Au pays des Ouïghours sur France culture

cultures-isl.1292156935.jpgAu pays des Ouïghours invité à Cultures d’Islam d’Abdelwahab Meddeb.

Pour m’entendre cliquer ici.

Comment pénétrer dans les cœurs lorsque l’on se trouve en visite chez un peuple opprimé, contrôlé, assailli par un Etat puissant ? Comment retrouver l’expression d’une révolte entretenue à l’extérieur ? C’est à cette expérience qu’a été confrontée Sylvie Lasserre en entrant dans le Turkestan sous domination chinoise à partir du Kazakhstan, précisément du poste frontière de la ville de Korgas.

Ce voyage s’est déroulé après les émeutes et les heurts sanglants de l’été 2009 qui ont opposé la minorité ouïghoure à la majorité han à Urumqi, capitale de cette partie du Turkestan que les Chinois appellent Xinjiang. Sylvie Lasserre veut vivre de visu ce qui lui a été raconté par les Ouïghours qu’elle a rencontrés à Paris et en Europe, ceux avec qui elle a protesté en l’été 2009 au Trocadéro contre les exactions subies par leur peuple. Elle veut apporter matière vive à son amie Rebiya Kadeer, le leader qui incarne la cause ouïghoure dans ses pérégrinations de par le monde et à partir de son expatriation américaine.

D’ailleurs qui connaît la cause ouïghoure ? N’est-elle pas absente des consciences ? N’est-elle pas loin des urgences de la militance internationale ? Pourtant le problème est de même nature que celui du Tibet. Rappelons que les Ouïghours sont une population musulmane et turcophone vivant sous l’autorité de l’Etat chinois. L’accueil fait sur place à l’enquêteur est des plus circonspects. Les Ouïghours s’avèrent discrets et peu diserts. Peut-être l’expérience les a-t-elle rendus peu confiants. Personne ne parle d’oppression ni de revendication pour quelque cause nationale. Tandis que l’accès au culte semble libre à ceux qui n’appartiennent pas au parti ni ne collaborent aux structures officielles. La voyageuse décrit les cérémonies qui ont clos le mois de ramadan dans des mosquées qui débordent. Et le sort fait à la ville patrimoniale, Kashgar et ses monuments, appartient à la logique de l’Etat centralisateur qui folklorise les espaces de civilisation pour en faire des zones touristiques, dénaturant l’objet archéologique originel, l’adaptant à l’ordonnancement de l’espace selon ce qui constitue la norme dans les parcs Disney Land. Tout en cherchant à se faire oublier à eux-mêmes, les Ouïghours demeurent attachés à l’islam, à son culte. Un reste de rites soufis perdure comme le sama’, cet oratorio spirituel qui emporte les corps dans une danse procurant l’ivresse. De même, le chamanisme, quoique réprouvé, dénigré, interdit, continue d’être exercé sous l’autorité de formules islamiques. Le syncrétisme ancestral persiste. Mais la pression est forte pour banaliser l’habitus han chez les Ouïghours. La politique de peuplement et l’investissement infrastructurel destiné à agrandir les villes fera des Ouïghours une petite minorité à l’intérieur du territoire de leurs ancêtres.

Bibliographie :

Sylvie Lasserre, Voyage au pays des Ouïghours (Turkestan chinois, début du XXIe siècle), éditions Cartouche, 2010

Invité(s) :
Sylvie Lasserre , reporter et photographe

Thème(s) : Idées| Asie| Idéologie| Ouïghours

Le voyage en pays ouïghour, de Sylvie Lasserre (sur l’extrait, une itv avec Rebiya Kadeer)

Durée totale du documentaire : 1 heure.

 » Nous vivons dans un immense camp de concentration à ciel ouvert !” Cette terrible phrase de Rebiya Kadeer en tête, je me suis rendue au Turkestan chinois en octobre 2007, déterminée à comprendre de quoi il retournait exactement et mue par la conviction que je devais aider le peuple ouïghour.

L’auteur, Sylvie Lasserre, est grand reporter, auteur et photographe, spécialiste de l’Asie centrale. Elle travaille sur les Ouïghours depuis plus de quatre années.

Pour visionner un extrait :

Sur Dailymotion : Le voyage en pays ouïghour, de Sylvie Lasserre (extrait)

Sur Youtube : Le voyage en pays ouïghour, de Sylvie Lasserre (extrait)

Commander le DVD : Les Editions d’Asie centrale 

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Chamanisme en Ouzbékistan, par Sylvie Lasserre. Ce soir !

kochkoch1bd.1270791028.jpgVendredi 9 avril 2010 à 19:00, à la Maison d’Europe et d’Orient à Paris

Projection par Sylvie Lasserre

Ouzbékistan, décembre 2008. Un village aux confins ouzbéko-tadjiks. Au loin, les sommets enneigés des monts Turkestan. Un oued à sec, qui sert de piste. Au bord de l’oued, une ferme, la dernière avant la frontière du Tadjikistan, deux cent mètres plus loin. Là vit Mayram, la chamane la plus puissante de la région. Le regard perçant et malicieux. Des pommettes très saillantes. Calme. Sûre d’elle.

Sylvie Lasserre a partagé sa vie, ce qui lui a permis d’assister à différents rituels. La neige fraîche a plongé le pays dans un doux silence. Moins quinze degrés la nuit. Coupures de gaz et d’électricité, pas d’eau courante, toilettes à l’extérieur, simple trou creusé dans la terre…

Dans cette région reculée d’Ouzbékistan, le chamanisme se pratique encore selon des méthodes préislamiques. Mayram soigne en jouant de la doïra, le tambourin grâce auquel elle « ressent ce qui se passe chez les gens ». Le rituel le plus important, long et complexe, est le « koch koch » – prononcer koutch koutch. Battements lancinants de la doïra, transes, larmes, rires, chants et cris des femmes… Mélopées de Mayram qui invoque les saints, les fées et les démons. Histoires de vies. Emotions.

Sylvie Lasserre est grand reporter, spécialiste de l’Asie centrale. Elle est l’auteur du blog www.surlesroutesdasiecentrale.com et dirige la Maison d’Asie centrale

Maison d’Europe et d’Orient

3 passage Hennel
75012 Paris – France
M° Gare de Lyon / sortie bd. Diderot / accès par le 105 av. Daumesnil
ou M° Reuilly-Diderot / sortie rue de Chaligny / accès par le 140 rue de Charenton
tel +33 (0) 1 40 24 00 55
fax +33 (0) 1 40 24 00 59

mel contact@sildav.org

Voir toutes les informations : ici.

Bach était-il un chamane ?

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Vous l’aurez compris, la question est une boutade, je n’imagine pas une seconde Bach en  » chamane « . Pourtant… combien de fois n’ai-je constaté cette petite transe s’emparant de moi lorsque je l’écoute.

Rien de cérébral à tout ça. C’est bien ce qui m’étonne. Point d’émotion non plus (enfin… ça dépend des morceaux 🙂 mais pas pour ceux dont je parle ici).

Et pourtant… Ces notes martelées… A chaque fois, le même raz-de-marée me surprend. Quelle est cette magie ? Cette émotion pure, sans sentiment ? C’est presque mécanique. Etrange. Surprenant.

Je vous invite à regarder et écouter ceci : c’est sublime, bouleversant, magique !

http://www.dailymotion.com/video/x19clg_bach-a-kaya_travel

Merci à Raoul Jehl, qui nous permet d’être témoin de cet événement. Dommage que cet extrait soit si court.

Raoul, est un musicien « vagabond », il a enregistré ça au Burkina Faso. Il voyage avec son piano pendant ses vacances et partage sa musique dans les pays qu’il visite. Dans la vie il est professeur de piano dans un conservatoire en Bretagne.

Vous me direz :  » Et l’Asie centrale dans tout ça?  » En effet… sauf que Raoul Jehl voyage aussi en Asie centrale et que je l’ai rencontré ce week-end dans le cadre des Rencontres d’Asie centrale qui se sont tenues ce samedi à Paris.

Allez faire un saut sur son site : Notes vagabondes.

Lire également la revue de presse à son sujet : http://notesvagabondes.free.fr/notvag/presse.html

Chamanisme en Asie centrale – Observation participante :-)

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Mayram enduit Zohra, la « patiente « , du sang du mouton qui vient d’être sacrifié.

Eh oui les rituels sont faits pour générer de l’émotion. Je le confirme…

J’ai enfin pu participer à mon premier kuch kuch (rituel conduit par une bakshi – chamane en Asie centrale – à l’aide d’une doira, tambourin en Ouzbékistan).

Mayram, la chamane chez qui je vis, officie ce jour là chez Zohra, et nous a emmenées avec elle, Katja, mon interprète, et moi. La cérémonie durera toute la journée ; le rituel proprement dit, deux heures environ.

Un moment étrange : lorsqu’une des assistantes de Mayram, une vieille femme, se lève, en transes, et parcourt notre assemblée. Elle nous attrape au hasard et frappe. Assez effrayant mais nous sommes nombreuses et toujours un peu au bord du rire :

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Zohra, la  » patiente « , très émue. Tout au long du rituel, elle revivra de nombreuses émotions.

Mayram m’a raconté qu’une fois, lors d’un kuch kuch auquel elle participait, la bakshi en transes l’avait frappée si fort avec sa doira qu’elle était rentrée chez elle avec un oeil au beurre noir.

Copyright images et sons : S. Lasserre – Ne rien reproduire sans mon autorisation.

Ouzbékistan – Rituel chamanique en Asie centrale (1)

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Toujours le même village, aux confins tadjiko-ouzbek. Une cérémonie de koch koch pour Zohra, la patiente et hôtesse.

Mayram, la chamane chez qui je vis, m’a emmenée avec elle. Mayram est la meilleure chamane de la région.

Le koch koch dure la journée, repas compris. La cérémonie proprement dite, environ deux heures. Elle se déroule en plusieurs phases.

Aujourd’hui, ce n’est pas un koch koch de guérison mais un koch koch que Zohra organise régulièrement pour écarter les problèmes, pour que sa vie s’améliore.

Sur cet enregistrement nous en sommes à la seconde phase de la troisième khalqa (séance). Ecoutez : 6-3e-khalqa-kurpacha-phase2.1231577289.mp3

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Turkménistan – Un peu de musique turkmène ?

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Alors que les  » bardes  » d’Asie centrale débarquent à Paris pour un concert au Théâtre de la ville samedi, je vous propose un avant-goût sur ce blog.

Durant notre séjour au Turkménistan, nous avons rencontré, (le photographe avec qui je suis partie et moi-même), par le plus grand des hasards, d’excellents musiciens classiques, joueurs de dutar, l’instrument national turkmène. A cause de la barrière de la langue et de mon intérêt manifeste pour leur art, je crois qu’ils nous ont pris pour des impressarios… Ils n’ont jamais su que nous étions journalistes, cela aurait pu les mettre en danger.

Nous étions souvent invités le soir chez Akmyrat, notre ami, pour de petits concerts dans un deux-pièces des faubourgs d’Achgabad. Ils semblaient heureux de nous faire connaître la musique traditionnelle turkmène. A la fin de notre séjour, Yazmyrat Rejepow, le frère d’Akmurad, professeur de dutar au conservatoire et compositeur, nous a fait part de son désir de venir faire un concert en France, lui et ses amis. Très officiellement il nous remit un enregistrement video. J’essaye donc de faire connaître leur musique ici et là. A cette occasion, j’ai appris qu’ils n’étaient pas inconnus, même en Europe. Ce fut malheureusement peine perdue, car un jour un maladroit à qui j’avais confié la bande l’égara ou l’effaça ! Je ne peux donc que proposer ces enregistrements personnels, faits avec mon dictaphone.

Yazmyrat Rejepow au dutar : clic !

Vous verrez, la musique est étrange, envoûtante, les voix un peu guturales. Un soir j’ai pu entendre une mère chanter une berceuse à son bébé, c’étaient les mêmes sons incroyables, partant de la gorge. Pour écouter Osman Güjümow (dutar et chant) : ws_30086.MP3 ! (je vous recommande tout particulièrement ce morceau)

Il est professeur de dutar au conservatoire d’Achgabad.

OsmanetbakhshiPour écouter la bakhshi (barde, chanteuse) accompagnée par Osman : ws.MP3

J’ai compris qu’elle était élève au conservatoire, en dernière année, sans doute une des meilleures… Elle s’appelle Aybolek Mämmetgulyyewa. Absolument excellente !

Notez qu’en Asie centrale on appelle « bakshi » les chamanes sauf au Turkménistan où le bakshi est un barde.