Pakistan. Un balcon sur le Kashmir

Le parc national des Galyat, Nord Pakistan © Sylvie Lasserre

Nous sommes aux pieds de l’Himalaya, dans les Galyat, un parc naturel qui s’étend d’Abbottabad à Muree, une ville de villégiature au nord-est d’Islamabad. La forêt des Galyat est la plus vaste de la province de Khyber Pakhtunkwa.

Un chemin de montagne dont rêveraient tous les randonneurs : à flanc de montagne et… horizontal ! absolument horizontal sur quatre kilomètres, à 2500 mètres d’altitude, véritable balcon sur le somptueux Kashmir. En effet, ce chemin suit le parcours d’un pipeline d’eau, ce qui explique cette absence de tout dénivelé. Au loin les sommets enneigés du Kashmir.

Forêt luxuriante des Galyat au pied du chemin du pipeline © Sylvie Lasserre

La forêt luxuriante abonde de sombres conifères élancés. L’odeur délicieuse et tonifiante du cèdre déodar, les longues silhouettes des pins bleus, des ifs, des sapins argentés, des chênes et des maronniers.

Partant de Dunga Gali (2500 m), une petite ville proche de la célèbre et touristique Nathia Gali (2500 m), le chemin du pipeline, véritable balcon sur le Kashmir, serpente à 2500 mètres d’altitude à flanc de montagne pendant 4 kilomètres et mène au village d’Ayubia (2500 m). Il n’existe probablement pas d’équivalent dans le monde à ce chemin absolument horizontal. Edifié par les Britanniques au début du siècle dernier, il alimente en eau la petite ville d’Ayubia. 1100 hommes participèrent à sa construction qui dura sept années. Elle occasionna dix morts, ce que l’on imagine aisément tant les pentes sont abruptes et les coulées de neige nombreuses en hiver.

Toilette du matin pour ce « mina » (en urdu), j’ignore le nom en français. © Sylvie Lasserre

Deux policiers armés de Kalashnikov nous escortent pour notre sécurité car à cette époque le chemin est fermé aux visiteurs. Par endroits, d’épaisses plaques de neige barrent encore le passage. Adil, l’un des policiers, nous informe que la forêt est peuplée de  nombreux lions. Ces derniers sont préservés intentionnellement afin de protéger la forêt des trafiquants de bois, qui ont déjà coupé tant d’arbres, décimant les pentes du Nord Pakistan, notamment dans le Gilgit et le Baltistan. Le léopard des neiges vit ici également, et régulièrement attaque des femmes et des enfants, poussé par la faim vers les villages. On trouve aussi des renards des montagnes, des écureuils volants, des léopards d’Asie.

Ayubia, un balcon sur le Kashmir © Sylvie Lasserre

Récemment, nous raconte un policier, un étudiant de Peshawar s’est tué en chutant à la renverse dans le précipice alors qu’il posait pour une photo.

Arrivés à Ayubia nous emprunteons les télésièges qui nous emmènent au sommet à 2800 mètres d’altitude, avec vue imprenable sur les monts du Kashmir et d’Abbottabad.

Télésiège d’Ayubia, 2800 m © Sylvie Lasserre

Le long du trajet, de jeunes bergers chantent à l’attention des touristes (touristes pakistanais, car il n’y a guère plus de touristes étrangers ici), espérant récolter ainsi quelques pièces. Je regrette de n’avoir pas emporté de quoi les enregistrer tant leur voix était fraîche et merveilleuse.

Sur le bord du chemin, Nord Pakistan © Sylvie Lasserre

Alors que nous rentrons, des singes tenant leur nouveau-né se tiennent sur le bord de la sente. Une bande de perroquets alertés par notre approche s’élance dans les airs d’un vol élégant, émettant un chant joyeux. En contrebas, émergeant de l’immense frondaison, la clameur ininterrompue des oiseaux tropicaux qui célèbrent la nature et le printemps.

Un vol de perroquets, Nord Pakistan. © Sylvie Lasserre

Mon seul regret, la voix monotone d’Adil, le policier, qui chante en karaoké sur les paroles d’une musique hindi diffusée à plein volume sur son téléphone portable et couvre les chants d’oiseaux !

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