Guillaume de Rubrouck, grand reporter, espion et ethnologue avant l’heure

rubrouck.1272814534.jpgEt digne ancêtre d’Albert Londres…

En l’an 1253, Guillaume de Rubrouck, frère franciscain, est envoyé en Mongolie par Louis IX. Il ira nus pieds, endurera les pires souffrances et rentrera deux ans plus tard, sans son compagnon Barthélémy de Crémone, épuisé au point d’avoir renoncé à affronter le voyage du retour.

Rubrouck relatera sa mission au roi Saint-Louis dans un récit truculent. Voici un extrait que je vous fais partager car je le trouve assez comique : si l’un d’entre vous réussit à comprendre comment sont coiffés les « Tartares » (les Mongols), qu’il me l’explique 🙂 !

« De la façon dont les hommes se rasent, et des ornemens des femmes

Les hommes se rasent un petit carré sur le haut de la tête, et font descendre leurs cheveux du haut jusques sur les tempes de part et d’autre. Ils se rasent aussi les tempes et le col, puis le front jusqu’à la nuque, et laissent une touffe de cheveux, qui leur descend jusque sur les sourcils : au côté du derrière de la tête ils laissent des cheveux dont ils font des tresses, qu’ils laissent pendre jusque sur les oreilles.

L’habillement des filles ne diffère guère de celui des hommes, sinon qu’il est un peu plus long ; mais le lendemain qu’une fille est mariée, elle se coupe les cheveux de la moitié de la tête au devant jusques sur le front, et porte une tunique, comme celle de nos religieuses, mais un peu plus longue et plus large de tout sens, fendue par devant, et attachée sous le côté droit : en cela les Tartares sont différens des Turcs de ce que ceux-ci attachent leurs vestes du côté gauche, et les Tartares toujours du droit. Les femmes ont un ornement de tête qu’ils appellent botta, fait d’écorce d’arbre, ou autre matière, la plus légère qu’ils peuvent trouver : cette coiffure est grosse et ronde, tant que les deux mains peuvent embrasser, sa longueur est une coudée, et plus, carrée par haut comme le chapiteau d’une colonne. Elles couvrent cette coiffure qui est vide par dedans d’un taffetas ou autre étoffe de soie fort riche. Sur ce carré ou chapiteau du milieu ils mettent comme des tuyaux de plumes ou de cannes fort déliées, de la longueur d’une coudée et plus ; elles enrichissent cela par le haut de plumes de paon, et tout à l’entour de queues de malart (1), aussi bien que de pierres précieuses. Les grandes dames mettent cet ornement sur le haut de la tête, qu’elles serrent fort étroitement avec une certaine coiffe qui a une ouverture en haut, et là elles ramassent tous leurs cheveux depuis le derrière de la tête jusqu’au sommet, en forme de noeud, puis les mettent sous cette coiffure qu’elles attachent bien serrée, par-dessous le menton. Si bien que quand on voit de loin ces femmes allant à cheval en cet habillement de tête, il semble que ce soient des gens d’armes, portant le casque et la lance levée. Elles vont à cheval comme les hommes, jambe deçà, jambe delà ; elles lient leurs robes retroussées sur les reins avec des rubans de soie de couleur de bleu céleste, et d’une autre bande ou ceinture, les serrent au dessous du sein, attachant une autre pièce blanche au dessous des yeux, qui leur descend jusqu’à la poitrine. Elles sont toutes fort grasses ; cette graisse les rend difformes du visage principalement. Quand elles sont accouchées, elles ne demeurent jamais au lit.  »

(1) canard mâle.

 

22 réflexions sur “Guillaume de Rubrouck, grand reporter, espion et ethnologue avant l’heure

  1. Euh… Tout ça c’est très bien mais 1253 cela m’étonnerait qu’il s’agisse de Louis XI (1423-1483) mais plutôt Louis IX autrement dit Saint Louis. Autrement l’histoire est très belle et montre que l’on voyageait aussi à l’époque car l’histoire n’a gardé mémoire que des missions officielles ou officieuses. L’archéologie montre qu’entre Orient et Occident cela circulait dejà mal mal dès le moyen âge. Et quitte à ne pas être politiquement correcte (mais l’histoire ne l’est pas et l’avenir va encore nous le démontrer): Grâce en grande partie aux croisades…

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  2. Je trouve un peu affligeant que la seule chose à dire sur l’étonnant voyage de Guillaume de Rubrouck se limite à aux descriptions des tenues des « tartares » qui sont certes imprécises et qui sont l’objet d’ironie à son encontre alors que ce voyage est quand même réellement extraordinaire.
    Il y aurait sans doute mieux à dire sur la « route » utilisée, les péripéties du voyage, les objectifs attendus de la mission et ceux atteints.

    Bien à vous

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  3. Il faut surtout lire le passionnant et drôle récit de voyage de Stanley Steward « L’empire du vent » qui, sur les traces de Guillaume de Robrouck, a entrepris ce même voyage dans les années 90 avec les mêmes moyen de locomotion. La mise en abyme est fascinante…

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  4. Pratiquement tous les voyageurs en Asie connaissent Frère Guillaume dont le récit est d’ailleurs publié par l’imprimerie nationale ; Son ambassade faisait suite a une première mission qui n’avait pas été couronnée de succès par un autre moine (j’oublie le nom) il s’agissait de prendre contact avec gengis Khan dont les troupes campaient aux portes de la Pologne…Pouvait on s’en faire un allie dans la guerre des croisades ? En fait cette ambassade ne réussit pas mieux que la précédente. Mais la route de la soie qui était empruntée depuis l’antiquité était ouverte et entretenue par les mongols .Elle était parcourue par les marchands musulmans. Les dieux et les idées voyagent avec les marchandises …. La description que donne frère Guillaume de la fabrication du Koumiss (lait de jument fermenté)est exactement ce qui se pratique aujourd’hui comme je l’ai constaté il y a quelques mois.

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  5. @ Jeff : heu… pardon : Gengis Khan n’était plus de ce monde. C’est vers ses descendants que Rubroeck est allé : Mangu Khan, Sartach et un troisième dont je ne me rappelle plus le nom. Oui la fabrication du Kumis, comme celle des kurts, n’a pas varié !

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  6. @Levi : « entre Orient et Occident cela circulait dejà mal mal dès le moyen âge. » Cela veut dire très mal ou pas mal ? Mais quelque soit votre interprètation ce n’est en aucun cas à cause des croisades. Celles ci ont eu lieu, entre autre, parceque dès pélerins voyageaient et racontaient à leur retour dès choses parfois inexactes ou exagérées… Il faut savoir que le Moyen Âge a été un monde où certains se déplaçaient beaucoup et loin : marchands, moines, mercenaires, pélerins, etc.

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  7. @ sylvain: les récits de guillaume et beaucoup beaucoup d’autres se trouvent dans l’anthologie dirigée par Michel Janneteau: « le voyage en asie centrale et au tibet » (1400 pages! du moyen-age au XXe siècle) chez robert laffont.

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  8. Je réponds à la place de Nomade. Sur les blogs du monde.fr, les commentaires, juste après avoir été soumis (et pendant peut-être une demi-heure, je ne sais pas), apparaissent affublé d’un « votre commentaire attend d’être modéré » (ou autre chose de ce goût, peut-être même en anglais). Puis ils disparaissent jusqu’à ce que la modération les aie approuvés. Là, ils reviennent définitivement. C’est effectivement assez perturbant.

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  9. Le texte est effectivement un peu curieux, mais dans ce cas il vaut mieux retourner à l’original pour savoir de quoi il en retourne exactement (avec quelques solides notions d’ancien français à la base) car la traduction peut être très mauvaise.
    Des récits de voyage, le moyen-âge n’en manque pas, même de gens du Sud voyageant dans le Nord de l’Europe (je me souviens d’un texte d’un voyageur arabe, il y a moins de mille ans, racontant un sacrifice humain du coté des frimats, nos ancêtres du Nord n’étaient pas parfaits …)

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  10. @ Andréas : oui ces anciens récits sont tout à fait passionnants car ils nous en apprennent tant sur nous-mêmes. Sans doute faites-vous référence au récit d’Ibn Fadlân : Voyage chez les Bulgares de la volga ?

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  11. On trouve également un ouvrage édité par l’Imprimerie Nationale en 1993 où le récit de Guillaume de Rubrouck est traduit et commenté par les médiévistes Claude-Claire et René Kappler avec des photographies de Roland Michaud et une cartographie d’André Leroux. L’ouvrage est présenté par Michel Mollat du Jourdin, de l’Institut. Il serait dommage que ce très beau travail soit ignoré.
    Et puis, contemporain de Guillaume, il ne faudrait pas oublié son prédécesseur, le franciscain Jean Du Plan de Carpin (Plano Carpino, près de Peruggia) (c.1182-1251), « grand pénitencier du pape » Innocent IV qui le choisit comme ambassadeur auprès des Mongols. « Archevêque d’Antivari », il voyagea en Tartarie en 1245-1247 avec son compagnon Etienne de Bohême, et, nous dit un commentateur du 19e siècle, « révéla l’existence de la Tartarie à l’Europe occidentale »… Comme il vint en France à la cour de Louis Neuf (pas d’erreur possible, c’est IX), on peut raisonnablement penser qu’il donna envie au « saint roi » d’envoyer lui aussi voir ce qui se passait « aux limites de la Terre ».

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  12. Outre l’excellent livre de René et Claire Kapler (traduction et commentaires), Guillaume de Rubrouk, Voyage dans l’empire mongol (1253-1255), Éditions de l’Imprimerie nationale (1993), on pourra lire de Michel Jan (et non Janneteau!), Le voyage en Asie centrale et au Tibet (Anthologie des voyageurs occidentaux, du Moyen-age au milieu du 20ème siècle, col. Bouquins, Robert Laffont (1992, dernière impression 2010) et du même: Le réveil des tartares, en Mongolie sur les traces de Guillaume de Rubrouk, Payot, 1998.

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  13. Merci à emji d’avoir cité le « Bouquins », passionnant à plus d’un titre. Il faut aussi rappeler que dans les premiers temps, ces voyageurs, fort rares, une minuscule poignée, étaient à la recherche du mythique « Prêtre Jean » qui aurait permis à la papauté et aux royautés catholiques de fonder une alliance contre l’islam, en prenant les Turcs en tenaille… Ceci dit, ce qui m’a frappé dans ces récits, c’est à quel point, déjà, les quelques voyageurs qui s’aventuraient en « terra incognita » étaient imbus de préjugés et inaptes à comprendre une culture autre…

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  14. toujours très intéressants les commentaires de votre blog
    c’est en lisant l’Empire du vent de S Stewart que j’ai appris l’existence de Guillaume de Rubrouk.
    Mais pourriez vous me dire où et comment on peut trouver une carte comportant l’itinéraire de ces grands explorateurs et notamment celui de S Stewart. J’apprécie beaucoup de suivre leurs itinéraires sur une carte quand je voyage en compagnie de ces écrivains
    Merci

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