Une nouvelle galerie pour mes photos d’Asie centrale et du Pakistan

Je teste une nouvelle galerie pour accueillir mes photos :

Galleries | Sylvie Lasserre

Il me reste encore de nombreux reportages à ajouter. Mais déjà… qu’en pensez-vous ?

Merci pour vos commentaires !

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EAST TURKESTAN - UYGHURS TURQUIE REVERIES UZBEKISTAN TAJIKISTANKYRGYZSTANSWITZERLAND PAKISTAN

Turquie: Pas d’alcool en ce dimanche d’elections

Dimanche 12 juin

Surprise en ce dimanche matin d’elections en Turquie : cafes, cafes internet fermes et rayons d’alcools dans les supermarches solidement scotches.

C’etait une suprise, la police est passee ce matin, me raconte un patron de cafe internet.

Plus loin c’est un autre cafetier qui doit renvoyer ses clients, vers dix heures du matin.

Craintes des bagarres m’a-t-on dit. Reprise normale a 18h00.

Ce soir a 19:30, l’AKP, le parti d’Erdoğan, semble l’emporter haut la main avec pour l’instant un score de 51%. Resultats toujours en cours de depouillement.

L’incroyable odyssée de Tölegen le Kazakh : de Chine en Turquie, quatorze années.

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« Sur quarante nous ne sommes restés que deux ! Nous avons parcouru entre cinquante et soixante mille kilomètres à cheval, en chameau, à pieds, en bateau… » L’œil rusé et la langue bien pendue, Tölegen est presque une légende à lui tout seul… Une épopée de quatorze années, d’Urumqi (Turkestan oriental, Chine) à Istanbul.

C’est dans l’avion pour Istanbul que j’ai fait la connaissance de son petit-fils. Kadir, un Français d’origine turque vivant en banlieue parisienne, était assis à ma droite. Son air très centrasiatique avait excité ma curiosité.  » Vous êtes Turc ?  »  » Oui mais d’origine kazakhe. » Sa réponse avait devancé mes questions. Enfin je tenais un Turc d’Asie centrale !

Pas si vite. En fait son origine était récente :  » C’est mon grand-père qui est Kazakh. Ma mère elle est née en Turquie. Et moi je suis né en France.  » Non il ne remontait pas aux descendants des hordes de Genghis Khan. Tant pis…

A vrai dire Kadir ne savait pas trop. Il me disait :  » Ouais mon grand-père il est trop ! C’est quelqu’un d’important. C’est un personnage mon grand-père ! Sa vie elle est incroyable ! Il est né en Chine. Il te raconterait mieux lui-même !  » Je peux le rencontrer ?  » Ouais pas de problème ! Il est cool mon grand-père ! « 

Voilà comment j’ai rencontré Tölegen. Il vit à Güneşli – l’ensoleillée ? -, le quartier kazakh d’Istanbul.  » C’est lui qui a créé le quartier ! me raconte Kadir. C’est grâce à lui que les Kazakhs ont pu s’installer ici, c’est lui qui leur a prêté de l’argent. Ici tout le monde l’adore, tout le monde le respecte ! « 

tolegen-2.1224089795.jpgRendez-vous est pris. Deux jours plus tard, Kadir m’attend devant le commissariat de Güneşli puis me mène à l’immeuble du fameux grand-père où chaque membre de la famille possède un appartement. Kadir, son frère Kaan, et ses parents, y passent tous leurs étés.

Le grand-père me reçoit dans un immense salon, vide presque, à la mode türque. Sur le pourtour, des canapés. C’est la pièce pour les hôtes, comme on en trouve dans chaque maison en Asie centrale. Tölegen, soixante-dix huit ans, a les yeux malicieux et rieurs. D’emblée il m’est sympathique. Il m’invite à m’asseoir.

Et c’est parti pour l’histoire. Il raconte avec grand plaisir, visiblement pour la millième fois.

 » Je suis né en 1930 ! Je m’appelle Tölegen. On a quitté la Chine en 1934, j’avais quatre ans ! J’étais de la tribu des  » Molkos  » (?) Beş yüz ! Beş yüz ! Nous étions cinq cent dans notre campement. Nous sommes partis à cheval, avec les moutons… Nous vivions sous des tentes, des yourtes. Elles étaient faites de peau de mouton et de chèvre, cela tenait chaud. Les Chinois nous ont pourchassés parce que nous étions musulmans. Et pourquoi vous n’êtes pas allés au Kazakhstan ? A cette époque, il y avait les communistes ! Il ne cesse de répéter : Tchang Kaï-Chek ! Tchang Kaï-Chek ! J’imagine que leur fuite est liée à la grande marche de 1934, la fuite du communisme.

Puis le Tibet, le Népal, l’Inde, le Pakistan, l’Iraq et enfin la Turquie… Au Tibet ce fut effroyable. C’était en 1935-36. Les gens mourraient mourraient. Nous nous faisions attaquer car nous avions des moutons, des chèvres, des chevaux… Il faisait si froid. C’était très haut. Nous n’avions rien à manger. Nous manquions d’oxygène. Il y en avait qui gonflaient, gonflaient, puis mourraient. Il faisait tellement froid sur le cheval que certains ont perdu leurs jambes. Elles se cassaient – il montre le niveau des genoux – et elles tombaient. On ne mangeait rien, que du bouillon de mouton.

Après des Anglais sont venus, mais les Chinois leur ont dit :  » Il y a des Kazakhs, des Barbares. » On s’est battus contre les Anglais, il y a eu trente morts des deux côtés. Nous étions sur des chameaux, une balle m’a traversé – Il me montre sa cicatrice. Puis nous sommes redescendus plus bas. Il y avait des champs. Et là des soldats de l’armée pakistanaise sont venus. Ils nous ont soignés, ils nous ont lavés. Ils nous demandaient d’où nous venions, ils ne comprenaient pas qui nous étions parce que nous étions blancs. Ma mère est morte. Mon frère est mort. Mon grand-père, ma grand-mère… Sur quarante nous sommes restés deux, mon père et moi. Ils nous ont transportés sur des chariots. Après on est arrivés au Népal. Là, nous étions si pauvres que nous nous sommes habillés avec deux feuilles d’arbre. Des grandes feuilles. Il ne restait plus personne. Quand il pleuvait, les sangsues tombaient des arbres.

Après les Anglais ont pris nos empreintes, la couleur des yeux et tout, et ils nous ont donné un papier jaune en nous disant qu’on pouvait aller partout, dans le monde entier, gratuitement ! C’était en 1948. On pouvait aller aux Etats-Unis, mais comme on était musulmans, on est restés.

Nous sommes restés deux ans au Népal. Népal, Bopal, Agra, Delhi, Rawalpindi, Islamabad… A Rawalpindi, j’avais douze ans. Là des gens ont demandé si quelqu’un voulait combattre à la lutte. Mon père a dit oui moi je veux me battre ! Mon père il aimait bien se battre. Dès qu’il y avait un combat il y allait. Et mon père a gagné. Alors les hindous lui ont mis une fleur, ils ont fait trois jours de fête parce que mon père avait gagné. Ils l’ont emmené dans un endroit luxueux. Moi j’ai suivi mon père. On a mangé, mangé ! Ils nous ont donné de l’argent. Puis nous sommes allés à Delhi.

On est restés deux ans à Delhi. Je suis allé à l’école. Ensuite on est partis au Pakistan. Je suis allé quatre ans à l’école au Pakistan. Puis la Croix rouge est venue. Là j’avais seize ans. Ils nous donnaient des vêtements et on les vendait. Puis avec mon père on a fabriqué des chapeaux pakistanais en astrakan. On avait acheté une machine et pendant cinq ans on a fabriqué des chapeaux. On a gagné beaucoup d’argent ! On les vendait moins cher que les Pakistanais. Ensuite on a vendu de l’huile de moteur. C’était en 1952.

C’est Adnan Menderes qui nous a fait venir en Turquie. Il a dit venez par vos propres moyens jusqu’à la frontière, ensuite je vous prendrai en charge. Mais avant qu’on parte, les Pakistanais nous ont demandé de payer des taxes énormes, parce qu’on avait gagné de l’argent. Alors on a tout converti en marchandises pour ne pas donner d’argent. On a transporté ces marchandises jusqu’à Bagdad, et on les a vendues là-bas. Un mois et demi de bateau de Karachi jusqu’à Bagdad.

Avant d’entrer en Turquie, ils ont désinfecté nos marchandises. Ils ont aspergé de produit nos cuirs, nos vêtements… Tout a pourri ! Puis ils nous ont mis dans des camps en Turquie, en quarantaine, et nous on sautait le mur le soir pour aller travailler. Puis l’Etat nous a offert des terrains. J’avais dix-huit ans en arrivant à Istanbul.

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Ensuite, j’ai fait mon service militaire puis, du business ! J’ai eu l’idée de fabriquer des sacs en plastique. J’ai acheté une grosse machine. J’étais le premier à faire ça. J’ai gagné énormément d’argent. Pendant ce temps les autres Kazakhs faisaient du cuir. Puis j’ai acheté un terrain ici en 1970, un ancien champ de melons. Je revendais des parcelles aux Kazakhs. En 1973, tout était construit. Petit à petit j’ai permis à tout le monde de s’installer. Je leur faisais crédit. Ici, 400 familles kazakhes ont pu s’installer grâce à moi.  »

Il me montre une photo de lui en compagnie du wali (le maire) d’Istanbul en train de lui remettre une carte d’Asie où est inscrit son parcours depuis la Chine jusqu’à Istanbul.

Aujourd’hui, Tölegen fait des affaires en Asie centrale. Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizistan… Il s’est remarié à une Ouzbèke après la mort de sa femme.

L’entretien touche à sa fin. Tölegen a fait commander un repas chez le traiteur (sa femme ouzbèke étant absente). Son portable sonne. Il décroche. Kadir :  » T’as vu l’grand-père ! Il est trop ! « 

Oui il est trop…

PS: Quant au père de Tölegen, il a vécu jusqu’à cent dix ans. Une véritable force de la nature j’imagine. Il avait écrit son histoire mais les feuillets se sont perdus. Il n’en existe plus que quelques bribes, écrites en kazakh et en turc.

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Halte au massacre des Chrétiens d’Orient – manifestation dimanche à Paris

chretiens-dorient.1289588687.JPGCommuniqué de presse – Paris – 9 novembre 2010

Irak : va-t-on laisser les chrétiens être « des cibles légitimes » ?

Manifestation de soutien aux chrétiens d’Orient le dimanche 14 novembre 2010 :

rassemblement au pied de la Statue de la Liberté à 14H (Pont de Grenelle, Paris 15e)*. Le cortège se rendra ensuite au Parvis des Droits de l’Homme (Trocadéro) à Paris 16e où se tiendront d’autres prises de parole à partir de 16H.

Les églises et associations signataires condamnent fermement la prise d’otages sanglante, perpétrée à l’encontre des chrétiens d’Irak (Assyro-Chaldéen-Syriaques) le 31 octobre 2010 dans l’Eglise Syriaque Catholique Al-Najat de Bagdad.

Le carnage du dimanche de la Toussaint s’est soldé par la mort de 53 personnes, dont des enfants, et a fait plus de 60 blessés, parmi les fidèles présents à la messe et les forces de l’ordre. Après la série d’attentats à la voiture piégée qui a visé mardi 2 novembre au soir, la communauté chiite de Bagdad, les chrétiens irakiens restent dans la ligne de mire d’Al-Qaïda. En effet, selon un communiqué émanant de l’Etat islamique d’Irak (ISI), groupe de la mouvance Al-Qaïda, « Le ministère de la Guerre dans l’Etat islamique  d’Irak annonce que tous les centres, organisations, institutions, dirigeants et fidèles chrétiens sont des cibles légitimes pour les moujahidine, là où ils peuvent les atteindre« .Le 1er août 2004, cinq églises avaient été la cible d’attentats terroristes à Bagdad et à Mossoul. Depuis, les attaques contre les civils, le clergé, les lieux de culte et les représentants politiques chrétiens n’ont cessé de se multiplier : sur les 800 000 chrétiens qui vivaient dans ce pays, 300 000 ont déjà pris le chemin de l’exil (population totale : 31 millions, selon le recensement de 2008).Gérard Larcher, Président du Sénat, a déclaré le 2 novembre 2010 que «

Cette menace sur les chrétiens d’Orient ne mènera qu’à un immense appauvrissement humain et spirituel. ». Dalil Boubakeur, Recteur de laGrande mosquée de Paris, a également tiré la sonnette d’alarme le 1er novembre: « Les musulmans d’aujourd’hui, quels qu’ils soient, ne peuvent tolérer que de telles agressions terroristes et sanglantes puissent se produire contre les chrétiens vivant en terre d’islam. L’objectif de ces fanatiques ne vise qu’àcréer la mésentente et l’hostilité entre les chrétiens et les musulmans. »

Nous appelons la communauté internationale – et particulièrement la France – à mettre tous les moyens en oeuvre, de concert avec l’Etat irakien, pour que le peuple assyro-chaldéen-syriaque puisse vivre en sécurité sur ses terres ancestrales et que ses droits légitimes soient enfin assurés et respectés en Irak. Les chrétiens d’Orient, dont les Coptes, sont l’un des éléments importants d’un paysage régional riche de ses minorités.

Au-delà de la nécessaire pacification de l’ensemble du territoire irakien, le maintien de la diversité culturelle et religieuse en Irak sera porteur d’espoir de paix pour tout le Moyen-Orient, où juifs, musulmans et chrétiens ont cohabité durant des siècles. A l’inverse, la disparition des minorités chrétiennes d’Irak signerait en quelque sorte la rupture de l’Orient avec l’Occident, parachevant du même coup les génocides qui ont décimé les Assyro-Chaldéen-Syriaques, les Arméniens et les Grecs de l’Empire ottoman entre 1915 et 1923.

Va-t-on laisser le champ libre aux extrémistes, partisans de la violence et de la haine ? Va-t-on accepter que les chrétiens de la région soient « des cibles légitimes » ?

Eglise Syriaque Saint Severyos de Coubron

Eglise Syriaque Orthodoxe Sainte-Marie de Montfermeil

Eglise Syriaque Catholique Saint Ephrem de Paris

Association Franco-Syriaque de France

Association Culturelle des Araméens de Paris [ACAP]

Association des femmes syriaques de Marseille

Institut Assyro-Chaldéen-Syriaque [IACS]

Contact Presse : Sémiramis Ide [IACS]

Tél : 06 69 04 14 15

Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]

Association de Solidarité des Peuples du Moyen-Orient

(A.S.P.M.O)

Visage et Culture des Coptes

European Syriac Union

Association internationale de solidarité copte

Mouvement Pour la Paix et Contre le Terrorisme [MPCT]

L’Union des Assyro-Chaldéens de France

Association des Coptes de France

* 14h à la Statue de la Liberté : Ile aux Cygnes – Accès piétonnier par le Pont de Grenelle – Paris 75015

RER C : Javel. Métro : Javel ou Charles Michels. Bus 70 – 72. Plus d’informations sur : http://www.collectifvan.org

Exposition-vente d’objets et vêtements d’Asie centrale, de Chine, de Mongolie et du Pakistan

pipe-et-gouttiere-bebe-bd.1287230180.jpgpipe-et-gouttiere-bebe-bd.1287230142.jpg 
Amina Abdurahman, Sylvie Lasserre, Laetitia Merli, Corinne Picard seront heureuses de vous accueillir dimanche après-midi pour une exposition – ventre d’objets qu’elles ont glanés au cours de leurs voyages. Ce sera également l’occasion de nous retrouver pour de nouveaux échanges.
 
Un très grand merci à Saïdjon et Andréï, les patrons des restaurants ouzbeks Boukhara, qui nous prêtent gracieusement leur restaurant Le Boukhara Trévise pour l’occasion.
 
Lieu : Restaurant Boukhara Trévise, 37 rue de Trévise. 75009 Paris. Métro Cadet
Date : Dimanche 17 octobre 2010 entre 15 heures et 18 heures
 
En espérant avoir le plaisir de vous voir dimanche.

Kurdistan irakien : « Sa tête dans un récipient pour ne pas salir la terre d’islam »

rahho-2.1278846380.jpgComment la communauté internationale ne s’émeut-elle pas plus des massacres perpétrés sur les chrétiens d’Irak ? Cela se passe de nos jours. Chaque jour ou presque, ils sont victimes des pires barbaries. Les massacres cesseront-ils lorsqu’ils auront tous abandonné leurs terres ancestrales ?

Emu par les atrocités qui semblent ne jamais devoir cesser, Sébastien de Courtois, historien, écrivain et journaliste établi à Istanbul, se rend au Kurdistan irakien afin de rendre compte du sort réservé à ces chrétiens assassinés dans le plus grand silence.

Son livre, « Le nouveau défi des chrétiens d’Orient », écrit dans l’urgence comme il l’explique lui-même, est poignant car il rend compte du tragique de la situation avec autant intelligence que de sensibilité.

rahho.1278846408.jpgPas de parti pris, pas de haine, juste un constat. Et parfois la colère. Comment ne pas l’être lorsque l’on entend un père raconter le calvaire de son fils, 16 ans, enlevé à son retour de l’école :

« Après son enlèvement, ils l’ont battu pendant deux heures avec un autre jeune comme lui, un chrétien qu’il ne connaissait pas. Au bout de trois jours, voyant qu’ils n’obtiendraient rien de l’autre famille, trop pauvres pour payer, ils l’ont lentement égorgé sous les yeux de mon fils de seize ans ! Lui maintenant la tête à proximité de celle du supplicié pour qu’il sente son dernier souffle ! Après avoir vécu ce genre de chose, on ne peut pas rester ici. … Dans chaque famille qui a fui Bagdad ou Mossoul, il y a un drame de cet ordre ! »

Et l’auteur parfois de s’insurger. Et il a raison :
« Il faut arrêter de nous culpabiliser. J’aimerais savoir ce que les musulmans pensent au fond de leur cœur du christianisme, de l’Occident infidèle, à part la fascination ou la répulsion qu’inspirent nos économies, nos hôpitaux, Internet, la pornographie et notre liberté d’expression. Le sujet est inabordable, tabou… »

Courageuse prise de position que celle de Sébastien de Courtois. Je ne peux qu’approuver.

Vu récemment dans un documentaire : Une boîte de nuit à Karachi, Pakistan, quelques Pakistanaises légèrement vêtues se déhanchent, au mur, une croix chrétienne en néon clignote. Est-ce cela l’image des chrétiens ?

Photographies. En haut : messe à Notre-Dame de Paris le 13 avril 2008 à la mémoire de Monseigneur Rahho, évèque de Mossoul assassiné en mars 2008. En bas : Portrait de Monseigneur Rahho dans la cathédrale Notre-Dame. Copyright : Sylvie Lasserre.

Semaine sainte à l’Est de la Turquie : messes à 3 heures du matin

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Ces dernières années, chassés par les conflits, les massacres et les persécussions, les chrétiens d’Orient ont migré en masse vers l’Europe et l’Amérique du Nord, quittant les villages où ils vivaient depuis des millénaires.

assyriens-5.1270321100.jpgEn Turquie, ils ne sont plus qu’environ 50 000, moins nombreux encore à l’Est de la Turquie où il ne reste plus que quelques villages assyriens.

A Diyarbakir, on ne compte désormais plus que 7 familles chrétiennes (Assyriens, Chaldéens, Arméniens chrétiens…), une cinquantaine de personnes à peine au total pour une ville qui fut très bigarrée jusqu’à récemment et aujourd’hui devenue quasiment exclusivement musulmane.

assyriens-3.1270321178.jpgLes Assyriens parlent en Araméen, la langue que parlait Jésus-Christ, et pratiquent leur religion de manière très stricte. Près de la moitié de l’année, ils jeûnent : chaque semaine, le mercredi et le vendredi, et pour les grandes fêtes saintes.

Le jeûne de Pâques, le principal, dure cinquante jours. Durant la semaine sainte, celle qui précède le dimanche de Pâques, ils vont à la messe chaque nuit à 3:00 du matin. Sans compter les messes de la journée, cinq au total.

On trouve, à l’Est de la Turquie, parmi les plus anciennes églises de la Chrétienté.

D’abord installées dans des grottes, puis dans des édifices dédiés au Christ, la plupart d’entre eux datent des années 200 à 400 après Jésus-Christ.

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Afghanistan. Rumi : La guerre contre l’ego

rumi.1268431508.jpgOn oublie trop souvent que Rumi, mieux connu sous le nom de Mevlana Djalâl ad-Dîn, maître soufi de la confrérie des derviches tourneurs de Turquie, était originaire d’Afghanistan.

En effet, il est né à Balkh en 1207. En 1219, Rumi fuit avec sa famille l’invasion des Mongols. Après un pèlerinage à La Mecque, sa famille se fixe en Arménie, puis à Laranda, l’actuelle Karaman proche de Konya en Turquie.

Son père est un théologien et maître soufi réputé, Sultan al-Ulama, dont le livre Ma’ârif fut longtemps le préféré de Rumi.

Mevlana s’était épris de son maître soufi, Shams de Tabriz (shams sigifie soleil). A la mort de celui-ci, Mevlana se mit à tournoyer sur lui-même lors de ses méditations.

Mevlana a repris des fables d’Esope dans son ouvrage le Mesnevi, que La Fontaine retraduira partiellement à son tour en français.

Voici un des textes du Mesnevi à lire et méditer à notre époque qui se distingue par la domination de l’Ego :

 » Un soufi nommé Ayazi disait :

J’ai participé à quatre-vingt-dix guerres, le corps nu, sans protection aucune. J’ai reçu ainsi de multiples blessures, coups de lance ou coups d’épée, espérant goûter la mort des martyrs mais aucune flèche ne m’a touché à un endroit vital. Ceci n’est qu’une question de chance et mon effort était vain. N’ayant pu goûter le bonheur du martyre, je me suis retiré dans une cellule. Or, un jour, j’entendis le bruit des tambours et compris alors que les soldats repartaient en guerre. J’ai senti comme une lamentation de tout mon être qui disait :

 » Voici venu le moment de combattre. Lève-toi et réalise tes voeux dans la guerre ! « 

Je lui répondis :

 » Oh ! maudit inconstant ! Dis-moi la vérité : Que caches-tu derrière cette fourberie ? Je sais bien qu’en toi, il n’y a aucun penchant pour le combat. Si tu ne me réponds pas pour de bon, je te ferai subir les affres de l’ascétisme ! « 

Et mon ego de répondre :

 » En ces lieux, il n’est de jour où tu ne me martyrises. Mon état est pire que celui de tes ennemies et nul n’en a connaissance ! Tu me tues par le manque de repos et de nourriture. Si je meurs au combat, alors au moins le peuple verra qui je suis !

– Pauvre ego ! lui répondis-je. Tu n’es qu’un hypocrite. Tu n’es que vanité. Non seulement tu vis dans la calomnie, mais encore tu veux mourir dans la calomnie. « 

Et c’est ainsi que je me suis promis de ne plus jamais quitter cette cellule. Car tout ce que fait l’ego en pareille circonstance ne peut être qu’apparat. Pareil combat est le seul vrai combat. L’autre sorte n’est qu’un petit combat. Ce n’est certes pas là l’affaire de qui s’effraie d’une souris ! Notre homme était un soufi ainsi que celui de l’histoire précédente. Mais l’un meurt d’un coup d’épingle alors qu’aucune épée ne résiste à l’autre. Le premier a l’apparence d’un soufi mais il n’en a pas l’âme. C’est cette espèce-là qui ternit la réputation des soufis.  »

Yulduz Usmonova, l’ « étoile » d’Ouzbékistan, assassinée ?!?

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Un village perdu d’Ouzbékistan. Il est près de minuit. Nous sommes couchées, alignées en rang d’oignons dans la mehmonhana (salle pour les invités), écrasées par le poids de deux kurpa (édredons) pour nous tenir chaud. Mayram, (mon hôtesse – chamane), Madina (sa fille), Katja (mon interprète) et moi.

Madina vient de dévisser l’ampoule du plafonnier pour éteindre la lumière car l’interrupteur ne fonctionne plus.

Soudain, Mayram lance, dans le noir : « Il paraît que Yulduz Usmonova a été assassinée ! » En choeur, nous nous exclamons : « Quoi ! quand ça ? » « Je ne sais pas, il y a deux jours je crois, en Turquie où elle vivait. »

Yulduz Usmonova est ouzbèke. C’est une des chanteuses de variété les plus célèbres d’Asie centrale, si ce n’est la plus grande, que l’on entendait de Kashgar à Ashgabad, en passant par Tashkent.

Mais en 2008, le bruit commence à courir : elle est partie refaire sa vie en Turquie. De sombres histoires politiques dit-on…

Le lendemain, à l’épicerie du village, nous nous enquérons de la nouvelle : Yulduz Usmonova a-t-elle été assassinée ? Mais non personne n’a entendu parler de cela. C’était… une rumeur… Force est de constater que dans les villages, les rumeurs vont bon train.

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A l’épicerie du village, en attendant le taxi collectif, on écoute la radio : non personne n’a entendu parler de l’assassinat de la star.

Turquie, septembre 2009. Yulduz est bien vivante. J’écoute la radio qui lui consacre une émission. La star ouzbèke, qui parle désormais en turc, se trouve déjà au « hit parade » des radios turques. On l’entend sur toutes les ondes.

En un an, elle a réenregistré tous ses anciens succès en turc. C’est assez étonnant de voir à quelle vitesse elle a reconstruit sa carrière, « switchant » de l’Ouzbékistan à la Turquie en un an à peine.

Pour ceux qi comprennent le turc, voici une interview : Yıldız Usmonova – ATV Ana Haber Interview (20.09.2009)

Personnellement, je préfère sa voix lorsqu’elle chante en ouzbek. Je trouve qu’en turc, cela manque d’un petit quelque chose.

Désormais, la grande Yulduz (étoile en ouzbek) Usmonova est… turque. Et s’appelle Yıldız Usmonova. (Yıldız = étoile en turc)

Ecoutez ici quelques titres en ouzbek : 

Dadajan : http://www.youtube.com/watch?v=rpg495KzQHg 

Soladi : http://www.youtube.com/watch?v=C2KcyZgVKeo&feature=related

http://www.youtube.com/watch?v=_7ocR2xDx-k&feature=related

Et ici avec en turc :

avec Tarkan : http://www.youtube.com/watch?v=begEDj9DF_E&NR=1

et Dadajan en version turque : http://www.youtube.com/watch?v=XSQh5hpYukU&feature=related

Seni severdim : http://www.youtube.com/watch?v=f35_AygPTgU&feature=related

Yalan, en duo avec Levent Yüksel : http://www.youtube.com/watch?v=BiMHwcsMJUQ&NR=1

Görmesem Olmaz, en duo avec Fatih Erkoç :  http://www.youtube.com/watch?v=Hi0Uz6KkEXE

Turquie – Une autre nuit de ramadan

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Une fois n’est pas coutume, j’ai décidé de passer en note sur ce blog un email que m’a récemment envoyé une lectrice. Goûtez à votre tour la densité des nuits de ramadan en Turquie.

 » Bonjour Sylvie,


Quand tu as envoyé ton enregistrement de la nuit de ramadan, j’ai été très émue..! (voir note « Nuits denses et fascinantes de ramadan« ).
Car moi aussi j’ai enregistré mes nuits de ramadan !


Et je suis très contente de t’envoyer un de mes enregistrements : nuit_ramadan.mp3
.

J’ai enregistré ce chant long et plaintif dans un village de la presqu’île de Datca, où je vais souvent (pas sur la mer Egée mais juste au début de la Méditerranée), ce chant du muezzin envahissait chaque nuit, plutôt chaque aube, à 5h du matin.


Il était si beau que je faisais sonner mon réveil chaque matin ! Ecoute la petite modulation toujours vers 2’15. Puis les coqs se déchaînaient, se répondaient jusqu’à s’égosiller !
 Et j’avais comme toi une petite voisine qui se levait avec le muezzin pour partir aux champs avant la chaleur. Je l’entendais se préparer !


A bientôt sûrement,

Amicalement,

Sylvie Vallery-Masson Baboukhian »