Des nouvelles du Turkménistan : 40000 dollars la médecine, 15000 les lettres

_mg_1537-bd.1235977886.jpgDeux ans après la mort de Niyazov, les choses ont-elles changé au Turkménistan ? Voici le bilan que trace un/une jeune Turkmène :

 » Ca m’a fait bizarre de retourner chez moi, c’est vraiment un pays à part. Il y a le Turkménistan, et il y a le reste du monde 🙂

A l’époque de Niyazov, on se sentait coupé du monde, pas d’internet, pas de journaux/magazines étrangers, c’était impossible de savoir ce qui se passait ailleurs.

Ca a changé pas mal, internet, c’est accessible, ça reste encore cher pour l’avoir chez soi, mais pour aller consulter dans les cafés de temps en temps, c’est faisable pour tout le monde. Il n’y a pas beaucoup de gens qui vont sur internet, ils l’ont jamais connu, quand j’allais dans un café-internet, il n’y avait que des jeunes qui sont allés à l’étranger, et qui l’ont connu là-bas.

Cette pression qu’il y avait pour faire aimer le président et le système politique a l’air de diminuer. Les gens ne chuchotent plus comme avant pour exprimer leurs mécontentements, ils en discutent plus facilement. Par contre, je suis étonnée de constater le nombre croissant de jeunes turkmènes qui prennent mal la critique du gouvernement.

Souvent, ce sont les étudiants qui sont à l’étranger qui critiquent l’état et le système politique, car ils ont la possibilté de comparer. Les jeunes du pays (la génération « rukhnama » ) se sentent visés directement. Pour eux, si la personne critique le gouvernement, c’est qu’elle n’aime pas son pays. Les cours de « Rukhnama » ont bien fonctionné.

Le culte de la personnalité reste présent, mais pas au point de paraître ridicule comme ça l’a été avec Niyazov (les noms des mois, le rukhnama écrit dans les mosqués, ses statues, etc.).

A la télé, on dit des remerciements, des louanges à l’adresse du président, mais le point positif, on le montre comme un bon président et pas comme un saint.

Les journaux et magasines parlent de lui, bien-sûr, mais pas seulement, il y en a pour d’autres aussi 🙂

Niyazov ne supportait pas que quelqu’un d’autre se mette en avant, dès que cela se passait, il allait en prison pour différentes raisons.

On parle de moins en moins de Rukhnama, ça s’apprend toujours, mais ce n’est plus une matière importante, je crois qu’avec le temps, ca s’arrêtera complètement.

Apparemment, le nouveau président écrit aussi des livres (je connais pas les sujets), mais on les apprend pas à l’école ou pas encore.

Le 8 mars (journée mondiale de la femme), le cirque, opera-ballet, les noms des mois ont été restaurés, les années d’étude générales et supérieures ont été rallongées. Il y a la retraite minimum pour les gens n’ayant jamais travaillé, les pensions pour enfants (ce n’est pas une grosse somme, mais c’est toujours ça). On ne décore plus la ville avec des statues de président, mais ceux des personnages turkmènes (poètes, écrivains, etc).

Des journaux et magazines,ca s’améliore, on trouve des articles,des récits intéressants qui parlent d’autres choses que des éloges au président.

En gros, je trouve relativement positive la présidence de Gurbanguly Berdimuhamedov, comparée à l’ancienne, même s’il reste encore beaucoup de choses à faire.

La corruption dans le pays, c’est le plus grave des problèmes. Ca touche tous les domaines : administrations, transport public, hopitaux, universités, tout ce qui appartient à l’Etat.

Ce qui est hallucinant, ce sont les droits d’entrée dans les universités turkmènes : il faut débourser de 10 a 15 mille dollars pour les facs de lettre, de 30 a 40 milles pour la fac de médecine ou de droit.

En fait, le droit d’entrée dépend du métier que tu choisis, la médecine ou le droit permet gagner beaucoup plus que la fac de lettre par la suite, donc le prix est fixé par rapport à ça.

Le plus injuste dans tout ça, c’est que l’argent donné n’est même pas officiel, tu le donnes aux profs qui font passer l’examen d’entrée, en cachette.

Comme les places sont limitées dans les universités du pays (4000-5000 étudiants admis pour 100 000 a 130 000 bacheliers), ça devient des vrais enchères pendant la période d’examens : tu donnes 13 000 dollars, on prend ton argent, on t’assure de faire entrer ta fille/fils à la fac, tu le sais pas, mais y a quelqu’un qui a donné 15 000 dollars, c’est l’autre qui passe. On te rend ton argent, tu réessaies l’année suivante avec plus d’argent.

Quand t’es étudiant à la fac turkmène, tu es considéré d’une famille aisée, car peu de gens peuvent sortir une somme pareille. Il y a une facilité pour des jeunes orphelins, ils sont admis automatiquement.

Beaucoup de jeunes partent à l’étranger pour les études, mais tous les parents peuvent pas se le permettre, car il faut payer la fac à l’année + le logement, l’alimentation, etc. Le niveau de vie à l’étranger ne correspond souvent pas aux salaires turkmènes. « 

6 réflexions sur “Des nouvelles du Turkménistan : 40000 dollars la médecine, 15000 les lettres

  1. Bonjour Sylvie et merci pour cet article.

    Depuis quelque temps, je cherche désespérément le fameux (fumeux) ruhnamah de Nyasov en version francaise (je sais qu’une version française a été imprimée).
    Tout ce que j’ai pu trouver pour le moment est une version anglaise à 60$ par livre…

    Connaissez-vous éventuellement une bibliothèque ou il serait possible de le consulter ?

    Par ailleurs, avez-vous déjà lu ce bouquin ?

    Ce Nyasov était quand même un phénomène comme on n’en voit peu en un siècle (du moins à la tête d’un état)…

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  2. Bonjour William,

    Oui la Ruhnama a été publiée en une trentaine de langues, dont le français. Je l’ai lue en français. Edifiant. Il y a trois ans je l’avais trouvée, en version intégrale sur internet, et en français. Aujourd’hui je ne sais pas. Je crois même qu’il y avait un site « ruhnama ».
    Bonne chance dans vos recherches.

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  3. bonjour
    intéressée par votre article, par l’asie centrale et en particulier le turkménistan, tellement méconnu: mon intérêt se porte sur les femmes et le mariage et j’aimerais rencontrer des personnes avec qui en parler, sachant que je vais partir en asie centrale pour un an en aout prochain. merci de me dire s’il est possible de faire connaissance notamment avec des femmes, que ce soit en ville ou à la campagne.
    françoise

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