Visite en grande pompe mais en catimini du Président du Turkménistan à Paris

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Paris, 28 janvier 2010. Le plus grand secret entoure la visite officielle en France (1-3 février 2010) du Président du Turkménistan, Gurbanguly Berdymuhamedov, digne successeur de feu le dictateur Nyazov (qui se faisait appeler Turkmenbashi, le père des Turkmènes).

Pourtant c’est accompagné d’une délégation de 67 personnalités qu’il sera en France du 1er au 3 février.

Impossible pourtant à ce jour pour les diplomates français de connaître les détails de la visite. Extrapoler sur l’agenda relève du casse-tête. Idem pour l’heure de son arrivée lundi.

Ils craignent les « activistes » des droits de l’homme. On les comprend. Voir note « Turkménistan – Funeste anniversaire pour les journalistes croupissant dans les geôles turkmènes. »

Parmi ces 67 personnes, les Vice-présidents, les Ministres et les Vice-ministres du gouvernement. A en juger par la longue liste de « dignitaires », c’est tout le gouvernement qui se déplace.

Et c’est Bouygues, Total, Vinci, Thalès… qui se frottent les mains.

A noter parmi les membres de la délégation : Rachid Meredov, Vice-Président du Cabinet des Ministres du Turkménistan et Ministre des Affaires étrangères, Aleksandr Jadan, Chef du service administratif du Président du Turkménistan et Deryageldi Orazov, Vice-président du Cabinet des Ministres du Turkménistan. Ce triste trio accompagna Niazov durant tout son règne de dictateur et fut l’artisan du culte du Turkmenbashi.

Aujourd’hui, toujours selon le même scénario, ces hommes de l’ombre bâtissent le culte de Berdymuhamedov.

Quelques mots de Tajigul Begmedova, militante pour les droits de l’homme et Présidente de la Turkmenistan Helsinki Foundation for Human Rights.

 » Jusqu’à aujourd’hui, la responsabilité de la situation au Turkménistan revient à Niyazov et maintenant à Berdymuhamedov. Mais dans la pratique, ces trois personnages – Meredov, Jadan et Orazov – et toute la délégation ont aussi leurs responsabilités et un jour viendra où ils devront répondre de leurs crimes.

Comment auront-ils à répondre ? Nous ne le savons mais mais cela arrivera.

Nous leur demandons de s’arrêter un peu et de réfléchir à la situation réelle des Turkmènes. Celle des citoyens, pas celle des membres du gouvernement et de l’entourage du Président.

Il est temps d’agir, et de faire de cette visite commerciale l’occasion, non pas de « fournir du pain aux Turkmènes, mais de leur fournir des pioches ».

Que cette délégation, qui a la responsabilité du peuple turkmène, ne se contente pas de satisfaire les appétits de Bouygues, Vinci, Total, Thalès… qui ferment les yeux sur les pots de vins… au détriment du peuple turkmène.

J’appelle Bouygues à aider par exemple des étudiants turkmènes à se former en Europe à la justice, aux droits de l’homme, des milliers d’étudiants turkmènes, afin qu’à leur retour au Turkménistan ils partent sur de nouvelles bases et empêchent les compagnies étrangères d’agir de manière illégale chez nous avec l’aide du gouvernement.

Cette initiative serait plus importante et bénéfique pour l’image de Bouygue qu’elle ne l’est aujourd’hui. A l’avenir leur image en sortirait grandie.  »

Quant à l’Elysée, lui aussi est peu locace sur la visite officielle : rien à l’agenda non plus. Les sales affaires se traitent en douce.

Sylvie Lasserre et Tajigul Begmedova

Vendredi 29 janvier 2010 : Ah ! voilà ! Une lectrice m’informe que l’agenda de février de l’Elysée vient d’être publié. Voici donc la seule information concernant la visite du Président du Turkménistan :

Lundi 1er février 2010 :

13h00
Déjeuner de travail de M, le Président de la République avec M. Gourbangouly BERDYMOUHAMEDOV, Président du Turkménistan, au Palais de l’Elysée

10 réflexions sur “Visite en grande pompe mais en catimini du Président du Turkménistan à Paris

  1. Bonjour,
    Je suis turkmène, en France depuis une dizaine d’années. Je vous remercie pour l’information que vous diffusez, et comprends l’indignation que cette « petite cachotterie » provoque.
    Je souhaiterais tout simplement signaler que le Turkménistan n’est pas réduit qu’à son régime politique. Personnellement, j’œuvre pour la promotion de la culture turkmène à travers son artisanat et art de vivre. J’ai ouvert un site internet ( http://www.mervarts.fr ) ainsi qu’un blog ( http://mervarts.blogspot.com/ )
    informatifs depuis peu. Et c’est grâce à nos clients en France et en Europe que nous pouvons rémunérer les artisans au Turkménistan. Il existe également une association ( http://franceturkmenistan.over-blog.com/) pour la promotion du pays. Certes nous ne nous sommes pas très nombreux à œuvrer dans ce sens, mais nous cherchons à développer d’autres échanges pour aider « vraiment » le peuple turkmène.
    Je vous renouvelle mes remerciement pour cette information et pour l’intérêt que vous portez au Turkménistan.

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  2. C’est vraiment regrettable que la mort de Niazov n’ait pas marqué un changement dans la politique pratiquée par la France dans ce pays. Ayant eu la chance de passer quelques mois au Turkménistan sous l’ère du précédent dictateur, j’ai pu me rendre compte de la manière dont nos grands groupes français travaillaient là-bas…c’est totalement déplorable et dépasse l’entendement..
    Je regrette que les copinages de Nicolas Sarkozy permettent de continuer ce genre de pratiques..

    A quand un peuple turkmène libre ??…Je ne perds pas espoir de revoir des amis restés ou retournés sur place..

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  3. Bonjour,

    Certes tous n est pas rose dans ce pays!
    Rien n est rose nul part d’ailleurs!

    Il faut accepter certaines « regles »
    Bouygues et compagnie font du business la bas, c est sur ! Comment? On s’en doute.
    Mais il ne faut pas oublier les emploies generes au Turkmenistan (meme si les conditions ne sont pas les meilleurs), et ceux que cela genere en France…
    Et c est pareil pour les autres compagnies, et les autres pays presents sur place.
    Alors doit-on arreter de faire du business avec ce pays ???
    Qui va se plaindre encore de ne pas avoir de travail apres ???

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  4. mr berlusconi il est en visite en israel avec une delegation de 100 personalite
    la politique et les affaires cele ce la democratie en italie et en turkmenistan.

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  5. Pas très affriolant l’article de l’Express consacré à cette visite. Qu’on en juge : « …C’est un régime présidentiel autoritaire de type sultaniste. Il se distingue par une hyper concentration des pouvoirs impressionnante, un culte de la personnalité débridé et une kleptocratie omniprésente. Toutes les décisions, à tous les niveaux, sont soumises au président qui est également chef du gouvernement (il n’y a pas de premier ministre). Officiellement fondateur et propriétaire de tous les journaux, il nomme directement tous les cadres, des ministres aux juges en passant par le rédacteur en chef d’un journal agricole de province. »
    C’est un peu vite condamner certaines caractéristiques des pays qui furent ou sont encore « soviétiques », musulmans et à pouvoir fort. Ce que fut souvent l’Europe jusqu’en 1789…
    L’importance de la délégation en dit long sur le besoin de rapprochement du régime avec l’Occident. Les suggestions de formation faites sont excellentes. Mais, à condition que…

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  6. Non, mais c’est vrai quoi, de quoi se plaignent-ils, ces Turkmènes? Ils ont déjà de quoi manger, c’est largement suffisant! Quoi? Les chaînes à leur pied? C’est rien, c’est juste le lien qui les unit avec la terre sacrée de ce paradis. Vous voyez qu’il y a aucune raison de s’inquiéter.

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  7. Bravo pour ce compte rendu!

    Je prendrai plus longuement contact avec vous pour évoquer ce Turkménistan si attachant où j’ai fait une mission il y a dix ans pour l’Union Européenne… Il n’en n’est rien sorti comme à l’habitude, mais j’espérais au moins que la dictature du sinistre Niyazov ( qui à l’époque se faisait élire Président à vie) ne pouvait pas durer tant il était « dangereusement ridicule ». Elle a non seulemement duré, mais cet infame porc a eu un « digne » successeur.

    Sur le fait que tout son gouvernement est venu à PARIS avec lui, ne s’agirait-il pas de l’application d’un principe élémentaire de précaution qui veut que l’on ne prenne pas le risque d’un coup d’état lorsque’on a le dos tourné ? En les amenant tous avec lui il ne risque rien.

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