Dans les camps des îles grecques, les drames de l’humanité…

« EVERY ONE NEEDS FUTURE ! »

 

 

Soudanais, Somaliens, Mauritaniens, Palestiniens, Bengalis, Pakistanais, Afghans, Iraniens… Des jeunes hommes pour la plupart. Je n’ai rencontré qu’une poignée de femmes, palestiniennes, à Chios.

C’était en avril 2006. J’avais pu visiter les camps de réfugiés – interdits aux journalistes -, de Chios et Mythilène, ces deux îles grecques proches des côtes turques.

Déjà la Grèce supportait seule, sans l’aide de l’Europe, le poids de ces milliers de destins à la dérive, chassés de chez eux par les guerres et la misère, arrivés (quand ils réussissaient) en petits bateaux gonflables, après de longs périples.

J’ai visité aussi les cimetières sur les îles grecques, où certains destins se sont arrêtés à jamais. Quelques tombes anonymes repérées par quelques briques.

A Mythilène et Chios, j’ai pu admirer la chaleur des îliens aussi, très impliqués pour aider ces désespérés. Admirable fraternité grecque ! Je me souviens d’une soirée merveilleuse et presque magique à Athènes, entre Grecs des associations et réfugiés (Syriens – torturés – Somaliens, Ethiopiens, Soudanais…).

Cinq ans après, rien n’a changé, les drames humains s’étendent sur la planète.

Il faut savoir que Chios et Mythilène ne sont pas la fin d’un voyage mais le début d’un long long périple pour se trouver une place quelque part sur cette terre.

A Mythilène, j’avais rencontré Arif, un jeune Hazara d’Afghanistan, pays qu’il n’a jamais connu, ses parents ayant fui en Iran, son père, un mujahhidin, disparu, prisonnier quelque part des talibans.

J’ai suivi pendant quelques années son périple. La sortie du camp, Athènes, l’installation, les espoirs, les désillusions… Après la Grèce, l’Italie, puis Paris, où il resta quelques mois. L’Angleterre ensuite. Paris de nouveau. La Norvège enfin, mais là j’ai perdu sa trace. Coups de fils manqués etc.

Je pense souvent à lui.  Le travail au noir. Harassant. Plus de seize heures par jour… Et toujours le sourire, ne jamais montrer que c’est dur… Cinq ans d’essais de vivre. J’espère qu’Arif aujourd’hui a pu s’établir quelque part, et obtenir des papiers enfin.

A Paris en revenant d’Angleterre, il m’a confié un DVD qu’il avait fait graver pour la fête des mères. Il lui envoyait des photos de lui heureux, devant la Tour Eiffel, devant Big ben etc… pour lui faire croire que sa vie était belle, qu’il avait réussi… Et puis à la fin, je suis tombée sur un extrait de reportage qu’un journaliste hollandais faisait à Calais sur les migrants et il avait suivi… Arif ! Arif expliquait qu’il était à Calais depuis un mois, que c’était dur… A moi il avait dit trois jours, il ne s’était jamais plaint…

Le camp de Mythilène est ouvert à tous vents. Sept grands hangars séparent les différentes nationalités (autrement ils se battent) : Afghans et Iraniens ensemble, Ivoiriens, Somaliens et Mauritaniens ensemble. Vastes dortoirs où chacun attend de sortir pour commencer – enfin ! croient-ils – une nouvelle vie.

Quelques récits recueillis avec un simple dictaphone à travers les barreaux (avec les gardes derrière moi qui surveillaient ce que nous disions et l’interdiction de prendre des photos) :

Ici le récit d’Abu Bakar, Mauritanien : 9 Abu Bakar Mauritanie

Là celui d’Issiaka, Ivoirien, 29 ans : 3 Issiaka Ivoirien

et ici celui d’Hassan, Somalie, 26 ans, qui a perdu ses frères et soeurs : 7 Hasan Somalia :

« EVERY ONE NEEDS FUTURE ! EVERYBODY KNOWS EUROPE IS GOOD ! »

16 réflexions sur “Dans les camps des îles grecques, les drames de l’humanité…

  1. Je laisse rarement de commentaires, mais je suis régulièrement vos reportages. Ils sont beaux et tragiques. Ou plutôt vous dites la beauté et la tragédie. Et vous le dites bien.

    Cet article un de plus dis de manière saisissante et précise, un monde qui est le notre, un autre visage de la globalisation, un autre profil de la modernité. Les routes de l’Asie centrale sont depuis longtemps celles du commerce, elle sont aussi celles des migrations, celles qui font notre monde, la globalisation.

    De ce post j’ai peu à dire.Seulement souligner l’évidence que les routes de l’Asie centrale se poursuivent jusqu’à calais et au delà. Seulement vous dire que votre travail est précieux, même si nombreux vous l’ont déjà dit. Votre travail fait rêver, votre travail fait penser. Vous nous faites traverser le temps et l’espace, avec la précision journalistique que l’on rêverait de lire plus souvent dans les journaux.

    Donc juste bravo.

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  2. c est un vrai un hommage pour l humanite ,tout vos reportages, vous laisserez surement une trace dans l histoire . personne ne choisit ni le lieu de sa naissance , ni sa situation economique . c est une circontance du hasard . donc j aimerai suivre tout vos reportages donc svp monsieur envoie dans mon email si possibles vos reportages

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  3. Beauté et tragédie. Merci à ces grecs iliens qui donnent un peu d’eux même pour réconforter ces accidentés de la vie que les flots ont jeté comme des des misérables des temps modernes sur les berges de ces belles îles grecques. Beau reportage malgré la tragédie.Que Vive l’humanité solidaire!
    Merci Sylvie encore une fois!

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  4. ………. »Le camp de Mythilène est ouvert à tous vents. Sept grands hangars séparent les différentes nationalités (autrement ils se battent). »

    On aurait aime en savoir un peu plus, au milieu de ce tableau idyllique, voila donc une once de réalisme.

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  5. Des fois la misère des peuples est difficile à combattre à cause de la pauvreté du pays, mais souvent, c’est plutot la mauvaise gestion, la corruption des dirigeants et les détournements massifs, qui trouvent malheureusement preneurs dans les pays dits développés.
    Ce que vous faites est très humain, mais, il faut une volonté politique à l’échelle mondiale pour réduire ce fléau.
    Continuez, vous avez mon soutien moral; à défaut d’une action concrète que je cherche encore.

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  6. Je suis hellène ( « grecque » comme les autres m’ appellent) et suis touchée de votre reportage pour deux raisons: Première, c’est humain, sensible… Vous connaissez bien conjuguer le tragique et la beauté, une particularité qui vient de… Hellas!
    Deuxième, c’est la première fois que je lis la réalité (j’ai pu vérifier avec mes propres yeux, il y a deux ans) qui se passe à la frontière est de l’Europe. Ce drame qui se déroule là bas depuis plus de 12 ans sans que personne en parle.
    Merci et bravo!

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  7. A eux d’assumer leur taux de natalité.

    Il y a 10 millions d’habitants supplémentaires par an en Afrique de l’ouest (Sénégal, Mali, Côte d’Ivoire, Nigéria..) et 10 millions d’habitants supplémentaires par an dans le monde arabe.

    Au Pakistan, la population augmente de 4 millions par an. D’ici 2050, le Pakistan comptera une population de 300 à 400 millions d’habitants ( 170 millions d’habitants en 2010).

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    • A Luc: C’est sûr, les pauvres et autres victimes du destin sont toujours les premiers (seuls ?) responsables de leur sort. Anthem connu.

      Mais ça ne fait rien, avec la sécheresse en court dans une bonne partie de l’Afrique, et qui augure d’un siècle de grands changements (climatiques), ce trop-plein que vous regrettez devrait connaître bientôt une bonne purge. De quoi sinon vous réjouir, au moins vous rassurer.

      Bien qu’en fait votre croyance en une démographie galopante dans les pays africains et du moyen orient est très loin d’être fondée. Et n’est de toute façon certainement pas la cause principale, directe ou non, de l’immigration.

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      • La population mondiale augmente 8 fois plus rapidement d’au 19ème siècle.

        1800-1930 : + 1 milliard d’habitants.

        1930-2060 : + 8 milliards d’habitants.

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  8. Le voyage des colons européens vers les Amériques, l’Afrique ou l’Océanie recelle également de belles et tragiques histoires ainsi que des morts par millier, cela le rendait juste et défendable aux yeux des populations locales? L’histoire démontre le contraire.

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  9. Votre témoignagne est touchant ! Criant de vérité ! Mais je reste malheureusement indifférent au sort de ses gens. Il existe en Europe bien d’autres formes de misères dites des pays developpés, tout aussi grave que celles que vivent ses personnes dans leurs pays mais elle est masquée et moins visibles dans notre Europe développée.
    Je reste aussi toujours perplexe de voir ses réfugiés se battrent entre eux dans ses camps alors qu’ils sont dans la meme misère. Qu’en sera t’il une fois arrivé en Europe ?

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  10. « Bien qu’en fait votre croyance en une démographie galopante dans les pays africains et du moyen orient est très loin d’être fondée. Et n’est de toute façon certainement pas la cause principale, directe ou non, de l’immigration ». Erreur, relisez votre histoire et je ne parle pas d’histoire journalistique bobo, je parle de vrais livres d’histoire : l’assyro-babylonie submergée par les invasions araméennes vers -1200, l’Egypte par les Libyens vers -1100, Rome par les Germains vers 400, Byzance par les Arabes vers 700, les Arabes par les Turcs vers 1000, la Chine par les Mongols vers 1200, et même l’Empire toltèque par les Chichimèques vers 1200. Bref, que d’exemples qui démontrent la réalité du dangers de la surpopulation dans les marges des civilisations développées et riches. Le reportage ici apporte encore une preuve de la réalité du phénomène.

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