Pakistan. Conversation dans la cuisine : « J’ai donné mon fils à ma belle-soeur »

Lundi 8 avril 2013

A Islamabad, toutes les femmes de ménage sont chrétiennes *. La mienne aussi. Conversation ce matin alors que nous parlons du poste d’institutrice qu’elle vient d’obtenir :

– Avant je travaillais déjà dans une école mais quand j’ai accouché en décembre de l’enfant que j’ai donné à ma belle-soeur, et que j’ai demandé au directeur une semaine de congé de cnvalescence, il a refusé et ne m’a accordé que deux jours. Aux musulmanes, il donne une semaine ! Alors j’ai démissonné. C’est une question de fierté. Je préfère encore faire des ménages.

– Tu as donné ton bébé à ta belle-soeur ?

– Oui parce qu’ils n’arrivent pas à avoir d’enfant.

– Mais… et ton mari qu’a-t-il dit ?

– Il est content parce que c’est pour son frère, le problème vient de lui.

Ce matin Imrana est bavarde et moi j’ai envie de comprendre.

– Je l’ai tout de suite donné, dès qu’il est né, je ne l’ai même pas posé sur moi. Je l’ai fait uniquement pour elle. J’ai assez de deux enfants, je n’en veux pas plus car ensuite tu n’es pas capable de leur payer une bonne éducation. Quand je leur rends visite, je ne le prends pas dans mes bras, je ne peux même pas dire qu’il est mignon, cela me ferait… Je me dis que ce n’est pas mon fils.

– Quel âge a-t-il ?

– Il a trois mois… Je me dis que c’est Dieu qui m’en a fait cadeau, pour eux. Maintenant ils sont très heureux.

Imrana poursuit :

– Dans ma famille nous sommes six enfants et je suis la seule à avoir pu faire des études, parce que j’ai obtenu une bourse.

– Et tes frères et soeurs ?

– Ils n’ont pas eu de bourse, moi c’est parce que je travaillais très bien. J’étais toujours la première, j’avais des 99/100. Ils me payaient tout, même quand j’avais besoin d’un crayon, ils me le payaient.

Les familles pauvres ne peuvent offrir d’études à leurs enfants…

– Qui t’a donné une bourse ?

– C’est une famille de pasteurs allemands. C’est soeur Catherine qui nous a mis en relation. Elle cherche des bourses pour les enfants qui travaillent très bien afin de leur permettre de poursuivre leurs études. Ma mère, elle, a été mariée à treize ans et c’est elle qui a toujours travaillé pour nous élever car mon père est malade (il est très vieux, il avait 36 ans quand il a épousé ma mère). Elle est infirmière. Moi je ne me suis mariée qu’à 24 ans. Mon mari, lui, n’est pas lettré, mais il est très bon avec moi. Il m’aime beaucoup, j’ai de la chance. Bientôt il va me construire une cuisine, nous n’en avons pas, pour l’instant nous cuisinons dehors.

* On se référera aux posts précédents de ce blog sur les Chrétiens du Pakistan

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Une réflexion sur “Pakistan. Conversation dans la cuisine : « J’ai donné mon fils à ma belle-soeur »

  1. Même si c’est une pratique usuelle (sinon fréquente?), elle est difficile à « avaler ». J’ai connu dans les années 70, une jeune femme de famille très aisée qui avait dû donner son PREMIER-NE à sa belle-mère qui venait de perdre un enfant! Sa douleur était perceptible sous un masque…

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