Afghanistan. Rumi : La guerre contre l’ego

rumi.1268431508.jpgOn oublie trop souvent que Rumi, mieux connu sous le nom de Mevlana Djalâl ad-Dîn, maître soufi de la confrérie des derviches tourneurs de Turquie, était originaire d’Afghanistan.

En effet, il est né à Balkh en 1207. En 1219, Rumi fuit avec sa famille l’invasion des Mongols. Après un pèlerinage à La Mecque, sa famille se fixe en Arménie, puis à Laranda, l’actuelle Karaman proche de Konya en Turquie.

Son père est un théologien et maître soufi réputé, Sultan al-Ulama, dont le livre Ma’ârif fut longtemps le préféré de Rumi.

Mevlana s’était épris de son maître soufi, Shams de Tabriz (shams sigifie soleil). A la mort de celui-ci, Mevlana se mit à tournoyer sur lui-même lors de ses méditations.

Mevlana a repris des fables d’Esope dans son ouvrage le Mesnevi, que La Fontaine retraduira partiellement à son tour en français.

Voici un des textes du Mesnevi à lire et méditer à notre époque qui se distingue par la domination de l’Ego :

 » Un soufi nommé Ayazi disait :

J’ai participé à quatre-vingt-dix guerres, le corps nu, sans protection aucune. J’ai reçu ainsi de multiples blessures, coups de lance ou coups d’épée, espérant goûter la mort des martyrs mais aucune flèche ne m’a touché à un endroit vital. Ceci n’est qu’une question de chance et mon effort était vain. N’ayant pu goûter le bonheur du martyre, je me suis retiré dans une cellule. Or, un jour, j’entendis le bruit des tambours et compris alors que les soldats repartaient en guerre. J’ai senti comme une lamentation de tout mon être qui disait :

 » Voici venu le moment de combattre. Lève-toi et réalise tes voeux dans la guerre ! « 

Je lui répondis :

 » Oh ! maudit inconstant ! Dis-moi la vérité : Que caches-tu derrière cette fourberie ? Je sais bien qu’en toi, il n’y a aucun penchant pour le combat. Si tu ne me réponds pas pour de bon, je te ferai subir les affres de l’ascétisme ! « 

Et mon ego de répondre :

 » En ces lieux, il n’est de jour où tu ne me martyrises. Mon état est pire que celui de tes ennemies et nul n’en a connaissance ! Tu me tues par le manque de repos et de nourriture. Si je meurs au combat, alors au moins le peuple verra qui je suis !

– Pauvre ego ! lui répondis-je. Tu n’es qu’un hypocrite. Tu n’es que vanité. Non seulement tu vis dans la calomnie, mais encore tu veux mourir dans la calomnie. « 

Et c’est ainsi que je me suis promis de ne plus jamais quitter cette cellule. Car tout ce que fait l’ego en pareille circonstance ne peut être qu’apparat. Pareil combat est le seul vrai combat. L’autre sorte n’est qu’un petit combat. Ce n’est certes pas là l’affaire de qui s’effraie d’une souris ! Notre homme était un soufi ainsi que celui de l’histoire précédente. Mais l’un meurt d’un coup d’épingle alors qu’aucune épée ne résiste à l’autre. Le premier a l’apparence d’un soufi mais il n’en a pas l’âme. C’est cette espèce-là qui ternit la réputation des soufis.  »

11 réflexions sur “Afghanistan. Rumi : La guerre contre l’ego

  1. Parler de Rumi sans jamais une seule fois écrire ni islam ni musulman, je dis chapeau!

    Il est vrai que l’héritage du tassawuff fait ,depuis le pillage des orientalistes , l’objet d’un détournement inoui par les occidentaux. On le sait bien à la Fnac ils on cru bon de créer d’un cotés un rayon Soufisme ( sympa , cool , ouvert et tout et tout…) et de l’autre un rayon Islam ( triste et asséché). La bonne blague!

    Rumi à l’instar du malheureux Khayyam n’est plus musulman ( ou a peine..en fait des gonstiques davantage chrétiens que muslims…on connait la musique..) depuis que les occidentalistes en ont fait un vague homosexuel adepte anachronique du new-age tendance yoga tantrique!

    Tout cela fait avec la plus bonne conscience du monde.

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  2. Balkh, l’Arménie, Laranda, (peut-etre) l’actuelle Karaman proche de Konya en Turquie, de meme que Molana etaient a cette periode, tous PERSANS.
    Tout comme son oeuvre, Molana appartient a la culture Perse. Peu importe ou se trouvent aujourd’hui ses lieux de naissance et de mort, c’est en Perse qu’il vecut et en Persan que ses oeuvres furent ecrites.

    Simples precisions pas inutiles par les temps qui courent.

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    • Bravo!
      Rumi etait de tradition Perse, de culture Perse, de langue Perse. Il etait tout simplement un Perse. Dans son temps a lui, ni le mot afganistan(ne en 1747), ni la turquie(!!?) existait(les turks commencaient tout juste a quitter la mongolie vers le moyen orient et a evahir l’Empire Perse)… Alors, Rumi/Molana n’a absolument rien avoir avec la turquie ni l’afganistan car c’est des pays qui n’exitaient meme pas dans la 13ieme siecle…

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  3. Oui on cherche à opposer Islam et soufisme, methode occidentale pour nier la diversité en Islam. Rapellons que lors de la terrible bataille de Falloudja en Irak, la résistance irakienne était dirigée par des maîtres soufi. Honneur à eux.

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  4. Jalāl ad-Dīn Muḥammad Balkhī, connu sous le nom de Mowlana, ce qui signifie, mon guide, est un des principaux maîtres du soufisme musulman. Voir l’excellente boographie sur Wikipedia (http://en.wikipedia.org/wiki/Rumi). Je préfère d’ailleurs largement la version anglaise à la version française (http://fr.wikipedia.org/wiki/Djalâl_ad-Dîn_Rûmî) qui est bourré de notation turque.

    En grand lecteur de Roumi, aussi bien du masnavi maanavi, et non pas, Mesnevi, qui est la notation turque, que du diwane-shams. Le masnavi est un genre poétique utilisé fréquement pour raconter des histoires et épopées, de part sa métrique plus flexible que le ghazal qui est le genre poétique par excellence et qui est principalement utilisé pour la poésie amoureuse ou le quatrains, ….

    Je peux certifier que Roumi est persan, très persan et mulsulman, extrémement musulman. De plus, il n’est pas né dans l’Afghanistan actuel mais plutot au Tadjikistan actuel.

    Par ailleurs, je noterais que le Masnavi est principalement une oeuvre philosophique où chaque concept est illustré par une histoire ou un hadith du prophète (par ailleurs largement plus de hadith que d’histoire). Certaines de ces histoires sont inspirées d’Esope, par exemple la fameuse anecdote de l’éléphant dans le noir. Certaines, et des plus savoureuses, semblent être de Roumi même, je suggérerais à tout lecteur et philosophe en herbe la fameuse anecdote du phallus de l’ane et de la courgette, pour illustrer la relativité de la connaissance :-). C’est nettement plus imagé que Kant. Le Masnavi est d’ailleurs un genre particulier de poésie qui

    L’autre oeuvre majeure de Roumi est le diwan Shams qui lui est du genre ghazal. C’est une longue ode mystique à dieu, et au maître à penser de Roumi, Shams tabriz.

    Finalement, Mowlana est un somme toute un soufi qui reste très orthodoxe avec les dogmes de l’islam, il n’a d’ailleurs pas eu de démêlés particuliers avec les religieux de son temps (son père en a eu) et a vécu sous le gouvernement d’une des versions les plus rigides de l’islam. Ceci est à comparé avec d’autres penseurs contemporains. Avicenne par exemple, qui fut shiite et s’enfuit toute sa vie de la version Ghaznavides de l’Islam, ou Hafez qui eu de nombreux démêlés avec les religieux, ou le martyr suprème Hallaj qui fut pendu.

    Je suis donc tout à fait d’accord avec Omar et Firouzi, et je ne pense pas qu’une lecture assidue de Roumi y fasse changer grand chose. Sauf si quelqu’un me montre quelque chose de non orthodoxe dans les écrits de Mowlana, ce que je crains être dur !

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  5. On peut lire tous les livres saints que l’on veut sans être croyant MAIS simplement curieux et y trouver plein d’inspiration et de belles métaphores.
    Rumi est certes persan, toujours est-il que ce qui est dit dans cet article-billet n’est pas faux. Lire Rumi quelque soit ses croyances, son parcours, ses envies me semble de toutes manières une bonne chose.
    La récupération occidentale de cet auteur et la volonté de turquiser son évolution, c’est un autre débat, mais c’est toujours bon de s’en méfier quand même alors merci de le rappeler.

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  6. Ne suivant pas les modes et ses effets, ayant eu à partager quelques témoignages et à en citer d’autres, à reprendre un peu l’histoire du monde dans le seul but de savoir et comprendre, je note que…
    – Le farsi est du dari à l’origine (suivez mon regard),
    – que si tant d’auteurs sont originaires d’Afghanistan c’est qu’ils ont pu s’épanouir en Perse ou en Turquie,
    – Que l’islam n’est ou n’a pas été nécessairement ce que l’on veut qu’il soit,
    – Que les effets de modes occidentaux se nourrissent de bien des passions assouvies sur le dos des autres,
    qu’il vaut mieux s’enrichir l’esprit du savoir écrire des autres que du savoir dire pour dire…
    merci donc pour ce post d’avoir parlé de Rumi sans ruminer sur le pourquoi du comment.

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