Le cheval comme conducteur des âmes des morts

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Musée de Peshawar. Copyright 2010 Sylvie Lasserre

La Lettre du Toit du Monde publiait en juin 2019 un article très complet sur le cheval psychopompe, signé François Pannier, le directeur de l’Association pour le Rayonnement des Cultures Himalayennes (ARCH). En voici un extrait :

« Nous trouvons en effet, à la limite de l’Afghanistan et du Pakistan avec la passe de Khyber, lieu de passage d’importantes invasions, un arc d’ouest en est, avec des traditions extrêmement originales.

Les Kafirs et les Kalash tout d’abord, un peu plus au nord, le site funéraire de Pir Panjal avec ses centaines de cavaliers de pierre, les Dardes du Ladakh aux traditions très proches des Kafirs et des Kalash, leurs origines aryennes semblant communes, l’alignement mégalithique de Do Ring, les bois sculptés de Byash, à l’extrême nord-ouest du Népal, sont autant d’éléments qui nous font penser qu’ils ont grandement influencé ce type de phurbu psychopompe et qu’il faudrait y situer la source de l’utilisation de cet objet. »

Voici le numéro 27 de la lettre du Toit du Monde où figure cet article : Cheval psychopompe et phurbu.

Bonne lecture.

Reparution du Voyage au pays des Ouïghours

Mardi 2 juillet 2019

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Alors que mon ouvrage Voyage au pays des Ouïghours était épuisé depuis longtemps et que l’éditeur n’existe plus, je suis heureuse de vous annoncer qu’il reparaît chez Bookelis chez qui vous pourrez désormais vous le procurer si vous ne l’avez pas déjà lu : Voyage au pays des Ouïghours

Lire un extrait :

« Quand la sunay [1] entonne sa gaie mélopée et le naghra [2] se met à vibrer, une clameur s’élève dans la foule amassée devant la mosquée jaune. Regroupés au bas des marches, une cinquantaine de gamins lèvent la tête et crient joyeusement vers les trois musiciens juchés sur le bord du toit de la mosquée : « Samâ ! Samâ ! » Sifflets et joyeuses interjections ravissent l’atmosphère. Mais ce n’est pas encore le samâ, c’est une autre mélodie. Alors les gamins hurlent de plus belle : « Samâ ! Samâ ! Samâ ! » Les musiciens se font attendre, chauffent l’ambiance. Alors, en chœur, les garçonnets scandent : « Un ! Deux ! Trois ! Samâ ! » Les musiciens ne se décident toujours pas.Samâaaaaa !!!!! Autour d’eux, le parvis est noir de monde. Chacun attend fiévreusement le samâ. Les musiciens poursuivent leur mélopée monotone, la foule se fait de plus en plus impatiente. Des curieux s’adressent à Dilraba : Qui suis-je, que fais-je… Les traîtres espions sont partout, souvent sous des dehors très anodins. Il faut même se méfier des clochards paraît-il. Soudain le rythme change, c’est la mélodie du samâ. On nous fait signe de faire de la place et c’est parti ! Un enfant lance les bras en l’air et entame la danse. Ses camarades le suivent. Ils sont cinq ou six à peine. Un petit cercle s’ébauche. Les jeunes danseurs frappent des mains et poussent des « Han ! » « Houey ! » pour se donner de l’entrain. Peu à peu le cercle grandit. Un à un les danseurs entrent dans la ronde qui s’élargit toujours plus. Le soleil darde ses rayons, les abeilles collantes de septembre sont de la partie. Un touriste chinois, de Pékin sans doute, se joint à la danse et tente d’apprendre. Un vieil Ouïghour s’approche et lui montre.Sans doute abusé par le châle fleuri que je porte, un homme me demande si je viens d’Ouzbékistan. Je lui dis que non, de France et il s’éloigne, satisfait. Les Ouïghours, comme souvent les habitants d’Asie centrale, sont très curieux. Au Turkestan, on n’hésite pas à aborder l’étranger pour le questionner, sans arrière-pensée, juste pour le plaisir.Par moments le samâ est ponctué de grands « Han ! » scandés par les danseurs. Tentatives pour parvenir à l’extase ? Mais la transe ne sera pas au rendez-vous.Aucune femme dans la ronde. Les hommes dansent, les femmes regardent. Un jeune Chinois à l’allure très citadine se risque à son tour et entre dans le cercle. Il tente d’apprendre. Pataud au début, il capte enfin la bonne gestuelle. Assez grand, plutôt beau, il a de l’allure avec son béret, ses savates locales, son ample pardessus beige et sa besace jetée sur l’épaule. Tout le monde le regarde. Amusement général. Dilraba et moi en profitons pour échanger nos commentaires sur les danseurs.Une femme vient d’entrer dans la danse. Elle paraît folle. Une mendiante ? Afin d’élargir le cercle, les danseurs repoussent de leurs bras, qu’ils jettent d’un côté puis de l’autre tout en dansant, les spectateurs agglutinés trop près. Tandis qu’ils dégagent ainsi de la place, je ressens chez certains des plus jeunes, aux mouvements de leurs bras, à la fierté impassible qu’affiche leur visage, à la façon aussi dont ils écartent les badauds, une agressivité contenue. Certainement une manière de revendiquer leur culture, mine de rien, ce qu’ils n’ont jamais l’occasion de faire autrement. »

[1] Instrument à vent en bois.

[2] Instrument à percussion métallique.

Pierres à pluie de Yarkand

samedi 16 mars 2019

On trouve les pierres à pluie dans de nombreuses contrées. En voici encore une attestation, qui décrit aussi la façon dont elles sont utilisées à Yarkand, au sud de l’actuel Xinjiang en Chine (pays des Ouïghours). Extrait du journal de voyage de Mir I’zzet-Ullah, Voyage dans l’Asie centrale, 1812, paru dans Magazin asiatique, ou Revue géographique et historique de l’Asie centrale et septentrionale, tome second, p. 33, publiée par Julius Klaproth, juillet 1826 :

 » Une des curiosités du pays est la pierre nommée yedeh, qui se tire de la tête d’une vache ou d’un cheval, et par la vertu de laquelle on peut produire la neige ou la pluie. Je n’ai pas eu l’occasion d’observer le fait ; mais la vérité m’en a été attestée par plusieurs personnes ; celles qui font usage de la pierre sont en grand nombre ; on les appelle yededji ; il faut enduire la pierre du sang d’un animal, puis on la jette dans l’eau ; en même tems on lit une formule de charme : aussitôt un grand vent s’élève, et ensuite la pluie et la neige tombent. Les vertus de cette pierre sont restreintes aux pays froids ; il serait, par conséquent, inutile de la transporter dans les cantons sablonneux de l’Hindoustân. »

Nous trouvons encore trace de cette pierre, appelée yedeh tash « pierre yedeh », à Gummi, une ville située entre Yarkand et Khoten, dont le chef, Kurban Beg, était en possession de cette pierre qui avait la faculté de faire tomber la pluie dès qu’on la plonge dans de l’eau douce, nous dit-on (Memoir on Chinese Tartary and Khoten, W. H. Wathen, The Journal of the Asiatic Society of Bengal, Volume IV, p. 657, 1835).