La potion magique des peuples türks

DSC_0178

Tadjikistan. Après avoir faire cuire au feu la tête et les pattes du mouton sacrifié, une jeune fille gratte les parties brûlées avant de préparer la soupe qui sera servie à l’issue du rituel chamanique. Copyright Sylvie Lasserre

La première fois que j’ai entendu parler de cette soupe, la kalla-pocha, elle était servie à la fin d’un rituel chamanique auquel j’avais assisté au Tadjikistan. Kalla : la tête, pocha : les pattes. De l’animal sacrifié rien ne se perd : la viande est cuite en ragoût, la tête, les pattes et les abats mijotent en soupe, enfin la peau est récupérée par le chamane. La kalla-pocha est bue par les participants à la fin de la cérémonie.

IMG_8867

Durant le rituel, la patiente remue la kalla-pocha à l’aide d’une louche. Copyright Sylvie Lasserre

La seconde fois que j’ai entendu parler de cette soupe, c’était en Turquie, sur la côte de la mer Egée. Une vieille voisine enrhumée et alitée me demanda de lui rapporter de la ville une soupe kelle paça, précisant que cela lui redonnerait des forces et l’aiderait à guérir. Et quel ne fut mon étonnement lorsque, descendue en ville, je constatai en effet que de nombreux restaurants vendaient la soupe kelle paça.

Toujours sur la côte égéenne. Récemment, attirée par l’odeur de corne brûlée qui semblait venir de derrière chez moi, je trouvais une voisine accroupie devant un feu qu’elle entretenait. Elle me dit qu’elle préparait une kelle paça. Alors qu’elle grattait les pattes carbonisées d’un mouton, je retrouvai les mêmes gestes que je vis faire par ces femmes au Tadjikistan. Intriguée, je lui demandais quelles étaient les vertus de cette soupe, et elle m’expliqua que c’était bon pour fortifier les os (elle a quatre enfants en bas âge).

IMG_1620 (2)

Cette soupe semble être parée de toutes les vertus. J’ignore si c’est fondé ou non mais c’est très probable car les peuples türks n’ont pas leurs pareils dans la connaissance des pouvoirs des aliments.

Renseignements pris, on la consomme aussi en Afghanistan où le kalah wa pacha est une soupe nourrissante qui se consomme généralement le matin et qui est très appréciée des travailleurs de force comme les fermiers et les soldats et même des lutteurs.

Lire aussi : How to eat kalah pacha

Un temple inattendu dédié à Sin, le dieu mésopotamien de la lune.

Soğmatar ! En route vers Istanbul depuis Islamabad, je fis une escale d’une semaine à Urfa, l’ancienne Edesse, ville ô combien riche du point de vue de l’histoire des religions, ainsi que ses environs. Après avoir visité Harran, la ville biblique où naquit Abraham – j’y reviendrai dans un autre poste – on me conseilla de me rendre à Soğmatar où je trouverais des temples dédiés aux dieux mésopotamiens.

IMG_7054

Soğmatar, copyright Sylvie Lasserre

Soğmatar se trouve à une soixantaine de kilomètres de Harran. Après avoir sauté dans un taxi, le seul moyen de s’y rendre, j’arrivai dans un lieu quasi-désertique et battu par les vents. Seules quelques fermettes reposaient là. Je m’approchai de deux bergères occupées à nourrir leurs moutons tout en me demandant ce que pouvaient bien faire là des temples païens dont rien d’ailleurs n’indiquait la présence.

IMG_7035

Soğmatar, copyright Sylvie Lasserre

Finalement, trois gamins accoururent vers moi en me faisant signe de les suivre. Nous pénétrâmes dans une grotte transformée en temple, aux parois couvertes de suie. Là, les gamins visiblement habitués à voir des touristes débarquer de temps à autre, m’indiquèrent du doigt chaque figurine gravée en bas-relief sur les parois.

IMG_7043

IMG_7042

IMG_7041

Temple dedicated to the moon, Sin, in Soğmatar, copyright Sylvie Lasserre

Je l’ignorais alors mais cette grotte ornée porte le nom de grotte de Pognon, du nom du diplomate et archéologue français Henri Pognon (1853-1921), qui en fit la découverte.

Soğmatar (ou Sumatar) était un centre de culte pour les habitants de Harran qui vénéraient les dieux de la lune et des planètes durant le règne du roi Abgar.

Selon la légende, c’est également à Soğmatar que se trouverait le puits de Moïse. C’est aussi là que Moïse, fuyant l’Egypte, aurait rencontré Séphora, la fille de Jethro, qui devint son épouse, et que son beau-père lui offrit le fameux bâton qu’il transformera plus tard en serpent devant le Pharaon.

IMG_7119.JPG

Au sommet de la colline où se trouve la grotte de Pognon, des ruines constituées d’énormes blocs de pierres. Copyright Sylvie Lasserre.