TSUNAMI (4/5). Une alerte tsunami type aux Marquises

Cher lecteur, une fois n’est pas coutûme, je vous propose une série d’articles que j’ai écrits en février 2003 après avoir effectué une enquête passionante sur les tsunamis. A l’époque, le tsunami d’Asie du Sud de Noël 2004 n’avait pas eu lieu, et personne ne parlait encore d’alerte au tsunami, même si elles existaient déjà. A la suite du tsunami de 2004, j’appelai le centre d’alerte de Tahiti : Personne n’avait alerté la Thaïlande ! Pourquoi l’alerte n’avait-t-elle pas été donnée ? Voici ce qui m’avait été répondu : cela ne faisait pas partie de leurs attributions… Et en Asie du Sud, les systèmes d’alertes fonctionnaient bien, mais dans des bureaux restés vides…

 

 

 

 

Février 2003.

Dominique Reymond est directeur du laboratoire de Géophysique du CEA et dirige le Centre Polynésien de Prévention des Tsunamis (CPPT). Un centre opérationnel 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, qui a pour mission d’alerter la Direction de la Protection Civile en Polynésie française de la survenue de séismes  » tsunamigéniques  » et d’indiquer l’heure d’arrivée du tsunami sur les différents archipels de la Polynésie française. Il m’a fourni le scénario fictif d’un séisme généré au Nord du Chili, correspondant à un séisme de magnitude 9. Le dernier séisme géant de cette région remontant à 1877, un tel événement est attendu dans les prochaines années ou décennies. Il s’agit donc d’un cas fortement probable et réaliste. Je publie ici un extrait du scénario.

– 4h42 du matin : Le GSM du géophysicien de service sonne. Un court message émis par le système informatique du CPPT indique que la détection d’un fort séisme est en cours. Il faut se rendre rapidement au laboratoire.La station de Papeete fournit les indications suivantes : le séisme est localisé au Nord-Chili, il s’est produit à 4h30, les ondes sismiques ont touché Papeete après 12 minutes.

– Vers 4h50, les premiers messages arrivent du CSEM (Centre Sismique Euro Méditerranéen, à Paris) et du PTWC (Pacific Tsunami Warning Center, à Honolulu). Ils fournissent une localisation précise de l’épicentre. La région Nord-Chili est confirmée et la magnitude préliminaire calculée est de 8,3 : le séisme s’annonce impressionnant. Nous envoyons un message classé au niveau d’alerte orange à la Protection Civile.

– 5h10 : Arrivée des ondes de surface à Papeete qui vont permettre de calculer la magnitude définitive du séisme.

– 5h40 : Magnitude 9.0 ! Force exceptionnelle du séisme. Nous passons en alerte rouge, avec envoi immédiat d’un message à la Protection Civile.

– 6h40 : Premières informations des stations marégraphiques du Chili : la hauteur maximum enregistrée à Arica est de 10 mètres.

– 9h30 : Le tsunami passe sur l’Ile de Pâques. Le marégraphe d’Easter Island enregistre 3,50 mètres. Confirmation de l’alerte rouge à la Protection Civile.

– 10h00 : Début de la procédure d’évacuation du littoral et des zones à risques. Il est recommandé de monter à une altitude d’au moins 20 mètres. Les aéroports sont fermés. Les gros porteurs doivent décoller car l’aéroport de Tahiti est à 1,5 mètres d’altitude et les navires doivent gagner le large où ils seront en sécurité.

– 14h30 : Arrivée du tsunami sur les Marquises et Tahiti quasi-simultanément. Papeete a les pieds dans l’eau (1,5 mètre d’amplitude positive). Certaines baies des Marquises subissent une montée des eaux de 11 mètres.

– 17h30 : Levée de l’alerte. Le tsunami continue sa progression. Il atteindra le Japon 24 heures après le séisme.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s