Kirghizistan. Après le génocide, le négationnisme…

p1080001.1279490573.jpg

A propos de la « catastrophe » – pour parler pudiquement – d’Osh et Jalalabad de la mi-juin (se référer aux nombreux témoignages recueillis chaque jour et dès le premier jour : voir catégorie Kirghizistan de ce même blog) : Crime contre l’humanité ? C’est certain. Génocide ? L’enquête le dira, même si tout semble l’indiquer.

Mais alors que les données sont à peu près clairement établies : de 80 à 95 % des victimes des pogroms perpétrés au sud Kirghizistan sont des Ouzbeks, alors qu’il apparaît de plus en plus clairement que les crimes ont été très soigneusement organisés et préparés, des Kirghiz nient.

Voici donc que déjà le négationnisme pointe son nez… Est-ce la honte qui les pousse à mentir ? Ou le nationalisme ?  Y croient-ils vraiment ? Certains n’hésitent pas à nier l’évidence, ou à présenter la réalité sous « son » meilleur jour…

Voici quelques faits pour le moins étonnants :

1) Une connaissance qui se trouvait à Osh le 10 juillet me raconte : « Jai failli moi-même frapper mon chauffeur de taxi kirghiz cet après-midi car il me disait en rigolant : les Ouzbeks ont fait tout cela à eux-mêmes et vous étrangers vous croyez à tout.  »

2) Durant les événements au sud Kirghizistan, une étudiante kirghize admise au titre étranger à Sciences Po s’est présentée aux médias francophones – qui n’y connaissant rien ont pu tout « gobber » – comme « chercheuse à Sciences Po » afin de donner des interviews orientées, passant notamment sous silence le fait que ce sont bien les Ouzbeks qui sont massacrés, chassés de leurs maisons et de leur patrie par des Kirghiz. Je cite : « Des citoyens se sont entre-tués ».

Outre cela, elle s’en est pris violemment à moi lors de chacune de mes interventions publiques à ce sujet. Notamment une de mes interviews sur France 24 ne lui a pas du tout plu : «  Kirghizistan : un massacre organisé ? « . Suite à celà, elle a posté le 16 juin sur mon mur Facebook, lu par environ 1200 personnes (il s’agit donc de diffamation) :

« Sylvie Laserre n’est pas un « spécialiste » d’Asie Centrale, contrairement a ses prétensions grotesques et ridicules. Elle ne parle meme pas russe, sans mentionner le kirghize et l’ouzbek. Elle n’a jamais voyagé au Kirghizstan et n’a jamais visité la ville d’Och. Alors vous croyez toujours a ses articles a la va-vite, qui ne lui sert que de se faire le nom? »

J’ai laissé volontairement les fautes d’orthographe et je vous laisse juge du niveau… Quoi qu’il en soit, c’est un fatras de mensonges, et des méthodes de voyou, certainement pas de chercheur. Cela étant, elle nuit par la même occasion à la réputation de Sciences Po dont elle se réclame…

Elle a fait de même sur tous les sites des médias dans lesquels je me suis exprimée, lesquels ont effacé ses commentaires diffamatoires. Et je passe les insultes personnelles en privé.

Drôles de méthodes pour une chercheuse… Il est évident que cette étudiante douteuse est soutenue par son régime…

p1080142.1279490388.jpg

3) Enfin, le 24 juin, l’ambassade d’Ouzbékistan à Paris organise une conférence pour présenter la situation humanitaire dramatique des Ouzbeks kirghizistanais. Juste avant le début de la soirée, une voiture diplomatique pile devant l’entrée, en jaillissent quatre Kirghiz, qu’accueille néanmoins l’ambassadeur.

Ils ne diront pas mot durant les présentations et débats. A la fin, j’intercepte deux jeunes hommes kirghiz à qui je demande de m’expliquer la « réalité », écoutez plutôt (clairement, ils me prennent pour une idiote) :

Photos : quartiers ouzbeks brûlés à Osh. Photo courtesy : copyright Khaït KURBANOV