Kirghizistan. Hilarité dans les Tien Shan

 

 

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Le fou rire extraordinaire de ce vieux chasseur de loups kirghiz nous en remontre à tous.

Photographie copyright Sylvie Lasserre

Quand un bon fou rire vaut mieux qu’un long discours. Une bonne leçon d’un vieux chasseur de loup…

Ecoutez :

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Pardonnez-moi la qualité du son mais c’est un enregistrement d’enregistrement…

Entre-temps j’ai fait la connaissance de l’auteur de ce reportage : un grand merci à Pierre Goetschel 🙂

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Massacres au Kirghizistan. Le chant de Yulduz Usmonova

C’etait il y a un an deja, rappelez-vous si vous avez suivi ce blog a l’epoque, nous avons vecu en quası direct ces evenements abominables. Voir sur ce blog la categorıe : Massacres d’Osh.

Les populations civiles ouzbekes d’Osh et Jalalabad ont ete massacrees par des Kirghiz.

La celebre chanteuse ouzbeke (d’Ouzbekistan) Yulduz Usmonova avait alors, sous l’emprise de l’emotion, compose cette tres belle chanson : Yulduz Usmanova sings about Osh, Kyrgyzstan

Pour les Ouzbeks massacrés du Kirghizistan

default.1297721147.jpgC’était cet été. Ne les oublions pas.

Un hommage de la célèbre chanteuse ouzbèke Yulduz Usmonova à ses frères massacrés : « qirg’izim » (mon Kirghiz, mon frère) :

Yulduz Usmonova – Qirg’izlarga / Песня Юлдуз Усмановой

Pour un aperçu des événements, voir la catégorie « massacres d’Osh » de ce blog.

Tragi-comédie en Ouzbékistan. 1/5 : Rescapés des massacres d’Osh (Kirghizistan)

Un Dromadaire sur l’épaule est en Ouzbékistan, avec les reportages de Sylvie Lasserre. Série diffusée à la radio au Dromadaire sur l’épaule, une émission de la Radio Suisse Romande, du 13 au 17 décembre 2010. Disponible à l’écoute sur le site du Dromadaire sur l’épaule.

TRAGI-COMEDIE EN OUZBEKISTAN

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Photo : copyright Sylvie Lasserre

De la vallée de Ferghana à Samarcande en passant par Tashkent, Sylvie Lasserre, reporter indépendante qui connaît très bien la région, nous propose cette semaine une promenade empreinte de légèreté et de rires, mais aussi parfois d’émotions – avec malgré tout une parenthèse très dure sur les massacres d’Ouzbeks survenus cet été à Osh au Kirghizistan.

Devenu indépendant en 1991 à la chute de l’empire soviétique, l’Ouzbékistan offre de multiples visages au voyageur curieux.

Ouzbeks, Russes, Tatars, Coréens, Ouïghours, Kazakhs, Khorezmiens, Tadjiks, Ukrainiens… se côtoient et se mêlent en un savoureux mélange. L’Ouzbékistanais est un bon vivant, qui aime rire et partager. Plus importante que tout en Ouzbékistan, la vie sociale, maintenue en un réseau très dense grâce aux traditions extrêmement tenaces.

1/5 Rescapés des massacres d’Osh

  

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 Photo : copyright Khaït Kurbanov

Pour écouter, c’est ici.

« Ils ont ouvert son ventre, ils ont arraché le bébé et puis ils ont dansé dessus ! » Dans la nuit du 10 au 11 juin 2010, au sud du Kirghizistan, de violents conflits éclatent, visant la communauté ouzbèke d’Osh.

S’ensuivirent de véritables pogroms visant les Ouzbeks: tirs de snippers, tueurs sillonnant les rues et abattant froidement les civils ouzbeks qu’ils croisent, maisons et magasins brûlés.

Les Ouzbeks doivent se défendre seuls, sans armes. Leur seul recours pour protéger leurs quartiers: monter des barricades et attendre une aide internationale qui n’est jamais arrivée. Les massacres durent une semaine.

Aujourd’hui, certains ont eu la « chance » de pouvoir quitter leur pays. Rencontre avec une des très rares familles réfugiées à Tashkent.

Invité : Alain Délétroz, Vice President (Europe) de International Crisis Group, une organisation non-gouvernementale indépendante et sans but lucratif qui travaille pour la prévention et la résolution des conflits armés. Il nous parle des pogroms d’Och, des enjeux et des conséquences de cet épisode tragique de l’histoire ouzbèke.

Paris. Conférence sur les massacres d’Osh (Kirghizistan)

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Au mois de juin dernier, la communauté ouzbèke du sud Kirghizistan fut victime de terribles pogroms. Certains osent parler de génocide. D’autres, plus timides, de nettoyage ethnique. Des scènes d’une cruauté inouïe, des populations ouzbèkes obligées de se défendre seules car ni armée, ni police, ne vinrent à leur secours.

N’ayant pas fait les « choux gras » de la presse qui leur a préférés le Mondial de football et les inondations en France, ces massacres sont passés quasiment inaperçus.

Les rencontres d’Asie centrale vous proposent une conférence sur ce sujet, qui se tiendra samedi 20 novembre 2010 de 15h30 à 17h30 à Paris, avec pour intervenantes :

– Alain Couanon, ancien ambassadeur de France au Kirghizistan

– Janyl Chytyrbaeva, journaliste kirghize à RFE/Radio Liberty

– Sylvie Lasserre, reporter freelance

Toutes les informations sur le site de la Maison d’Asie centrale

Lieu : Zango bar (1er étage), 15 rue du Cygne, 75001 Paris. Métro Etienne Marcel.

 Copyright photo : Khaït KURBANOV

Exposition-vente d’objets et vêtements d’Asie centrale, de Chine, de Mongolie et du Pakistan

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Amina Abdurahman, Sylvie Lasserre, Laetitia Merli, Corinne Picard seront heureuses de vous accueillir dimanche après-midi pour une exposition – ventre d’objets qu’elles ont glanés au cours de leurs voyages. Ce sera également l’occasion de nous retrouver pour de nouveaux échanges.
 
Un très grand merci à Saïdjon et Andréï, les patrons des restaurants ouzbeks Boukhara, qui nous prêtent gracieusement leur restaurant Le Boukhara Trévise pour l’occasion.
 
Lieu : Restaurant Boukhara Trévise, 37 rue de Trévise. 75009 Paris. Métro Cadet
Date : Dimanche 17 octobre 2010 entre 15 heures et 18 heures
 
En espérant avoir le plaisir de vous voir dimanche.

Kirghizistan. L’épuration ethnique des Ouzbeks se poursuit. Interview.

anonymous.1280220297.gifSylvie Lasserre a interviewé un Ouzbek d’Osh qui souhaite rester anonyme. Juillet 2010

Quelle est la situation aujourd’hui ? Les Ouzbeks qui ont fui Osh lors des événements sont-ils tous rentrés ?

Tous les Ouzbeks réfugiés en Ouzbékistan ont été renvoyés de force au Kirghizistan pour participer au référendum… Sans Ouzbeks, le gouvernement d’Otunbaeva n’aurait pu être validé. Mais il reste encore quelques blessés graves dans les hôpitaux à Andijan, une cinquantaine de personnes environ. Par ailleurs, selon RFI/Radio Liberty, quelques centaines d’Ouzbeks seraient restés chez des proches en Ouzbékistan…

Les Ouzbeks rentrés à Osh vivent dans des tentes distribuées par les organisations humanitaires. Mais la mairie a pris le contrôle de l’aide humanitaire qu’elle redistribue en la faisant payer. Les Ouzbeks ont dû acheter les tentes entre 20 et 2000 dollars ! Je crois que les ONGs ne sont pas au courant.

Des Ouzbeks ont commencé à nettoyer et reconstruire leurs maisons. Mais dans le centre d’Osh, la mairie a interdit la reconstruction car elle veut construire des immeubles pour les Kirghiz… En ce moment la mairie et le gouvernement kirghiz commencent à travailler sur le nouveau plan d’urbanisation d’Osh et Jalalabad.

J’ai été très surprise quand j’ai entendu parler d’arrestations… d’Ouzbeks ! Comme si le gouvernement voulait maintenant faire passer la faute des pogroms sur les Ouzbeks ! Que se passe-t-il ?

Les arrestations ont lieu dans les villages et les quartiers ouzbeks qui n’ont pas été très touchés. Pour les punir de s’être bien défendus.

Actuellement il y a un couvre-feu de 22h00 à 5h00 le matin. Les policiers et les soldats pénètrent dans les quartiers et les maisons des Ouzbeks et arrêtent les hommes. Cela se passe la nuit durant le couvre-feu puisque les Ouzbeks sont chez eux.

Chaque nuit ont lieu des arrestations. Mes parents ne veulent pas sortir, pendant la journée non plus, ils ont peur. Ils ont peur d’allumer la lumière pendant la nuit… pas de télévision… rien. Seulement dormir et espérer en dieu.

Au début, ils ont commencé par arrêter quelques personnes et ont ainsi pu obtenir des informations, notamment concernant les riches des quartiers ouzbeks. Ils enlèvent le fils ou le chef de famille puis demandent une rançon.

Roza Otunbaeva ne peut rien faire. Elle garde le silence. Si elle commence à punir les Kirghiz de leurs crimes, ils pourraient se révolter.

Avez-vous une idée du nombre d’arrestations ?
Le nombre exact des arrestations n’est pas connu mais des amis ouzbeks sont allés près de la prison centrale d’Osh, ils ont compté les femmes qui portaient à manger. Au total on estime qu’il y a près de 1000 prisonniers. En comptant aussi les prisonniers des régions majoritairement ouzbèkes, on atteint le chiffre de deux mille prisonniers… Ce sont des hommes, jeunes.

Il y a trois semaines, une de mes connaissances a été arrêtée. Il se trouvait avec ses amis dans un taxi dans la journée. Un soldat lui a demandé : Ouzbek ? Ouzbek ? Il a répondu oui. C’est tout. Il a passé deux semaines dans le sous sol du bâtiment de la police centrale à Osh, maintenant il est dans la prison centrale d’Osh. Il a été torturé. Son élocution est difficile, on pense que ses dents sont cassées… C’est étonnant mais il a pu garder son téléphone portable. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être il y a des écoutes. Son procès doit avoir lieu en août. Ils attendent peut-être qu’il paye.

Comprend-on un peu mieux aujourd’hui la genèse des événements, qui a organisé les massacres ?
Ce sont les clans politiques du sud. Historiquement il y a les Kirghiz du sud et les Kirghiz du nord. A l’époque de l’union soviétique déjà, le gouvernement alternait tous les 5 ans, un chef du gouvernement kirghiz du sud puis un chef du gouvernement du nord. Akaev, le premier président du Kirghzistan, était du nord, puis Bakiev, le deuxième était du sud. Maintenant Otunbaeva est du nord – son père est de Talas. C’est une guerre politique et il est certain que cela a été organisé par Azim Beknazarov, un ex-procureur de l’état kirghiz leader du parti nationaliste Assaba, originaire de Jalalabad, Adakhan Madumarov et Temirbek Sariev, un des candidats à la présidentielle. Cela n’a rien à voir avec Bakiev. C’est une guerre pour le pouvoir de politiciens du Sud.

Mais Bakiev aussi est du sud !
Oui mais il n’a rien à voir. Ils veulent devenir président, ils ne soutiennent pas Bakiev, qui est déjà parti, c’est fini pour lui. Maintenant ils veulent le pouvoir, ou sinon diviser le pays en deux. Il y a quelques jours, Beknazarov a déclaré officiellement dans une conférence de presse que la capitale du Kirghizistan devait se déplacer à Osh. Et le maire de Osh aussi.

Et les forces, les snippers… qui est derrière ?
Le chef du SNB, le KGB kirghiz, a officiellement déclaré dans les journaux populaires qu’il n’y a pas eu de snippers ni de mercenaires, c’est un mythe.

Alors qui étaient ces gens qui tiraient sur les civils ouzbeks ?
Ce sont les gens de Tashiev surtout, et aussi les supporters de Beknazarov. Le 10 juin, le fils aîné de Beknazarov, Ruslan, est venu de Bichkek à Osh pour organiser et prendre la tête des opérations. Ils ont fait appel à de simples Kirghiz de la région de Jalalabad, Naryn, Talas, Batken…

En avril lors du coup d’Etat à Bichkek, Beknazarov et Tashiev ont volé deux millions de dollars dans le budget de l’Etat kirghiz. Ils ont ensuite déclaré que c’était pour une opération spéciale. C’était pour financer cette opération !

Comment voyez-vous l’avenir des Ouzbeks du Kirghizistan?
Les soldats, militaires sont restés à Osh pour terroriser les Ouzbeks. Ils veulent les forcer à quitter le pays. Vers la Russie notamment, parce que c’est simple pour eux d’obtenir la citoyenneté russe. En trois mois, on peut l’obtenir. Et ils veulent aussi chasser les Ouzbeks du centre d’Osh, de Jalalabad et des villages… Depuis le génocide les institutions ont commencé à renvoyer les Ouzbeks. Ils ne veulent pas que les Ouzbeks reprennent leurs activités ni leurs affaires dans le centre-ville. Ce n’est pas simple, ils n’ont plus de travail.

Mais les Ouzbeks n’ont pas le choix, c’est leur pays, ils vivent ici depuis toujours, ils veulent rester et se défendre jusqu’à la mort.

Kirghizistan. Après les pogroms, les arrestations et les tortures pour les Ouzbeks.

SUR LES ROUTES D’ASIE CENTRALE

Attention : Un bug sur la plateforme des blogs du monde.fr fait que ce blog apparaît sous un titre erroné : non je n’ai pas modifié le titre, ce blog est bien « Sur les routes d’Asie centrale » ! 🙂

p1080084.1279723936.jpgLe calme est revenu au sud Kirghizistan dit-on… En apparence seulement puisque maintenant les Ouzbeks sont victimes d’arrestations arbitraires et de torture.

Mail reçu le 13 juillet :  » Bonjour Sylvie, Mon beau-frère a été arrété par la police à Osh pour sa réponse positive à la question « Ouzbek? » de soldats. Nous essayons de le faire libérer mais dans le Sud du Kirghizstan les militaires gouvernent et c’est déjà un autre pays sans loyalité aux autorités centrales à Bichkek. Ma soeur veut se brûler devant la prison à Osh si son mari n’est pas libéré.  »

Human Rights Watch vient de boucler un travail d’enquête sur le terrain à ce sujet dont le rapport est consternant :

Kyrgyzstan : Torture, Detentions Escalate Tensions.

Kyrgyzstan/Uzbekistan: Governments Should Open Border

Ce que me confirment également d’autres sources.

 

Photos : quartiers ouzbeks brûlés à Osh. Photo courtesy : copyright Khaït KURBANOV

Kirghizistan. Après le génocide, le négationnisme…

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A propos de la « catastrophe » – pour parler pudiquement – d’Osh et Jalalabad de la mi-juin (se référer aux nombreux témoignages recueillis chaque jour et dès le premier jour : voir catégorie Kirghizistan de ce même blog) : Crime contre l’humanité ? C’est certain. Génocide ? L’enquête le dira, même si tout semble l’indiquer.

Mais alors que les données sont à peu près clairement établies : de 80 à 95 % des victimes des pogroms perpétrés au sud Kirghizistan sont des Ouzbeks, alors qu’il apparaît de plus en plus clairement que les crimes ont été très soigneusement organisés et préparés, des Kirghiz nient.

Voici donc que déjà le négationnisme pointe son nez… Est-ce la honte qui les pousse à mentir ? Ou le nationalisme ?  Y croient-ils vraiment ? Certains n’hésitent pas à nier l’évidence, ou à présenter la réalité sous « son » meilleur jour…

Voici quelques faits pour le moins étonnants :

1) Une connaissance qui se trouvait à Osh le 10 juillet me raconte : « Jai failli moi-même frapper mon chauffeur de taxi kirghiz cet après-midi car il me disait en rigolant : les Ouzbeks ont fait tout cela à eux-mêmes et vous étrangers vous croyez à tout.  »

2) Durant les événements au sud Kirghizistan, une étudiante kirghize admise au titre étranger à Sciences Po s’est présentée aux médias francophones – qui n’y connaissant rien ont pu tout « gobber » – comme « chercheuse à Sciences Po » afin de donner des interviews orientées, passant notamment sous silence le fait que ce sont bien les Ouzbeks qui sont massacrés, chassés de leurs maisons et de leur patrie par des Kirghiz. Je cite : « Des citoyens se sont entre-tués ».

Outre cela, elle s’en est pris violemment à moi lors de chacune de mes interventions publiques à ce sujet. Notamment une de mes interviews sur France 24 ne lui a pas du tout plu : «  Kirghizistan : un massacre organisé ? « . Suite à celà, elle a posté le 16 juin sur mon mur Facebook, lu par environ 1200 personnes (il s’agit donc de diffamation) :

« Sylvie Laserre n’est pas un « spécialiste » d’Asie Centrale, contrairement a ses prétensions grotesques et ridicules. Elle ne parle meme pas russe, sans mentionner le kirghize et l’ouzbek. Elle n’a jamais voyagé au Kirghizstan et n’a jamais visité la ville d’Och. Alors vous croyez toujours a ses articles a la va-vite, qui ne lui sert que de se faire le nom? »

J’ai laissé volontairement les fautes d’orthographe et je vous laisse juge du niveau… Quoi qu’il en soit, c’est un fatras de mensonges, et des méthodes de voyou, certainement pas de chercheur. Cela étant, elle nuit par la même occasion à la réputation de Sciences Po dont elle se réclame…

Elle a fait de même sur tous les sites des médias dans lesquels je me suis exprimée, lesquels ont effacé ses commentaires diffamatoires. Et je passe les insultes personnelles en privé.

Drôles de méthodes pour une chercheuse… Il est évident que cette étudiante douteuse est soutenue par son régime…

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3) Enfin, le 24 juin, l’ambassade d’Ouzbékistan à Paris organise une conférence pour présenter la situation humanitaire dramatique des Ouzbeks kirghizistanais. Juste avant le début de la soirée, une voiture diplomatique pile devant l’entrée, en jaillissent quatre Kirghiz, qu’accueille néanmoins l’ambassadeur.

Ils ne diront pas mot durant les présentations et débats. A la fin, j’intercepte deux jeunes hommes kirghiz à qui je demande de m’expliquer la « réalité », écoutez plutôt (clairement, ils me prennent pour une idiote) :

Photos : quartiers ouzbeks brûlés à Osh. Photo courtesy : copyright Khaït KURBANOV

Kirghizistan. Tous les leaders ouzbeks ont été arrêtés. On veut leur faire porter le chapeau du génocide…

Un grand merci à Dominique C. Lelong pour sa traduction en français. English version.

Reçu d’un témoin sur place.

« Maintenant je ne veux même plus lire les nouvelles pour ne pas revivre mes souffrances. Tous les journaux locaux, tous les sites web d’information sont plein de récits racontant que les Ouzbeks sont mauvais, jamais satisfaits, il n’y a jamais eu de génocide, ce sont les Ouzbeks qui ont commencé, le monde est du côté des Ouzbeks, etc. Maintenant ils font du zèle pour arrêter les Ouzbeks, tous les suspects sont Ouzbeks, les bureaux des chefs Ouzbeks sont pleins de fusils et de littérature islamique, tous les Ouzbeks sont des terroristes…
Aujourd’hui j’ai trouvé dans un journal l’adresse d’un député au ministre des finances : « la ville d’Osh devrait changer, le conflit a débuté à cause de la coexistence de deux ethnies dans des espaces séparés. Nous allons construire des blocs d’immeubles où les Ouzbeks et les Kirghiz vivraient ensemble et utiliseraient la même clinique, la même école, le même jardin d’enfants ». Pour moi c’est un avertissement clair en direction des Ouzbeks « n’espérez même pas revenir dans vos maisons brûlées, vous trouverez à la place des immeubles pour Kirghiz » Même si de nouveaux immeubles étaient construits, les Ouzbeks n’ont pas de quoi acheter quoi que ce soit.
On peut maintenant en conclure que l’objectif principal des incendies de maisons dans les centres villes était l’installation de zones kirgyzes, comme ils se tenaient en dehors des centres villes. Il s’est passé la même chose en 1990. Les Ousbeks ont maintenant peur pour leurs vies et ne diront rien. Ils préfèreront vivre dans les banlieues où vivent déjà des Ousbeks et peut être dans les villages les plus proches de l’Ouzbékistan.
Hier j’ai lu sur le site www.ozodlik.com (site « liberté » en Ouzbek), un article à propos d’Ouzbeks arrêtés parce qu’ils avaient attrapé 2 ou 3 gars kirghyzes qui incendiaient les maisons ousbèques à Cheremushki. Les Ousbeks ne les ont pas tués, ne les ont pas battus (personne n’aurait jamais été informé si cela avait été le cas), ils les ont juste remis à la police. Maintenant ces types kirghiz sont des victimes et on interroge les Ouzbek sur le fait qu’ils les aient arrêtés alors qu’ils ne sont pas de la police…
Comment supporter cette injustice ? Comment vivre dans son propre pays où plusieurs générations des vôtres ont vécu ? Où aller ? Comment recommencer une nouvelle vie si vous n’avez rien pour recommencer ni même le désir de recommencer ? Si même il y avait un endroit où aller, on ne peut pas laisser ses parents, frères et sœurs, cousins livrés à eux-mêmes. Comment vivre ? Comment vivre au Kirghizistan si vous avez peur de revendiquer le respect de vos droits humains élémentaires ?
Tous les chefs ouzbeks ont été arrêtés, qui va se battre pour nos droits maintenant ? Pourquoi la communauté internationale ne prend elle pas l’initiative d’une enquête internationale qui permettrait d’établir les faits ? Je vois tous les médias étrangers parler des Ouzbeks mais personne n’agit. Pourquoi les officiels des principales nations du monde donnent-ils la priorité aux intérêts de leur pays et pas aux droits humains : les USA à leur base aérienne de Manas et la Russie à leur base à Kant ?
Comment se battre contre le massacre de minorités dans les états si les organisations humanitaires et l’ONU ne s’occupent pas des peuples ? Ou si le million d’Ouzbeks ne pèse pas assez pour qu’ils s’y intéressent ? Je n’ai pas de réponse, personne n’a de réponse.
Le massacre de masse des Ouzbeks s’est arrêté, mais pas le vol de leurs biens, l’arrestation de ceux qui sont riches après les avoir dépouillés de tout. Le propriétaire du restaurant Mercure et Jupiter incendié a été retenu en otage et libéré contre 20 000 $ et l’obligation de signer des documents concernant ses propriétés.