Histoires de murs… Ils ont armé leur kalachnikov et mis Bruno en joue.

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Frontière Ouzbékistan – Turkménistan, 2005. Partis à deux, j’ai bien failli rentrer seule de ce reportage.

Nous nous promenons le long de l’Amou-Darya, côté Ouzbékistan. De l’autre côté du fleuve, des barbelés. Au-delà, un no-mans land de cinq kilomètres de large, des miradors, des patrouilles de soldats puis le Turkménistan.

Soudain, une trouée dans les barbelés. La raison ? C’est à cause d’un cimetière, coupé en deux par la frontière.

Imprudent, le photographe qui m’accompagne s’aventure. Il passe, sans la voir, la frontière. Au loin, trois soldats approchent.

Je crie : Bruno ! Bruno ! Trop tard. Déjà les soldats le hèlent. Bruno, qui ne semble pas réaliser la gravité de la situation, s’approche d’eux d’un air jovial. Je crois même qu’il leur tend la main !

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Et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, d’un croc en jambe ils jettent Bruno à terre et lui ligotent les mains dans le dos. Puis ils arment leurs kalachnikovs et le mettent en joue. Sans sommation.

C’est terrifiant. La veille, on nous a raconté que plusieurs Ouzbeks imprudents ont été tués ces trois dernières années en tentant de passer… Pour moi, c’est déjà fini. Je n’attends plus que le coup de feu.

Mais c’est sans compter sur le courage de notre ami ouzbek, Nodir. S’approchant, il leur crie de loin : Tourist ! Tourist ! puis les rejoint. Nodir parlemente dix bonnes minutes.

Finalement, les soldats détachent Bruno qui se relève, et mes deux amis me rejoignent tandis que s’éloigne la patrouille. C’est à ce moment là que je prends la photo.

Turkménistan – De l’autonomie des enfants occidentaux

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Sur la photo, un village du Turkménistan, à l’extrême sud-est du pays, près de la frontière iranienne. Le chauffeur de taxi m’avait invitée à déjeuner chez lui, le temps pour lui de rafistoler sa voiture (qui d’ailleurs, n’a jamais réussi à atteindre Ashgabad 🙂 tant elle était mal en point).

Email d’un/une jeune étudiant(e) Turkmène qui vit en Europe, retourné chez elle/lui pour des vacances.

 » Tout à l’heure, en lisant ton article sur les bébés ouzbeks, je me disais que je pouvais ajouter quelquechose.
 
Au Turkmenistan, c’est pareil, depuis qu’ils sont tout bébé, on leur apprend à faire leurs besoins de cette façon, nous-mêmes, on a eu la même méthode 🙂 et il ne nous est rien arrivé malgré l’interdiction des médecins et psy français. On n’est pas déformé physiquement, pas traumatisé 🙂
 
Je ne sais pas si t’as vu les enfants ouzbeks au quotidien, et comment tu les as trouvé ?
 
Je veux parler de l’incroyable autonomie de ces enfants. Depuis que je suis en Europe, j’ai l’habitude de voir les enfants qui sont très dépendants de leurs parents ou des adultes.
J’ai gardé souvent les enfants ici, et même un enfant de 12 ans, je m’en souviens, il fallait lui préparer son petit-déjeuner, son goûter, il fallait aller le chercher au collège, car il était incapable de faire ces choses-là tout seul.

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Ou peut-être ce sont les parents qui ne l’ont jamais laissé se débrouiller ?
 
En arrivant chez moi, je retrouve ma petite nièce de 7 ans, que j’avais vu quand elle était bébé.
Je l’ai trouvée très autonome, ça m’a même surpris(e).
 
Elle rentre de l’école, elle prend son goûter toute seule, quand elle m’a dit qu’elle allait faire du thé, je croyais pas qu’elle pouvait allumer la gazinière et je suis allée la regarder, beh elle remplit la bouilloire et elle la met sur la gazinière, elle l’allume sans problème. Elle se fait des sandwichs ou l’omelette comme une grande.
Une autre petite voisine de sept ans, en allant à l’ecole, le matin, elle dépose sa petite soeur à l’école maternelle qui est sur la route, et le soir, en rentrant de l’école, elle la ramène.
Et tous les enfants de 7-8 ans prennent le bus tout seuls pour faire le trajet entre école-maison.
 
On était pareils, on se débrouillait tout seuls depuis qu’on est tout petits, mais j’ai oublié tout ça en Europe, et en retournant chez moi, j’étais surprise de la redécouvrir et constater que ça n’a pas changé. « 

Retour au Turkménistan :  » En cette période de Noël, je suis en pleine phase de comparaison. « 

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Après avoir vécu longtemps en Europe, un/une jeune Turkmène qui travaillait au-pair dans une famille retourne dans son pays. Impressions et comparaison avec l’Europe.

 » Avec la période de Noël, je suis en pleine phase de comparaison. Ca m’énerve de voir les enfants dans ma famille européenne être pourris gatés et de voir leurs grands-parents faire la compétition « qui achète plus de cadeaux ». Je ne suis même pas allé au Noël de leur famille cette année, je ne voulais pas assister à ce gavage. L’année dernière, je m’en souviens, le petit garcon avait eu des legos de la part de sa grand-mère au prix de 200 euros !
 
Les vêtements, c’est même pas un cadeau, c’est dû, ça fait pleurer le fils de ma copine qui n’est pourtant pas un enfant gaté.
 
Et mon neveu ici qui a recu des chaussures envoyées d’Europe et a dormi avec sous son oreiller et en se réveillant, les embrassait 🙂 Au bout d’une semaine, on l’a forcé à les mettre en disant que les chaussures n’étaient pas pour faire des bisous, mais pour mettre au pied 🙂

Quand je pense à ça, j’ai mal au coeur.
 
Tu dis que tu manques d’intimité au village, beh, nous on habite en ville, mais je manquais d’intimité quand même.
Voila, ce qui ne me plait pas ici : Tu n’es jamais tranquille chez toi, la famille peut te rendre visite à n’importe quelle heure et n’importe quel jour, tu dois les recevoir et leur préparer à manger même si t’a prévu de faire autre chose.

Tu vois, avant, ça me gênait pas, car j’y étais habituée, je trouvais cette situation normale, mais cette fois-ci, ça m’énervait.
 
Dans les villages, oui, c’est vrai, les gens font tout, ils n’achètent que des choses qu’ils ne sont pas capables de faire eux-mêmes.
Mes parents qui sont originaires de la campagne me donnaient des conseils pour que ma famille en Europe plante des légumes dans son jardin, car ils ont un grand jardin. Ils disaient aussi qu’elle devait acheter une vache et qu’elle la garde dans son jardin, comme ça, elle pourrait avoir du lait, et ça pourrait être aussi une grande réserve de viande. :)))) On a bien rigolé avec ma famille.
Quand je disais que ca se faisait pas ici, qu’on achetait tout au supermarché, ils ne comprenaient pas pourquoi acheter si on a la possibilité de produire toi-même. J’espère qu’un jour ils pourront venir en Europe et voir la vie d’ici, car j’ai pas pu leur expliquer.
Il n’y a pas de délinquance ici, ou très, très peu. Grâce au respect pour les aksakals ? J’ai jamais vu autant de respect pour les adultes. Le plus jeune vouvoie le plus âgé, le salue d’abord, lui obéit, ne lui parle jamais mal. Les enfants, qui, par respect, font le ménage à la maison, mettent la table, débarrassent, gardent leurs petits frères et soeurs pour alléger les tâches de leur maman.
 
Pour passer ton temps à table, ça c’est vrai, d’ailleurs, j’en pouvais plus de ça. Quand j’étais à la campagne, j’ai été voir ma famille qui est très, très grande et il fallait manger partout, sinon ils étaient vexés. On te propose jamais un repas, car la tradition veut que l’invité est gêné et répondra systématiquement « non, merci », donc, on apporte le plat directement, et on te prie longuement de manger 🙂

Tu sais, ça me fait drôle de lire tes remarques sur notre mode de vie, le point de vue d’une occidentale est intéressant 🙂 « 

Des nouvelles du Turkménistan : 40000 dollars la médecine, 15000 les lettres

_mg_1537-bd.1235977886.jpgDeux ans après la mort de Niyazov, les choses ont-elles changé au Turkménistan ? Voici le bilan que trace un/une jeune Turkmène :

 » Ca m’a fait bizarre de retourner chez moi, c’est vraiment un pays à part. Il y a le Turkménistan, et il y a le reste du monde 🙂

A l’époque de Niyazov, on se sentait coupé du monde, pas d’internet, pas de journaux/magazines étrangers, c’était impossible de savoir ce qui se passait ailleurs.

Ca a changé pas mal, internet, c’est accessible, ça reste encore cher pour l’avoir chez soi, mais pour aller consulter dans les cafés de temps en temps, c’est faisable pour tout le monde. Il n’y a pas beaucoup de gens qui vont sur internet, ils l’ont jamais connu, quand j’allais dans un café-internet, il n’y avait que des jeunes qui sont allés à l’étranger, et qui l’ont connu là-bas.

Cette pression qu’il y avait pour faire aimer le président et le système politique a l’air de diminuer. Les gens ne chuchotent plus comme avant pour exprimer leurs mécontentements, ils en discutent plus facilement. Par contre, je suis étonnée de constater le nombre croissant de jeunes turkmènes qui prennent mal la critique du gouvernement.

Souvent, ce sont les étudiants qui sont à l’étranger qui critiquent l’état et le système politique, car ils ont la possibilté de comparer. Les jeunes du pays (la génération « rukhnama » ) se sentent visés directement. Pour eux, si la personne critique le gouvernement, c’est qu’elle n’aime pas son pays. Les cours de « Rukhnama » ont bien fonctionné.

Le culte de la personnalité reste présent, mais pas au point de paraître ridicule comme ça l’a été avec Niyazov (les noms des mois, le rukhnama écrit dans les mosqués, ses statues, etc.).

A la télé, on dit des remerciements, des louanges à l’adresse du président, mais le point positif, on le montre comme un bon président et pas comme un saint.

Les journaux et magasines parlent de lui, bien-sûr, mais pas seulement, il y en a pour d’autres aussi 🙂

Niyazov ne supportait pas que quelqu’un d’autre se mette en avant, dès que cela se passait, il allait en prison pour différentes raisons.

On parle de moins en moins de Rukhnama, ça s’apprend toujours, mais ce n’est plus une matière importante, je crois qu’avec le temps, ca s’arrêtera complètement.

Apparemment, le nouveau président écrit aussi des livres (je connais pas les sujets), mais on les apprend pas à l’école ou pas encore.

Le 8 mars (journée mondiale de la femme), le cirque, opera-ballet, les noms des mois ont été restaurés, les années d’étude générales et supérieures ont été rallongées. Il y a la retraite minimum pour les gens n’ayant jamais travaillé, les pensions pour enfants (ce n’est pas une grosse somme, mais c’est toujours ça). On ne décore plus la ville avec des statues de président, mais ceux des personnages turkmènes (poètes, écrivains, etc).

Des journaux et magazines,ca s’améliore, on trouve des articles,des récits intéressants qui parlent d’autres choses que des éloges au président.

En gros, je trouve relativement positive la présidence de Gurbanguly Berdimuhamedov, comparée à l’ancienne, même s’il reste encore beaucoup de choses à faire.

La corruption dans le pays, c’est le plus grave des problèmes. Ca touche tous les domaines : administrations, transport public, hopitaux, universités, tout ce qui appartient à l’Etat.

Ce qui est hallucinant, ce sont les droits d’entrée dans les universités turkmènes : il faut débourser de 10 a 15 mille dollars pour les facs de lettre, de 30 a 40 milles pour la fac de médecine ou de droit.

En fait, le droit d’entrée dépend du métier que tu choisis, la médecine ou le droit permet gagner beaucoup plus que la fac de lettre par la suite, donc le prix est fixé par rapport à ça.

Le plus injuste dans tout ça, c’est que l’argent donné n’est même pas officiel, tu le donnes aux profs qui font passer l’examen d’entrée, en cachette.

Comme les places sont limitées dans les universités du pays (4000-5000 étudiants admis pour 100 000 a 130 000 bacheliers), ça devient des vrais enchères pendant la période d’examens : tu donnes 13 000 dollars, on prend ton argent, on t’assure de faire entrer ta fille/fils à la fac, tu le sais pas, mais y a quelqu’un qui a donné 15 000 dollars, c’est l’autre qui passe. On te rend ton argent, tu réessaies l’année suivante avec plus d’argent.

Quand t’es étudiant à la fac turkmène, tu es considéré d’une famille aisée, car peu de gens peuvent sortir une somme pareille. Il y a une facilité pour des jeunes orphelins, ils sont admis automatiquement.

Beaucoup de jeunes partent à l’étranger pour les études, mais tous les parents peuvent pas se le permettre, car il faut payer la fac à l’année + le logement, l’alimentation, etc. Le niveau de vie à l’étranger ne correspond souvent pas aux salaires turkmènes. « 

Turkménistan à Paris ce week-end : L’ombre du saint livre (documentaire)

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C’est à l’Action Christine, trois jours de suite, dans le cadre du Festival international du film des droits de l’homme.

Le Turkménistan abordé sous l’angle de la Ruhnama, le « livre de l’âme » écrit par le dictateur Niazov, appris par coeur dans les écoles et les universités, élevé au rang du Coran par le dictateur lui-même.

ruhnamacover.1236289218.jpgComment les industriels du monde entier, affamés par la promesse de juteux contrats, proposent au Turkmenbashi des traductions du Livre, que l’on trouve aujourd’hui dans une quarantaine de langues.

 A voir donc :  » The shadow of the holy book  » de Arto Halonen. (2008). Vendredi, samedi et dimanche soir.

Turkménistan – Funeste anniversaire pour les journalistes croupissant dans les geôles turkmènes.

tkm5.1234982417.jpgSur la photo : Annadurdy Khachiev, ancien directeur adjoint de la banque centrale du Turkménistan, aujourd’hui exilé en Bulgarie et opposant au régime, brandissant la photo de sa soeur aînée, assassinée dans les geôles turkmènes.

Son regard vaut mieux qu’aucun long discours.

Cela va faire trois ans qu’ils sont emprisonnés. Je parle d’Annakurban Amanklichiev, de Sapardurdy Khachiev et d’Ogulsapar Muradova. Leur procès a été expédié à huis clos. Ils étaient trois. L’une d’entre eux, Ogulsapar Muradova, mère de trois enfants et soeur aînée d’Annadurdy, a été assassinée par ses geôliers, par la torture, peu après son arrestation.

Les deux autres ? Sans nouvelles… C’était en juin 2006.

Contre toute espérance, la situation des droits de l’homme au Turkménistan ne s’est pas améliorée depuis la mort de Niazov, le dictateur autocrate, survenue il y a deux ans :  Individuals continue to be at risk of violations in Turkmenistan

Aujourd’hui, jeudi 19 février, c’est la  » journée du drapeau  » dans le pays classé 171e/173 au classement mondial de la liberté de la presse, soit avant-avant-dernier au classement mondial – les derniers et avant-derniers étant respectivement l’Erythrée et la Corée du Nord.

Comme chaque année, des prisonniers seront libérés, par la « grâce » du président, Berdymuhammedov, le successeur de Niazov…

Parmi eux, aucun journaliste. Ce que déplore RSF, qui vient enfin d’obtenir quelques informations, alarmantes, sur le sort des deux journalistes : De nouvelles informations sur le lieu de détention de deux journalistes emprisonnés depuis plus de deux ans.

Tadjigul Begmedova est la présidente de la Turkmen Helsinki Foundation. Elle est aussi l’épouse d’Annadurdy Khachiev. Exilée en Bulgarie avec son mari, elle milite pour les droits de l’homme dans son pays natal (impossible de le faire depuis le Turkménistan – Evidemment ! Alors c’est sa famille qui « trinque »).

Récit en images et en sons, de la journée du 18 septembre 2008 (Les affaires avancent si lentement… Mais que le temps doit sembler long aux prisonnniers – bientôt trois ans !)

Retour sur l’occupation de l’ambassade du Turkménistan à Paris le 18 septembre 2008 :

Turkménistan – En hommage à Ogulsapar Muradova, sauvagement assassinée en prison par ses geôliers

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Venue spécialement de Bulgarie, Tadjigul Begmedova (Robert Ménard, président de RSF à sa droite) se dirige vers l’ambassade du Turkménistan à Paris pour l' »action ». Derrière suivent les militants de RSF.

A l’issue de l’occupation de l’ambassade : Robert Ménard (on a beau dire mais au moins il agit !) : ws_30100-robert-menard.mp3

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Annadurdy Khachiev, ancien directeur adjoint de la banque centrale du Turkménistan, exilé en Bulgarie, opposant au régime dictatorial du Turkménistan et époux de Tadjigul Begmedova, pose devant les CRS avec la photo de sa grande soeur, journaliste assassinée sous la torture. Il semble étonné et satisfait de voir que la police française le « laisse faire ». Il est aussi le frère de Sapardurdy Khachiev, toujours en prison et dont il est sans nouvelles. Cela doit lui paraître totalement surréaliste de poser près des forces de l’ordre, pour la presse ! Mais il sait : en France, il peut le faire.

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Les forces de l’ordre françaises, appelées par le premier secrétaire de l’ambassade du Turkménistan, bloquent l’accès à l’ambassade du Turkménistan.

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18 septembre 2008 – Le soir même de l’occupation. Premier Forum Union européenne – Asie centrale. Le Ministre des affaires étrangères turkmène brille par son absence… Bernard Kouchner s’engage à s’emparer de l’affaire (merci Robert Ménard).  C’était il y a exactement cinq mois… Résultat ? Néant. 

La promesse – inaudible – de Bernard Kouchner : kouchner.MP3 (bien tendre l’oreille : désolée, indépendant de ma volonté…)  (qui se permet d’appeler le représentant de Radio Free Europe : Monsieur Free Europe ! ) :  » Les droits de l’homme sont un long chemin Monsieur !  »

Funeste signe, Monsieur « Free Europe » : le Ministre des Affaires étrangères Turkmène s’est fait porter pâle…

Eh bien voyons, Monsieur Kouchner… Pardon… Monsieur Affaires étrangères, quand donc seront libérés les journalistes du Turkménistan ?

Turkménistan – Urgent. Poste à pourvoir.

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Architectes, le Turkménistan recrute !

Un ami architecte vient de recevoir une offre de recrutement dont voici un extrait :

 » … suite à un accroissement d’activité, nous recrutons pour leurs projets basés au Turkménistan un architecte de conception.

Notre client intervient sur tous types de projets tels que des hôtels de prestige, des palais et ministères, des tours de bureaux…  »

Deux remarques :

_mg_1876-bd.1233853211.jpg– Ministères (de marbre blanc), hôtels de prestige (de marbre blanc), palais (de marbre blanc) avaient déjà envahi Ashgabad, la capitale du Turkménistan, sous Niazov. Tous les ministères étaient neufs. Les hôtels, les palais aussi. Quel palais ajouter encore ? Si je me souviens bien, il y avait même un palais du bonheur dans la capitale rutilante… Un palais des mariages aussi. De nouveaux hôtels ? Tous étaient vides lors de mon passage. Les immeubles d’habitation aussi.

Niazov aurait-il transmis sa frénésie de construction à son successeur Berdymoukhamedov ?

– Ils manquent d’architectes au Turkménistan ? Cela se comprend quand on sait que le nombre d’étudiants est passé de 40 000 à 6 500 sous Niazov et que ces derniers étaient jugés sur leur connaissance de la Ruhnama (le livre – fou – écrit par le dictateur Niazov), obligatoire à tous les niveaux de la scolarité, plutôt que sur leurs compétences techniques. C’était d’ailleurs très inquiétant pour les médecins… Je me souviens d’un étudiant paniqué qui avait son « examen de Ruhnama » à passer comme il disait… Et celui-là, il ne fallait pas le rater.

Non les choses n’ont pas changé au Turkménistan.

Paris – La Turkmène Tawus Annamyradova a ensorcelé le Théâtre de la Ville

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Quelle maestria ! Incomparable. Samedi dernier, la bakshi (barde) turkmène Tawus Annamyradova a littéralement ensorcelé la salle comble du Théâtre de la Ville avec sa voix magique et son dutar dont elle joue avec une virtuosité sans pareille.

Sa musicalité, sa maîtrise vocale et son sens théâtral et poétique ont réussi à émouvoir un public qui, pourtant, pour la plupart, ne comprenait pas les textes. Moments de grâce.

Ecoutez un extrait :

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De grands moments d’émotion aussi avec les autres bakshis d’Asie centrale qui ont chanté à tour de rôle.

« Galdir » interprèté par l’Ouzbèke Nodira Pirmatova : nodira-extrait.mp3

Les guimbardes kirghizes de Zalina Kasymova et Gulbara Baigashkaeva : zalina-et-gulbara.MP3

et les voix kazakhes d’Uljan Baïbusynova et Ardak Issatayeva : uljan-extrait.MP3 et ardak-extrait.mp3

« Les bardes d’Asie centrale » ce soir au Théâtre de la Ville à Paris

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J’ai eu la joie d’en avoir un avant-goût hier soir à la maison d’Europe et d’Orient avec Uljan Bajbusinova et Ardak Issataeva, les deux bardes (bakshis) du Kazakhstan. 

Mais le « vrai » concert c’est samedi à 17h00. Il reste encore quelques places paraît-il.

Alors surtout n’hésitez pas à venir découvrir ces chants étonnants venus d’un autre âge. Personnellement le chant qui me fascine le plus est le chant turkmène. Ecoutez un extrait de Tawus, la chanteuse turkmène : http://www.theatredelaville-paris.com/player/mp3player.php?current_song=3

Ecoutez aussi mon propre enregistrement d’une bakshi turkmène (élève en dernière année du conservatoire d’Ashgabad) fait dans une cuisine un soir vers minuit, dans les faubourgs d’Ashgabad : ws_30091_7.1226709860.MP3. Elle s’appelle Aybolek Mämmetgulyyewa. Excellentissime !

Au programme samedi :

Tawus chant, dotar Turkménistan
Uljan Bajbusinova, Ardak Issataeva chant, dombra Kazakhstan
Kenjegül Kubatova komuz, chant Kirghizistan
Orynbaeva Alymbaj chant, dotar Ouzbékistan

Je me contente ici de citer le texte de présentation du Théâtre de la Ville : 

« Pour ce nouveau voyage à travers l’Asie centrale, cinq femmes, aux costumes chatoyants et au caractère bien trempé, nous conduiront sur les chemins de leurs traditions musicales. Toutes partagent un même héritage : une langue d’origine türke, des ancêtres nomades et la mémoire de longues épopées contées de génération en génération au son d’un luth à long manche. Entre monde terrestre et monde céleste, elles assument aussi le rôle social et le pouvoir magique que la musique confère aux bardes. Mais, par-delà ces points communs, chacune d’elles distillera la quintessence de son pays natal. Tawus vient du Turkménistan. Sa musique tient d’un brassage d’éléments iraniens et turcs et le timbre de sa voix puissante est agrémenté de divers effets spectaculaires donnant du relief à la narration.

« Un vrai Kazakh n’est pas un kazakh, c’est une dombra » dit un proverbe. Ce n’est pas Ardak Issataeva et Uljan Bajbusinova dont les doigts de fée courent sur les deux cordes de leur dombra qui le démentiront. Ardak est connue pour sa voix d’alto qui sied à merveille aux chants lyriques dans la tradition des troubadours du XIXe siècle.

Quant à Uljan, sa voix forte et gutturale a déjà, par deux fois, surpris et conquis le public du Théâtre de la Ville. Elle est une des rares chanteuses à interpréter le répertoire épique des jyrau, autrefois réservé aux hommes, qui requiert une mémoire phénoménale et des qualités vocales exceptionnelles. Kirghize, Kenjegül, qui chante également avec l’ensemble Tengir-Too, s’est spécialisée dans les chants lyriques du bel canto. Accompagnée au komuz à trois cordes, sa voix d’une incomparable amplitude est digne des plus grandes divas.

Venue du Karakalpakistan, région désertique de l’ouest Ouzbékistan proche de la mer d’Aral, la toute jeune Orynbaeva Alymbaj quittera pour la première fois son pays où elle vient de remporter un concours national de chant. S’accompagnant au luth dotar, elle apportera toute la fraîcheur, le dynamisme et la chaleur de ses 16 ans. Jacqueline Magnier « 

Turkménistan – Un peu de musique turkmène ?

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Alors que les  » bardes  » d’Asie centrale débarquent à Paris pour un concert au Théâtre de la ville samedi, je vous propose un avant-goût sur ce blog.

Durant notre séjour au Turkménistan, nous avons rencontré, (le photographe avec qui je suis partie et moi-même), par le plus grand des hasards, d’excellents musiciens classiques, joueurs de dutar, l’instrument national turkmène. A cause de la barrière de la langue et de mon intérêt manifeste pour leur art, je crois qu’ils nous ont pris pour des impressarios… Ils n’ont jamais su que nous étions journalistes, cela aurait pu les mettre en danger.

Nous étions souvent invités le soir chez Akmyrat, notre ami, pour de petits concerts dans un deux-pièces des faubourgs d’Achgabad. Ils semblaient heureux de nous faire connaître la musique traditionnelle turkmène. A la fin de notre séjour, Yazmyrat Rejepow, le frère d’Akmurad, professeur de dutar au conservatoire et compositeur, nous a fait part de son désir de venir faire un concert en France, lui et ses amis. Très officiellement il nous remit un enregistrement video. J’essaye donc de faire connaître leur musique ici et là. A cette occasion, j’ai appris qu’ils n’étaient pas inconnus, même en Europe. Ce fut malheureusement peine perdue, car un jour un maladroit à qui j’avais confié la bande l’égara ou l’effaça ! Je ne peux donc que proposer ces enregistrements personnels, faits avec mon dictaphone.

Yazmyrat Rejepow au dutar : clic !

Vous verrez, la musique est étrange, envoûtante, les voix un peu guturales. Un soir j’ai pu entendre une mère chanter une berceuse à son bébé, c’étaient les mêmes sons incroyables, partant de la gorge. Pour écouter Osman Güjümow (dutar et chant) : ws_30086.MP3 ! (je vous recommande tout particulièrement ce morceau)

Il est professeur de dutar au conservatoire d’Achgabad.

OsmanetbakhshiPour écouter la bakhshi (barde, chanteuse) accompagnée par Osman : ws.MP3

J’ai compris qu’elle était élève au conservatoire, en dernière année, sans doute une des meilleures… Elle s’appelle Aybolek Mämmetgulyyewa. Absolument excellente !

Notez qu’en Asie centrale on appelle « bakshi » les chamanes sauf au Turkménistan où le bakshi est un barde.