Chiffonniers du Caire :  » Je partais à deux heures du matin. J’avais quatorze ans. « 

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L’odeur prend à la gorge, s’incruste dans le nez, dans la bouche. C’est indescriptible. Tout est noir. Sur les toits des maisons, les sacs d’ordures s’empilent dangereusement. Partout au rez-de-chaussée des maisons, les femmes trient, à mains nues, des monceaux de détritus.

Rencontre avec Risk, un entrepreneur de Moqatam qui a réussi.

 » Je m’appelle Risk. J’ai 27 ans. C’est un prénom égyptien, cela veut dire : l’argent que tu gagnes te vient de Dieu. Je suis né en Haute-Egypte, près d’Assiout, à Dertasa. Presque tout le monde ici vient du même village. Je suis arrivé au Caire quand j’avais cinq ans.

Pourquoi as-tu quitté ta région ?

La Haute-Egypte est très pauvre. Autrefois, il y avait Nasser. Il a pris le terrain des gens et l’a donné aux pauvres. Mais après 40 ans, un juge a dit que ce n’était pas légal et ils ont redonné le terrain au gens… Et maintenant avec le système capitaliste en Egypte, ils ont tout vendu aux étrangers et les pauvres sont de plus en plus pauvres et de plus en plus nombreux.

On a Soeur Emmanuelle qui est venue de Belgique ou de France et qui a aidé les gens à se développer. Avant ils étaient comme des chifonniers, ils ramassaient les ordures et revendaient un peu de papier ou de métal mais la vie ici était très pauvre.

Puis on a connu le recyclage, le développement, et les gens ici sont devenus comme de petits businessmen, avec de petites entreprises, donc la vie a changé.

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Quand j’avais quatorze ans j’étais chiffonnier. Je partais à deux heures du matin. Je travaillais jusqu’à 4 ou 5 heures du matin, ça dépendait du travail. Pour aller avec la charette et l’âne, cela prenait quarante cinq minutes. De 3 heures à 5 heures je ramassais. Et je rentrais à la maison à 6 heures. Après je me lavais, je prenais le petit déjeuner et je partais à l’école à 8 heures. C’était l’école de Soeur Emmanuelle. Puis je me couchais à onze heures le soir. Je dormais un peu l’après-midi.

Ensuite j’ai fait mes études à l’Université du Caire, j’ai deux diplômes, un d’anglais et un de droit. Pendant un an j’ai travaillé comme professeur d’anglais dans l’école de Soeur Emmanuelle, mais je ne gagnais que trente dollars par mois. Et je n’étais pas d’accord avec le directeur de l’école. Alors je suis parti et j’ai commencé le business du recyclage.

J’achète les bouteilles d’eau minérale et je les recycle puis je les vends et elles partent en Chine. J’ai acheté un terrain de 240 m2, une machine à laver le plastique, avant je la louais mais maintenant je l’ai achetée, et aussi une machine à casser.

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Aujourd’hui les multi-nationales se sont emparées du business. Les charettes sont interdites. Je connais des gens pauvres qui n’ont pas d’argent pour acheter une camionnette, ils vont travailler la nuit très tôt parce que c’est interdit mais la nuit il n’y a pas trop de policiers.

Ici on a beaucoup de solidarité. La plupart des habitants du quartier sont chrétiens, donc on n’a pas les problèmes intercommunautaires avec les musulmans par exemple. Ailleurs, les chrétiens ne sont pas très libres, parce qu’il y a des choses sociales qui font que… Mais ici nous sommes tous de la même culture. Parfois tu passes dans la rue et tu trouves des chansons religieuses à vendre sur des cassettes, ou bien des gens font des peintures religieuses sur les murs à l’extérieur de leur maison.  »

Aujourd’hui Risk est un heureux chef d’entreprise. Quinze ouvriers travaillent pour lui. Pour rien au monde il ne vivrait ailleurs.

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4 réflexions sur “Chiffonniers du Caire :  » Je partais à deux heures du matin. J’avais quatorze ans. « 

  1. C’est bien d’avoir les réflexions d’un chiffonier qui a été dans l’école crée par Soeur Emmanuelle et de comprendre que il y a un lien trés fort dans ce quartier peut+-etre si pauvre en richesse mais si riche en liens entre les individus…Souhaitons que les projets de modernisation ne laissent pas de coté les plus démunis et que l’équilibre fragile de la montagne de Mokattam soit respecté pour tous les petits enfants qui méritent de vivre dans les conditions les meilleures.J’ai été plusieurs fois à Mokattam et j’en garde un de mes souvenirs le plus prècieux.C’est une leçon d’humilité et mot famille y a tout son sens. Amicales pensées aux habitant de Mokattam et à leurs amis.Claudine

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