dans deux pièces chez son vieux père avec ses frères et belles-sœurs. Ici avec sa chèvre.

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Cette femme pose avec son mari malade qui a pu reprendre son activité de tailleur grâce au projet (il partage le loyer de cette échoppe avec un autre tailleur).

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Cette jeune fille est fille d’une veuve, c’est elle qui coud tandis que sa mère continue à faire des ménages. Elles vivent dans une pièce unique.

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Cette jeune fille également coud des vêtements à la place de sa mère veuve. Elles sont si pauvres qu’elles ont gardé la table et la chaise (en haut sur l’étagère) pour la dot de la jeune fille.

Conclusion

Nous pouvons dire que le projet a été un succès dans le sens où il a amélioré le quotidien de 80% des 14 familles. Nous aurions pu atteindre 100% si un support avait pu être fourni à certaines veuves, mais compte tenu du budget, ce n’était pas possible.

Il apparaît que toutes ces familles gagneraient à être aidées encore plus car elles restent extrêmement pauvres. Il faudrait pour cela monter un projet dans la continuité de ce projet pilote, de taille plus conséquente afin de pouvoir en aider un plus grand nombre. Pour cela nous devons trouver un financement et c’est ce que nous allons faire, chercher un organisme ou une fondation intéressée pour le financer. Si certains d’entre vous ont des suggestions, merci de nous les communiquer.

Un hommage à Shafiq !

Un hommage spécial à Shafiq qui a consacré beaucoup de son temps et d’énergie, par des chaleurs inhumaines et en sus des projets de sa propre ONG, SSP, afin de mettre en œuvre et mener à bien le projet.

Contreparties

Concernant les contreparties que nous vous avons promises, je dois encore faire le point, tout comptabiliser et les préparer. Cela aussi prend du temps. Nous pensons organiser à Paris une réunion de clôture du projet, ce qui nous donnera l’occasion et le plaisir d’échanger avec vous et de répondre à vos questions. Nous en profiterons alors pour vous remettre directement les contreparties. Et plus tard nous enverrons les leurs à celles et ceux qui ne seraient pas venus.

D’ici là, nous restons à votre dispositions pour répondre à toutes vos questions ou écouter vos suggestions et commentaires !

Un grand merci à toutes et à tous encore pour votre généreuse mobilisation, un grand bravo aussi et en particulier à Shafiq !

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Islamabad engloutie sous une chappe de poussière

Dimanche 21 décembre 2014

C’est un projet pharaonique, le Metro Bus Project, qui vise à relier Rawalpindi à Islamabad et désencombrer Muree Road, une artère toujours engorgée qui relie Rawalpindi à la capitale.

Chantier du Metro Islamabad-Rawalpindi © Sylvie LasserreChantier du Metro Islamabad-Rawalpindi © Sylvie Lasserre

Mais… depuis, la capitale est engorgée d’embouteillages, du jamais vu jusqu’alors et surtout, la capitale s’est recouverte d’un halo gigantesque de poussière depuis quelques mois. Impossible d’apercevoir les Margala Hills par beau temps, pourtant toujours visible d’habitude). Certains jours, le soleil disparaît presque dans un ciel pourtant sans nuage.

Chantier du Metro d'Islamabad © Sylvie LasserreChantier du Metro d’Islamabad © Sylvie Lasserre

Les médecins commencent à lancer l’alarme, s’inquiétant pour les conséquences sur les habitants d’Islamabad et Rawalpindi. Ils reçoivent de plus en plus de patients gênés ou devenus allergique à cette poussière infernale, due semble-t-il, à de mauvaises pratiques de construction. Par exemple le chantier devrait être arrosé, ce qui n’est pas le cas.

Les montagnes Margala, normalement visibles en arrière-plan, restent invisibles depuis le début du chantier il y a plusieurs mois.    Les montagnes Margala, normalement visibles en arrière-plan,
     restent invisibles depuis le début du chantier il y a plusieurs mois.

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PAKISTAN. Des nouvelles du projet « Les veuves du tandur »

Banière du projet "Les veuves du tandur"

Banière du projet « Les veuves du tandur »

Réunion de lancement à l'école proche du tandur.

Réunion de lancement à l’école proche du tandur.

Réunion de lancement du projet avec les quinze familles identifiées

Réunion de lancement du projet avec les quinze familles identifiées

Les quinze familles-pilote identifiées, lire : http://lamaisondasiecentrale.typepad.com/les_veuves_du_tandur/2014/06/les-quinze-famiulles-pilote-identifi%C3%A9es.html

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Au coeur du quartier du tribunal d’Islamabad où s’est produite l’attaque qui a tué 11 personnes

Dans l'office d'un des nombreux avocats du quartier touché par l'attaque d'hier.  Copyright Sylvie Lasserre

Dans l’office d’un des nombreux avocats du quartier touché par l’attaque d’hier. © Sylvie Lasserre

Mardi 4 mars 2014

Il y a quelques jours je partageais cet album sur ma page FB : At the public notary #Pakistan (pour visualiser si vous ne faites pas partie de mes amis, envoyer une « friend request », ma page est publique : https://www.facebook.com/sylvielasserre2012)
C’est dans ce quartier, autour du tribunal, que s’est produit l’attentat d’hier qui a tué 11 personnes et en a blessées 29 autres à Islamabad. Ces hommes que vous voyez sur les photos font peut-être partie des victimes.
Les assassins, quatre à sept selon les témoignages, sont arrivés à bord d’un Land Cruiser. Ils sont entrés dans le quartier, un dédale de ruelles, ont tiré sur les juristes, épargnant les civils, avançant au hasard, puis se dirigeant vers la chambre du juge Rafaqat Awan. 
Selon des témoins, ce dernier a été abattu après avoir avoir été pourchassé par son agresseur, lequel, bardé d’explosifs, sauta peu après sous les tirs d’une équipe anti-terroriste.
Il était connu pour avoir rejeté une plainte contre le précédent président Musharraf pour les opérations de 2007 à la mosquée rouge.
A quelques blocs de là, un second suicider s’explosa provoquant de graves dégâts.
Aujourd’hui le Ministre de l’intérieur est mis en cause pour négligence concernant la sécurité d’Islamabad.
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Islamabad a saigné ce matin

Les ruelles du quartier du tribunal où s'est produite l'attaque. © Sylvie Lasserre

Les ruelles du quartier du tribunal où s’est produite l’attaque. © Sylvie Lasserre

Lundi 3 mars 2014

C’est un petit quartier bien tranquille d’Islamabad, où l’on se rend de temps à autre pour faire établir des documents officiels par un notaire ou un avocat. Il y a trois jours encore je m’y trouvais pour faire faire une attestation. Des bureaux ouverts sur les ruelles, officines vieillottes aux murs défraichis mais où s’affairent une multitudes de juristes et de clients.

Mais à 10:15 ce matin, alors que les Taliban du TTP viennent d’annoncer un cessez-le-feu d’un mois, ce sont deux attentats-suicides consécutifs qui ont frappé les abords du tribunal du secteur central F-8 d’Islamabad.

11 personnes ont été tuées, dont un juge et plusieurs avocats, 29 autres blessées.

Cela faisait plusieurs années que la capitale n’avait connu de tel attentat (le dernier remonte à 2011).

L’attaque a été immédiatement démentie par le TTP. Un peu plus tard dans la journée, elle a été revendiquée par un groupe peu connu, Ahrar-ul-Hind, qui aurait déclaré :  » Nous sommes un groupe indépendant et n’avons aucun lien avec le TTP, dont nous faisions partie auparavant mais aujourd’hui nous opérons indépendamment. Nous ne sommes pas en faveur du cessez-le-feu, ni des négociations de paix car c’est non islamique. Notre exigence principale est l’application de la sharia, qui n’a pas été mentionnée lors de ces pourparlers. »

A Islamabad, l’alerte, déjà rouge, est à son maximum depuis ce matin. Soldats, police, check-posts…. Ce matin, alors que je m’apprête à entrer dans l’enclave diplomatique – pour un visa -, déjà ultra sécurisée, je comprends que quelque chose s’est passé. Contrôles des véhicules à l’entrée plus minutieux que jamais.

Ensuite, plus aucune navette. Les navettes sont obligatoires pour  circuler dans l’enclave.  On nous fait attendre sans nous dire ce qui se passe. Nos téléphones ont été déposés à l’entrée. Enfin, après une heure et demie, on peut partir. Mais après cinq minutes : tout est bloqué à nouveau. On fait descendre tous les hommes, la navette est fouillée par des hommes armés, on remonte, on doit exhiber nos tickets, on doit se laisser filmer par un militaire, etc. C’est dans la navette que l’on apprendra la cause de ce surcroit de mesures de sécurité.

Les attentats, la peur des attentats, c’est le lot des Pakistanais, cela est ancré au plus profond de chacun. C’est une peur qui ne quitte personne, dès lors que l’on se trouve dans un lieu public.

Ce soir, en passant près d’un petit parc, dans un quartier tranquille et vert, j’observe une mer de cranes. La nuit est noire et je ne distingue que cela, éclairés par un lampadaire. Très étrange, d’autant plus que cette forme mouvante est totalement silencieuse. Mon mari me dit : « Ce sont des funérailles. Attends-moi, j’y vais, je n’en ai pas pour longtemps. » Et soudain j’imagine que le défunt est peut-être une victime de l’attentat de ce matin. Lorsqu’il revient, S. me dit : « C’est une victime de ce matin. Nous étions près d’un millier, incroyable… tant de monde… Je l’ai vu, il souriait, j’ai rarement vu un mort sourire comme ça, un vrai shaheed (martyr). »

Ce martyr, c’était Rao Abdul Rashid, avocat.

Les funérailles de Rao Abdul Rashid, victime de l'attentat du 3 mars à Islamabad. Copyright Sylvie Lasserre
Les funérailles de Rao Abdul Rashid, victime de l’attentat du 3 mars à Islamabad. © Sylvie Lasserre

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Pakistan. Prisonnières du pain

Islamabad, 18 mai 2013

Reportage radio en ligne : Autour d’un tandur, dans les rues de la capitale pakistanise.

Pour aider ces veuves, cliquez ici : Les veuves du tandur 

 English version

Ces femmes, veuves pour la plupart, passent chaque jour 7 à 8 heures assises en face du tandur pour recevoir quelques nans (pains). © Sylvie Lasserre

Elles sont assises en tailleur sur des tapis de plastique posés sur la poussière du trottoir, juste en face du « tandur« , le four à nans, les pains en forme de galette d’Asie centrale et du Pakistan. Ce sont des veuves pour la plupart, ou bien des femmes dont les maris handicapés sont incapables de travailler. Des réfugiées afghanes aussi, dont les familles ont été chassées par l’invasion soviétique en Afghanistan (1979 – 1989) et qui n’ont jamais réussi à reprendre pieds.

Chaque jour, les femmes arrivent invariablement entre 16h00 et 17h00 et prennent place sur le sol. Elles emmènent avec elles leurs enfants et resteront là jusqu’à 23 heures, voire minuit. Vers dix heures du soir, les plus jeunes enfants, épuisés, s’endorment, allongés à même le sol. Ils devront attendre l’heure du départ, vers onze heures trente avant de parcourir le long chemin du retour qui les attend.

Le vendeur de chapal kebab s’est installé à côté du tandur. La charité est une affaire qui marche. © Sylvie Lasserre

Pourquoi ? Pour recevoir quelques nans, et, éventuellement, le vendredi, des nans agrémentés d’un demi chapal kebab, une galette de viande hachée mélangée à de la mie de pain, spécialité de Peshawar. Cela dépend de la générosité et des moyens des bienfaiteurs. A côté du tandur s’est installé un vendeur de chapal kebabs. Il s’agit d’un business lucratif, puisque le propriétaire du tandur écoule entre 500 et 1000 nans par jour (13 roupies le nan, cela fait entre 6500 et 13000 roupies de chiffre d’affaire par jour). Le vendeur de chapal kebab nous confiait que son chiffre d’affaire était en moyenne de 10000 roupies par jour, soient 80 euros, soient 2400 euros par mois.

Le propriétaire distribue aux femmes les nans qu’un bienfaiteur vient de payer. Les mains se tendent. © Shafiq ur Rehman Yousafzai

Quatre ou cinq tandurs dans le quartier afghan d’Islamabad fonctionnent sur le même système de charité et font de bonnes affaires : le propriétaire du tandur cuit environ 500 nans à l’avance. Ensuite, les bienfaiteurs passent et achètent, qui 30 nans, qui 50 nans, qui plus encore. Le propriétaire distribue alors équitablement à chacune. Certains bienfaiteurs portent du riz ou autre chose. Mais c’est rare. Les femmes n’ont pas le droit de partir avant onze heures du soir : le propriétaire tient à écouler toute sa marchandise car si les bienfaiteurs ne sont pas assez nombreux, c’est lui qui offre les nans restants « mais il se rattrape le lendemain et nous avons moins de nans, » nous confie une des femmes.

« Ce n’est pas une vie! », nous confie cette dame en pleurs, veuve depuis 20 ans. © Shafiq ur Rehman Yousafzai

Le patron du tandur est irrité :  » J’ai commencé il y a une dizaine d’années à donner des nans aux pauvres. Puis des gens ont voulu également leur donner. Ca a commencé comme ça. Où vont les millions de l’UNHCR, de l’ONU ? Ici on n’en voit pas la couleur. Alors on le fait nous-même, regardez, cela ne demande pas de grands moyens !  »

Ces malheureuses sont donc condamnées, elles et leurs enfants, à passer la moitié de leur temps sur un trottoir à des heures indues, à une quinzaine de kilomètres de chez elles, pour recevoir une dizaine de nans.

Elles viennent en effet de très loin, de leur bidonville de maisons de boue, le kachi abadi, sans moyen de transport. Parfois en « autostop », parfois en van dont elles se partagent le prix de la course, parfois en « Suzuki », ces petits taxis collectifs richement décorés typiques du Pakistan. Une femme âgée nous confie en pleurs :  » Ce n’est pas une vie ! Je suis veuve depuis 20 ans !  »

Cette petite fille vient là tous les jours. © Shafiq ur Rehman Yousafzai

Un peu plus loin, un autre tandur à Peshawar More, la rue commerçante afghane. Le patron afghan semble enchanté :  » C’est un très bon business! J’ai fait ça en Afghanistan, aux Etats-Unis, au Pakistan !  » En face, les femmes et les enfants. Leurs petits ballots disposés autour d’elles, semblant de reconstitution de leur foyer puisque c’est là qu’il faut vivre en partie.  Un gamin au visage dur apparaît, comme fasciné et me sourit. Ici tout le monde l’appelle Baloo. Amangul a 12 ans et déjà des airs de petit adulte. Le visage abîmé par la faim, le travail, le manque de sommeil et peut-être les coups, il a le regard plein d’innocence des enfants. Amangul est originaire d’Afghanistan. Où est ta mère ?  » Elle n’est pas là.  » En fait, Amangul vient là chaque soir, seul, équipé d’un grand sac en plastique, pour rapporter la pitance de toute la famille. Tu vas à l’école ? « Non. » Outre les longues heures noctures passées au tandur, Amangul travaille aussi le jour : il décharge des caisses de volaille. Je ne lui pas demandé quand il dormait…

Assise au milieu de ses compagnes d’infortune devenues des amies depuis le temps, Roshangul, 35 ans environ, est originaire d’Afghanistan, de Jalalabad. Sept enfants dont cinq filles, elle vient là chaque soir depuis plusieurs années accompagnée de ses deux fils.  Son mari, trop âgé et aveugle, ne peut plus travailler.  » Ma famille a quitté l’Afghanistan durant l’invasion soviétique. Je ne m’en souviens plus, j’étais trop petite. Nous avons vécu dans une misère extrême à Peshawar. Puis j’ai été mariée, il était déjà très vieux, j’avais douze ans peut-être. Depuis, nous vivons dans des kachi abadi. »

Aujourd’hui elle vit dans le bidonville qui se trouve entre Rawalpindi et Islamabad, en face de l’hypermarché Métro, à une quinzaine de kilomètres du tandur. Voir et écouter : Dans les maisons de boue du kachi abadi d’Islamabad.

Hier dans la nuit, Roshangul a accepté de nous conduire chez elle. Le kachi abadi, mer de toits plats que l’on distingue à peine, est plongé dans le noir. Ici point d’électricité. Point d’eau courante non plus.

Kachi abadi, bidonville de maisons de boue d’Islamabad. Là vivent une grande partie des femmes qui vivent de la charité du tandur. © Sylvie Lasserre

Nous nous enfonçons dans les ruelles étroites et sombres. Un mètre à peine entre les murs bas. Un fossé creusé pour l’écoulement des eaux. Nous traversons un terrain vague en hâte et en silence, passons un « pont » de planches de bois éparses. C’est loin ? Roshangul nous indique en chuchotant sa maison, qui se trouve à la lisière d’une falaise de terre, en haut d’une butte qui surplombe un ruisseau.  » Chaque soir à minuit, je passe par là,  » nous informe Roshangul. La maison est creusée dans la falaise. Une enceinte de boue entoure une cour rectangulaire ; de part et d’autre une pièce séparée de l’extérieur d’un simple rideau. Pas de fenêtres, pas de meuble. Quelques tentures au mur, c’est tout. Deux familles se partagent ce lieu, une pièce chacune.

A gauche la famille d’une autre femme du tandur, dont le mari se drogue. A droite, la famille de Roshangul. Dans la cour, des ustensiles de cuisine posés sur une étagère de terre. Près de l’entrée, une pièce minuscule en terre, la « salle de bain ». Pas d’eau courante, pas d’électricité ici.

Le loyer ? 5000 roupies par mois (environ 40 euros), un prix exhorbitant pour le kachi abadi. Les primo-occupants des lieux, originaires de l’Agence de Mohmand, avaient construit ces maisons alors qu’ils avaient fui les combats dans leur zone tribale. Aujourd’hui certains les relouent à plus pauvres qu’eux. Comment payez-vous le loyer ?  » Mon fils travaille au marché des fruits, il gagne entre 5000 et 6000 roupies par mois ; Avant je faisais le ménage chez une femme afghane à Islamabad, je gagnais 4000 roupies par mois, mais elle est partie.  »

Pourquoi ne pas installer un tandur proche du kachi abadi, qui fonctionnerait selon le même système ?  » C’est un business, répond Roshangul. Ici il n’y a pas assez de gens riches, cela ne marcherait pas.  »

L’espoir de Roshangul : que ses enfants, qui vont à l’école, puissent la soutenir plus tard.

Pour aider ces femmes, cliquez ici : Les veuves du tandur

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Pakistan. Women prisoners of bread

Islamabad, May 18th, 2013

Radio story online : Autour d’un tandur, dans les rues de la capitale pakistanise.

To help these women, click here : the widows of the tandur

                                                                    French version

These women, most of them being widows, spend every day 7 to 8 hours sitting in front of a tandur to receive a few nans (breads). © Sylvie Lasserre

They sit cross-legged on plastic mats laid on the dust of the sidewalk, right in front of a « tandur » (nan oven, the nans are the common round shaped breads in Central Asia and Pakistan). Most of them are widows, or have a disabled husband. They are issued from those Afghan refugees families that have been displaced by the Soviet invasion of Afghanistan (1979 – 1989) and have never managed to overcome misery since then.
Every day, the women invariably arrive between 16:00 and 17:00 and take place on the ground. They bring with them their children and stay there up to 23 hours or midnight. About ten o’clock in the night the younger children, exhausted, fall asleep, lying on the floor. They have to wait for the time of departure, half past eleven, before traveling the long return journey that awaits them.

The chapal kebab seller moved next to the tandur. Charity is a good business. © Sylvie Lasserre

Why? To receive a few nans, and possibly on Friday, the half of a chapal kebab inside their nan (chapal kebab is a round shaped piece of minced meat mixed with bread, a specialty of Peshawar). It depends on the generosity of the benefactors and on their means. Next to the tandur moved the chapal kebabs seller. It is a profitable business, as the owner of the tandur sells 500 to 1000 nans per day (13 rupees per nan, it makes 6500 to 13 000 rupees each day). The chapal kebabs seller told us that its turnover averaged 10 000 rupees per day, it means 80 euros per day or 2400 euros per month.

The owner of the tandur distributes nans to the women as a benefactor just came and bought breads. They stretch out their hands. © Shafiq ur Rehman Yousafzai

Four to five such tandur in Islamabad Afghan district operate on the same system of charity and are doing good business: The owner of the tandur cooks 500 nans in advance. Then the benefactors come and buy 30 nans, 50 nans or even more. The owner then distributes equally to each woman. Some benefactors include rice or something else. But this is rare. Women are not allowed to leave before eleven o’clock in the night as the owner wishes to sell all his prepared nans and if the benefactors are not enough, it is he who provides the remaining nans. « But he makes up for it the next day and we get less nans, » shares one of the women.

« This is not a life! » cries out this lady, widow for 20 years, in tears. © Shafiq ur Rehman Yousafzai

The boss of Tandur is angry: « I started a decade ago to give nans to the poor, then people wanted also to give them. This is how it started. Where are the millions of the UNHCR, of the UN? Here we do not see the sign of it. So we do it ourselves. Look! it does not require much!  »
These poor women are condemned with their children to spend half the time on a sidewalk at odd hours, about fifteen miles from home, just to receive ten nans.

They are indeed very far from their mudhouses slum, kachi abadi, without any transportation mean. Sometimes they « hitchhike », sometimes they share the fare of a van or a « Suzuki », these small richly decorated taxis typical in Pakistan.

This little girl comes here every day.  © Shafiq ur Rehman Yousafzai

A little further, another tandur in Peshawar More, the Afghan shopping street. The Afghan boss seems delighted: « This is a very good business! I did that in Afghanistan, in the United States, in Pakistan! » Opposite side, the women and their young children, with their little bundles arranged around them, a semblance of reconstruction of their homes, since this is here they have to live part of their life.

A tough-faced kid appears, fascinated, and smiles to me. Everybody here calls him Baloo. Amangul is 12 years old and looks already a small adult. Despite his face damaged by hunger, work, lack of sleep and perhaps the punches he receives, his look is still full of the innocence of children. Amangul is from Afghanistan. Where is your mother? « She is not there. » In fact, Amangul comes to the tandur every night, alone, with a large plastic bag to bring back the sustenance of the family. Do you go to school? « No. » Besides the long hours spent at the tandur at night time, Amangul also works during the day: he unloads crates of poultry. I did not ask him when he slept…
Sitting among his companions in misfortune – that became friends since then – Roshangul, about 35 years, is a native of Jalalabad, Afghanistan. Seven children, including five daughters, she comes here every night with her two sons since many years. Her husband, too old and blind, cannot work anymore. « My family left Afghanistan during the Soviet invasion. I do not remember, I was too small. We lived in an extreme poverty in Peshawar. Then I was married, he was already very old, I was twelve. Since then we live in different kachi abadi.  »

Today she lives in the slum that lies between Rawalpindi and Islamabad, in front of the Metro hypermarket, fifteen kilometers away from the tandur. Watch and listen: In the mud houses of kachi abadi, Islamabad.
Last night, Roshangul agreed to drive us at her home. The kachi abadi, a sea of flat roofs barely distinguishable, is plunged into darkness. Here there is no electricity.
We plunge into the dark and narrow streets. Not even one meter between the two walls. A ditch dug for drainage goes along the streets. Hastily and in silence, we cross a wasteland, then a “bridge” made of scattered wood planks. « Is it still far? » Whispering, Roshangul shows us the way; her house is located at the edge of a cliff at the top of a hill, overlooking a stream. « Every night at midnight, I go there, » tells us Roshangul. The house is carved into the cliff. A mud wall surrounds a quadrangle yard; at each end two separate rooms, closed by a curtain. No window, no furniture. Some hangings on the wall, that’s all. Two families share this place, one room each.
In the left room, the family of another woman of the tandur, whose husband is a drug addict. In the right one, Roshangul’s family. In the courtyard, cooking utensils placed on a mudmade shelf. Near the entrance, a tiny room : the « bathroom ». No running water, no electricity here.

Kachi abadi, slum houses in Islamabad mud. There live a large portion of women who live in the love of Tandur.  © Sylvie Lasserre

The rent? 5000 rupees per month (about 40 euros), an exorbitant price for a kachi abadi. The primary occupants, some Mohmand Agency natives, had built these houses after they fled the fightings happening in their tribal area. Today, they rent the houses to poorer than them. How can u pay the rent? « My son works at the fruit market, he gets 5000 to 6000 rupees per month. Previously, I did housework at an Afghan woman’s house in Islamabad, I earned 4000 rupees a month, but she’s gone. »

Why not to install a tandur close to the kachi abadi, operating according to the same system? « This is a business, explains Roshangul. Here there are not enough rich people, it would not work. »
Roshangul’s only hope: that her children, who go to school, can support her later.

To help these women, click here : the widows of the tandur

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Pakistan. Conversation dans la cuisine : « J’ai donné mon fils à ma belle-soeur »

Lundi 8 avril 2013

A Islamabad, toutes les femmes de ménage sont chrétiennes *. La mienne aussi. Conversation ce matin alors que nous parlons du poste d’institutrice qu’elle vient d’obtenir :

– Avant je travaillais déjà dans une école mais quand j’ai accouché en décembre de l’enfant que j’ai donné à ma belle-soeur, et que j’ai demandé au directeur une semaine de congé de cnvalescence, il a refusé et ne m’a accordé que deux jours. Aux musulmanes, il donne une semaine ! Alors j’ai démissonné. C’est une question de fierté. Je préfère encore faire des ménages.

– Tu as donné ton bébé à ta belle-soeur ?

– Oui parce qu’ils n’arrivent pas à avoir d’enfant.

– Mais… et ton mari qu’a-t-il dit ?

– Il est content parce que c’est pour son frère, le problème vient de lui.

Ce matin Imrana est bavarde et moi j’ai envie de comprendre.

– Je l’ai tout de suite donné, dès qu’il est né, je ne l’ai même pas posé sur moi. Je l’ai fait uniquement pour elle. J’ai assez de deux enfants, je n’en veux pas plus car ensuite tu n’es pas capable de leur payer une bonne éducation. Quand je leur rends visite, je ne le prends pas dans mes bras, je ne peux même pas dire qu’il est mignon, cela me ferait… Je me dis que ce n’est pas mon fils.

– Quel âge a-t-il ?

– Il a trois mois… Je me dis que c’est Dieu qui m’en a fait cadeau, pour eux. Maintenant ils sont très heureux.

Imrana poursuit :

– Dans ma famille nous sommes six enfants et je suis la seule à avoir pu faire des études, parce que j’ai obtenu une bourse.

– Et tes frères et soeurs ?

– Ils n’ont pas eu de bourse, moi c’est parce que je travaillais très bien. J’étais toujours la première, j’avais des 99/100. Ils me payaient tout, même quand j’avais besoin d’un crayon, ils me le payaient.

Les familles pauvres ne peuvent offrir d’études à leurs enfants…

– Qui t’a donné une bourse ?

– C’est une famille de pasteurs allemands. C’est soeur Catherine qui nous a mis en relation. Elle cherche des bourses pour les enfants qui travaillent très bien afin de leur permettre de poursuivre leurs études. Ma mère, elle, a été mariée à treize ans et c’est elle qui a toujours travaillé pour nous élever car mon père est malade (il est très vieux, il avait 36 ans quand il a épousé ma mère). Elle est infirmière. Moi je ne me suis mariée qu’à 24 ans. Mon mari, lui, n’est pas lettré, mais il est très bon avec moi. Il m’aime beaucoup, j’ai de la chance. Bientôt il va me construire une cuisine, nous n’en avons pas, pour l’instant nous cuisinons dehors.

* On se référera aux posts précédents de ce blog sur les Chrétiens du Pakistan

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Nuit troublante au Pakistan. Fin de la « Longue Marche »

Supporters of Tahirul Qadri wave Pakistani flags during a protest in Islamabad. PHOTO: REUTERS

Lundi 14 janvier 2013 – mardi 15 janvier

Sera-ce un feu de paille ou un début de révolution ? Rentré il y a seulement un mois du Canada après plusieurs années, le religieux Tahirul Qadri à l’origine de la longue marche accuse le gouvernement de corruption et d’incompétence et souhaite mener une révolution pacifique.

Alors que la longue marche – qui rassemble 20000, 50000, 100000 personnes ou plus selon les sources -, est arrivée cette nuit à Islamabad (partie de Lahore) et se dirige vers le Parlement, on soupçonne Qadri d’être au service de forces étrangères et de vouloir instaurer le chaos dans le pays avant les élections présidentielles.

La longue marche a atteint Islamabad dans la soirée, Qadri dans un discours appelle à la dissolution du parlement.

4:00 am Islamabad. La foule tranquillement écarte les barricades pour tenter d’atteindre le parlement. Grande incertitude. On dit que RehmanMalik, le minitsre de l’interieur, discute avec le président et le PM.

Certains  traitent Qadri de fou, d’autres de sauveur. Lui-même s’auto proclame « Global Ambassador of Peace ».

Sur twitter les twitts se déchaînent. PTV, la télévision d’état ne couvre pas l’événement. La presse en général est relativement silencieuse. Les communications des portables auraient été rétablies à Islamabad, ce qui pourrait être dangereux pour les foules sur place.

Les partis politiques ne se sont toujours pas exprimé, pas plus que le gouvernement.

Tout se passe dans le calme. Les forces de police sont très peu nombreuses pour l’instant.

Grande incertitude donc sur cette nuit qui conclut la longue marche : sera-ce un feu de paille ou un début de révolution ? Qadri demande la dissolution des Assemblées avant demain 11h00.

On dit aussi que le parti d’Imran Khan PTI pourrait rejoindre Qadri.

D’aucuns pensent qu’un changement positif s’annonce pour le Pakistan.

Demain matin nous en dira plus.

15 janvier

Supporters of Allama Tahirul-Qadri, listen to their leader at a rally in Islamabad, Pakistan Tuesday, Jan. 15, 2013. — Photo by AP

8:00 Islamabad. Selon les témoins la police est intervenue brutalement dans la nuit, tentant de disperser la foule par des gaz lacrymogènes. Ce matin Jinnah Avenue on entend des coups de feu. Il s’agirait de tirs en l’air. La police tente d’empêcher les manifestants de passer. L’armée est présente. Rehman Malik a ordonné la protection de Qadri. 6 personnes auraient été blessées selon le MQI (Minhaj-ul-Quran International, le parti de Qadri).

La foule toujours amassée et calme attend, agitant des drapeaux et scandant des slogans. « Justice for all »! Musique diffusée par des haut-parleurs.

Selon Qadri un million de personnes ont participé à la marche (100000 selon la presse). Dans un premier discours, il a maintenu que « si aucune réforme n’est faite, les mêmes dirigeants corrompus seront élus lors des prochaines élections. »

Tahirul Qadri s’adressera aux marcheurs ce matin 11 heures au carrefour D-Chowk (Islamabad) où a été montée une scène.

Selon certains analystes, l’armée ne voit pas d’un mauvais oeil l’arrivée de quelqu’un comme Qadri qui met en lumière les défauts du gouvernement et les militaires joueraient peut-être un rôle en arrière plan en soutenant le leader du MQI. Les militaires ont nié soutenir Qadri.

13:30 Le discours de Qadri se prolonge. La deadline de 11:00 est passée. Discours principalement en anglais ce qui suscite des interrogations. Discours simple et fait d’évidences sur la démocratie, les besoins élémentaires des Pakistanais.

Nombreux s’interrogent : qui est derrière lui ? Il nie le soutien de l’armée ou de toute force étrangère : « An Invisible Force is behind me. Almighty Allah and His Beloved Prophet behind me. »

Excellente communication : Le discours de Qadri est ponctué de twits reprenant les points de son discours.

14:30 breaking news : Alors que Qadri poursuit son discour, la Cour Suprême annonce l’arrestation sous 24 heures du Premier Ministre pour une affaire de corruption. Une telle coïncidence fait penser à un coup judiciaire (Iftikhar Chaudry, le chef de la cour suprême).

Qadri appelle à poursuivre le sit-in à Islamabad et donnera la seconde partie de son discours demain. De son côté Imran Khan (PTI) a donné une conférence de presse à 17h00 où lui-aussi exhorte le gouvernement à démissionner. Les dirigeants du PPP accusent la Cour suprême et l’Armée de travailler ensemble contre le gouvernement.

Dans le Sindh suite à l’ordre d’arrestation du PM, on assiste à des mouvements de colère, notamment à Karachi où l’on entend des tirs en l’air et l’on brûle des pneus.

Enfin, l’avion de Zardari serait prêt à décoller pour Dubaï à tout moment.

16 janvier, minuit

Il semblerait que la longue marche ne soit qu’un feu de paille. Le discours me beaucoup trop démagogique de Qadri pour être sincère (et réaliste). Les 30 millions dépensés pour cet événement, qui les a financés ? Ce soir, faisant valoir des menaces terroristes (? …) le Ministre de l’intérieur sommait Qadri et les participants du sit-in de quitter les lieux au plus tard jeudi matin, faute de quoi il risquait d’y avoir de graves attentats…

Qadri sur son compte Twitter n’est pas dupe : « IMP for Media: Statements of attack on peaceful protesters of #LongMarch by Rehman Malik are condemnable. #TheRevolution  »

17 janvier : Ultimatum de Qadri au gouvernement : « La ‘deadline’ est à 15:00, ensuite nous agirons en conséquence. » Le gouvernement qui a accepté de rencontrer Qadri demande un délai de 90 minutes. Discussions en cours. Après une interruption pour la prière du soir, les discussions viennent de reprendre.

21:00 heure locale : un accord vient d’être trouvé entre Qadri et le gouvernement, qui prévoit la dissolution des Assemblées avant le 16 mars.

On apprend par ailleurs que la FIA (Federal Investigation Agency) lance une enquête sur le financement des 30 millions qui ont servi à financer la Longue Marche.

Suivre en direct les événements : http://www.c92.tv/

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