Afghanistan. Dix petits enfants tués par une frappe américaine de l’Otan

Lundi 8 avril 2013

La photo est terriblement choquante et révoltante. Dix petits enfants alignés, reposant sur un tapis et entourés d’une foule d’hommes, leurs pères et oncles sans doute. Ils sont beaux, semblent en pleine santé. On dirait qu’ils dorment. Mais non. Ils sont morts. Fauchés dimanche par une frappe américaine de l’Otan sur une maison de la Kunar, près de la frontière pakistanaise, appartenant à un commandant Taliban, Ali Khan.

Une femme aussi serait morte, cinq autres blessées.

Trop c’est trop. Toutes ces bavures qui s’accumulent… D’ailleurs, il ne s’agit pas ici de bavure. Comment parler de bavure quand on tire sur une maison un dimanche ? Tous ces enfants du même âge, toutes ces femmes. Peut-être s’étaient-elles réunies à l’occasion d’une fête. Ou entre voisines. Ces enfants étaient-ils cousins ? Voisins ?

Enfants afghans tués par une frappe américaine. Reuters

J’ai posté hier cette photo sur mon compte Facebook. Le choc est évident : 111 fois partagée. Les commentaires sont outrés :  » Ce n’est pas un crime contre l’humanité, ça ? » « Et cela s’appelle guerre contre le terrorisme ! » etc.

Mais aussi certaines personnes en France, s’étonnent : » Mais on n’en entend pas parler ! »

Oui en effet, ces chérubins n’ont eu droit qu’à quelques lignes ça et là dans la presse. Nos médias préfèrent nous servir des reportages guerriers « EMBEDDED » comme ils disent. Ca fait mieux monter l’adrénaline. Nos médias nous montrent les équipements dernier cri des armées. Formidable ! Mais les Afghans finalement qui s’en soucie ? Nous pleurons un de nos soldats morts en Afghanistan (et c’est normal aussi, mais c’est quand même son métier) à grands coups de cérémonies hyper-officialisées et médiatisées. Mais… ces enfants qui jouaient chez eux… Trois lignes.

A part celles de Karzaï, je n’ai pas lu ou entendu de condamnations officielles. Le président Karzaï à présent réclame une enquête. On imagine déjà les conclusions – si elle a lieu.

Selon le Général Amrullah Aman, un analyste militaire de Kabul qui s’est confié au New York Times, « les forces étrangères n’ont pas le droit d’effectuer de tirs aériens sur des zones peuplées. Dans la pratique c’est différent. Les Américains utilisent leurs forces aériennes dès qu’ils en ont besoin, peu importe à quel endroit, peu importe le nombre de décrets présidentiels émis. »

Selon les militaires américains, les attaques aériennes sont nécessaires pour protéger leurs soldats (sic) et permettent d’accéder à des zones inaccessibles autrement. Pourtant un décret présidentiel leur interdit les frappes sur des zones habitées. Comment qualifier alors cette attaque meurtrière contre des civils ?

Un épisode similaire avait déjà tué dix civils dans la même région au mois de février. A Ghazni dix jours plus tôt, deux enfants et quatre policiers étaient tués par un tir depuis un hélicoptère.

Quand donc l’Amérique comprendra-t-elle que si elle tue un commandant Taliban, il en viendra un autre pour le remplacer, et que plus elle assassine d’enfants, plus elle créera de nouveaux combattants Taliban en réaction. A moins que ce ne soit son objectif. Ou bien cherche-t-elle à éliminer le maximum de Taliban à n’importe quel prix avant son départ prochain au mépris des lois internationales et des droits de l’homme.

Photo Naymatullah Karyab AP

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