Pakistan. 9 himalayistes étrangers abattus au camp de base du Nanga Parbat

Dimanche 23 juin 2013.

Lundi après-midi, on apprend que 37 suspects ont été arrêtés et conduits en lieu secret pour interrogatoire. Mercredi (26 juin), la police annonce que les 16 assassins impliqués dans le massacre des himalayistes ont été identifiés. Toujours selon la police, ce sont tous des locaux : Dix d’entre eux sont des résidents de la vallée de Diamer, trois de Mansehra, les autres du Kohistan.

Lire aussi sur ce blog : La tragédie du Nanga Parbat frappe aussi et surtout le Pakistan.

Montagnes Nord Pakistan. © Sylvie Lasserre

Cette nuit, à une heure du matin, onze personnes, dix alpinistes (neuf étrangers et leur guide pakistanais) et un cuisinier pakistanais ont été abattus à leur camp de base au pied du Nanga Parbat, l’un des sommets les plus hauts du monde (8126 mètres) au lieu-dit Buner Nallah, province du Nord de Gilgit Baltistan.

Un endroit isolé, à 18 heures de marche de la piste. On disait le Gilgit Baltistan la région la plus sûre du Pakistan. Jamais jusqu’à présent aucun touriste n’avait été attaqué dans la province.

Selon les médias pakistanais, l’attaque a d’abord été revendiquée par le groupe terroriste Jundullah* . Leur porte-parole, Ahmed Marwat, aurait déclaré à l’agence Reuters par téléphone :  » Ces étrangers sont nos ennemis, nous revendiquons fièrement la responsabilité de ces assassinats et nous continuerons avec ce type d’attaques à l’avenir. »

Un peu plus tard dans la matinée, c’est le TTP qui revendique l’attaque, laquelle aurait été perpétrée par le Janud-e-Hafsa une faction du groupe terroriste, pour venger la mort de leur numéro deux, Waliur Rehman Mehsud, tué le 29 mai dans une attaque de drone américain.

Les tueurs, une quinzaine, auraient d’abord abattu le cuisinier pakistanais avant d’exécuter les alpinistes par balle. Ces premiers étaient déguisés en Gilgit Scouts, une habitude du Jundullah puisqu’ils étaient également déguisés en soldats lors d’une précédante attaque (voir note de bas de page) en février 2012 sur la KKH (Karakorum Highway).

Jeudi, une expédition en route vers le camp de base du Nanga Parbat. Crédit photo Pak Adventure (Facebook)

Selon le Ministre de l’Intérieur, Chaudhry Nisar, les assassins auraient kidnappé deux guides qui auraient mené les terroristes au camp de base. L’un d’eux a été tué, l’autre est interrogé par la police. 25 autres guides locaux ont été arrêtés et sont entendus par la police.

Camp de base du Nanga Parbat. Photo facebook.com/hunzaguidespakistan

La zone a été encerclée et les scouts de Gilgit-Baltistan, les rangers et la police mènent une véritable chassse à l’homme autour du Nanga Parbat pour arrêter les criminels.

Par ailleurs, la sécurité a été renforcée autour du Nanga Parbat afin qu’une telle tuerie ne se reproduise plus.

Les victimes, dont les corps ont été rapatriés à Islamabad en fin de journée, ont été identifiées à l’hôpital PIMS. Selon le Pamir Times, il s’agit d’Igor Svergun, Bodavi Koshaev, Dmitry Konyaev (Ukraine), Yang Chunfeng, Rao Jianfeng (Chine), Ernestas Marksaitis (Lithuanie), Anton Dobes (Slovaquie), Sona Sherpa (Népal) et Honglu Chen, un Américain d’origine chinoise.

Cinq des onze victimes. Yang Chunfeng (Chinese), Rao Jianfeng (Chinese), Honglu Chen (American of Chinese origin), Sona Sherpa (Nepalese), Ernestas Marksaitis (Lithuanian). Source Express Tribune

Il semblerait que les victimes rentraient d’expédition. L’une d’elles, Ernestas Marksaitis, indiquait le 4 juin son status Facebook :  » Cette nuit nous nous mettons en route pour Chilas… Dans trois jours nous aurons rejoint le camp de base du Nanga Parbat. »

tonight we will start on way to Chilas…after 3 days to Nanga Parbat BC

Lire aussi : Un attentat dans l’Himalya vise des alpinistes. Plusieurs Européens tués.

Lire également le récit d’un alpiniste qui avait quitté le camp de base la veille : Gabriel Filippi, l’alpiniste échappe à l’assassinat commis par les talibans.

* Ce même groupe avait exécuté 18 passagers d’un bus – parce qu’ils étaient chiites – après avoir tendu une embuscade sur la KKH (Karakorum Highway) en février 2012. A ce sujet lire également note de ce blog : « Exécutions sommaires de 18 passagers d’un bus sur la KKH« .

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L’Inde s’oppose au projet de barrage de Bhasha, crucial pour le Pakistan

Islamabad, March 4th 2013

Le site du barrage de Basha dans la province de Gilgit-Baltistan, au nord du Pakistan. DR

Dasu contre Bhasha. L’Inde s’oppose fermement à un important projet hydroélectrique du Pakistan, situé dans sa province de Gilgit-Baltistan (barrage de Diamer-Bhasha). Elle réclame au Pakistan de lui demander un NOC (Non Objection Certificate), ce qu’Islamabad voit d’un très mauvais oeil, d’autant plus que selon le quotidien pakistanais The News, la Banque Mondiale, financier du projet, serait sous influence indienne et à l’origine des informations sur le projet fournies à l’Inde.

Dès lors, changement de ton du Pakistan envers son bailleur de fonds :  » Cessez de nous dire quels projets nous devons conduire en priorité !  » Le Pakistan a été très clair là-dessus, il n’acceptera plus d’ordres en la matière.

L’endroit du fleuve Indus dans le Gilgit Baltistan où serait réalisé le projet de barrage de Basha. DR

Alors que le projet de barrage de Bhasha reste la priorité numéro un du pays, la Banque Mondiale se dit prête à financer le projet hydroélectrique de Dasu – selon le souhait indien. Pourtant, outre le fait que le barrage de Basha serait plus puissant que celui de Dasu, il permettrait également au Pakistan de mieux contrôler les inondations dévastatrices de l’Indus.

La Banque Mondiale, sous la pression de l’Inde – qui a par ailleurs demandé au Pakistan des informations très détaillées sur ses projets de barrages hydroélectriques -, persiste à pousser le Pakistan à opter pour Dasu.

Pour l’Inde, Gilgit-Baltistan, comme la région de l’AJK (Azad Jammu and Kashmir), est partie intégrale de son territoire, ce que réfute évidemment le Pakistan.

Le Pakistan fait face à une grave crise de l’énergie qui ralentit l’économie du pays et provoque de nombreuses heures de coupures de courant par jour.

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